30e Festival international du film d’Amiens (12-21 novembre 2010)
Pour sa trentième édition, le Festival international du film d’Amiens n’entend pas faire œuvre d’autocélébration, mais compte poursuivre le travail de fond engagé dès 1980. Nous avons plutôt souhaité tisser des liens avec l’histoire du Festival, en prenant des nouvelles de cinéastes déjà croisés (Carlos Reichenbach), en complétant de belle manière d’anciennes rétrospectives (le cinéma des Indiens ou Pierre Chenal), en relisant cinquante ans d’histoire des cinémas d’Afrique, dont le Festival est partie prenante depuis ses débuts ou en poursuivant son travail de défrichage des nouvelles cinématographies (le nouveau documentaire brésilien). Pour parrainer cette trentième édition, le Festival a choisi de rendre hommage à Stephen Frears, cinéaste à la fois populaire et exigeant, qui correspond parfaitement à la philosophie qui nous anime depuis trois décennies.
HOMMAGES
— Carlos Reichenbach (1945)
Carlos Reichenbach, que l’on surnomma un jour le « Fassbinder brésilien », est l’un des auteurs majeurs du cinéma brésilien. Homme lettré et engagé, il est l’un de ceux qui ont le mieux exprimé leur « attachement critique » au Brésil. Il entame sa carrière de réalisateur à la fin des années 60, participant de ce que l’on a appelé de « Cinema post-Novo », avec quelques films aussi modestes qu’inventifs, réalisés entre 1967 et 1970. Il y impose sa marque, qui le voit associer cinéma expérimental et cinéma populaire. Comme le prouvera la suite de sa carrière, le cinéma de Reichenbach est facile d’accès, travaillant à l’intérieur des genres, pour les désosser. Entre portraits de femmes (Falsa Loura, Anjos do Arabalde,…), charges politiques (Deux courants) et chroniques sociales (Filles de l’ABC), le cinéma de Reichenbach est à redécouvrir. Le cinéaste est un ami de longue date du Festival d’Amiens, ses films y ayant été présentés régulièrement, notamment en compétition. Un premier hommage lui fut rendu en 1985.
RETROSPECTIVES
— Le cinéma des Indiens (1987-2010)
Après les rétrospectives de 1987 et de 1991, le Festival d’Amiens revient sur le cinéma produit par les Indiens d’Amérique du Nord. A l’occasion de sa trentième édition, le Festival réaffirme ainsi sa philosophie qui, entre éthique et esthétique, consiste à s’interroger sur les cultures « indigènes », et sur la manière dont elles s’approprient leur propre image, et donc leur identité, à travers le cinéma. Cette rétrospective fera un état des lieux de l’évolution du cinéma des Indiens depuis la fin des années 80. Chaque tribu trouve ainsi une expression singulière – à travers documentaires, fictions, courts ou longs – de ses traditions comme de sa place dans la société contemporaine. C’est ainsi que la question du territoire revient souvent, celui des terres pillées comme celui des réserves où ils sont parqués. Le sang du génocide des « amérindiens » coule encore comme l’ombre portée de ces œuvres méconnues.
Parallèlement, le Festival d’Amiens proposera une sélection de films hollywoodiens afin de voir comment la perception de l’Indien a pu changer depuis lors (de Danse avec les loups à Mémoires de nos pères en passant par Cœur de tonnerre, Le Dernier des Mohicans, Geronimo, Dead Man ou Le Nouveau Monde).
A cette occasion, le Festival d’Amiens publiera un livre en association avec l’éditeur Yellow Now.
— Pierre Chenal (1904-1990)
Intégrale de l’œuvre de Pierre Chenal, cinéaste d’origine belge dont l’œuvre se partage entre la France et l’Amérique du Sud. Cette rétrospective rappelle et complète l’hommage rendu au cinéaste par le Festival d’Amiens en 1986.
Le parcours de ce cinéaste méconnu est assez atypique. Il entame sa carrière de réalisateur avec bon nombre de courts métrages, travaillant notamment dans le documentaire. Il devient par la suite l’un des réalisateurs majeurs du grand cinéma français des années 30, s’inscrivant dans le pessimisme noir et le fantastique social de l’époque avec des films comme La Rue sans nom, Crime et châtiment, L’Alibi, La Maison du Maltais, Le Dernier tournant (l’une des première adaptation du livre de James Cain Le facteur sonne toujours deux fois)… Exilé en Amérique latine durant la Seconde Guerre mondiale, il réalise quatre films en Argentine. De retour en France, il renoue avec ses thèmes de prédilection dans La Foire aux chimères ou surprend avec sa comédie Clochemerle, grand succès public. Après un nouveau passage par l’Argentine et le Chili (quatre films), il réalise en France des films aussi importants que Rafles sur la ville. Pierre Chenal est un cinéaste à redécouvrir d’urgence – lui qui fut considéré comme un auteur de la trempe d’un Jean Renoir ou d’un Julien Duvivier. Pour la première fois, tous ses films seront réunis, dont certains jamais vus en France.
— Humour et comédie dans le cinéma africain
Depuis trente ans, le Festival international du film d’Amiens accompagne les cinémas d’Afrique. A travers des hommages à plusieurs comédiens ou réalisateurs dont il présentait l’œuvre intégrale (tels Hailé Gérimah en 1982, Gaston Kaboré en 1983 et 2002, Sotigui Kouyaté en 1993, Djibril Diop Mambety en 1998, Balla Moussa Keita en 2001, Mweze Ngangura en 2004, Souleymane Cissé en 2005, Sembène Ousmane en 2007, Cheik Doukouré en 2008 ou Flora Gomes en 2009), à travers quelques panoramas thématiques consacrés par exemple à « Cinéma et Apartheid » (1983) ou au « Cinéma du Congo belge » (2004) ; à travers différents états des lieux des cinémas du continent, de la comédie musicale égyptienne (1984) au cinéma des femmes en Algérie (1982 et 2002) en passant par le cinéma marocain des années 80 (1986), le cinéma « populaire » marocain (1999), les cinémas d’Afrique australe (1996) ou son jumelage avec le FESPACO de Ouagadougou (1983 et 1993), le cinéma numérique en Afrique (le Nigéria en 2001, l’Afrique de l’Ouest francophone en 2005).
Le Festival d’Amiens a également suivi divers réalisateurs tout au long de leur carrière, projetant chacun de leur film, souvent sélectionnés en compétition (pensons par exemple à Idrissa Ouédraogo, Abderrahmane Sissako ou à Mahamat Saleh Haroun). Tout cela a fait du Festival d’Amiens l’une des places fortes des cinémas africains.
Au moment de célébrer le cinquantenaire des indépendances, plutôt que de proposer une rétrospective classique, nous avons imaginé de revoir l’histoire des cinémas d’Afrique à travers le prisme de l’humour et du sens de la comédie, nuance qui a son importance car il n’y existe pas, à proprement parler, de comédie en tant que genre. Parler d’humour implique que l’on partage le cinéma africain en deux mouvements distincts : d’une part le cinéma des pères fondateurs puis de leurs héritiers, un mouvement que l’on peut faire courir sur les quarante premières années (avec des films tournés en 16 ou 35 mm) ; d’autre part, le cinéma né après le tournant numérique, qui voit se développer un cinéma de genre, notamment pour répondre aux désirs des populations locales. Durant la période « classique » du cinéma africain, on remarque plusieurs façons d’aborder l’humour, le plus souvent en guise de critique politique des sociétés post-coloniales (c’est le cas de Souleymane Cissé ou de Sembène Ousmane, d’Henri Duparc ou de Désiré Écaré). L’humour est souvent attaché à une région donnée, et quelques cinéastes en explorent les vertus, en Côte d’Ivoire (Henri Duparc), au Cameroun (Daniel Kamwa), au Congo (Mweze Ngangura) ou au Sénégal (Djibril Diop Mambety). On remarque un paradoxe assez symptomatique, l’impossibilité apparente de la comédie pure. On constate par ailleurs la prégnance de l’humour qui prend ses distances par rapport à des sujets graves.
Le développement des tournages en numérique et ses commodités techniques ou financières, a engendré un cinéma loin du cinéma (au sens occidental du terme), un cinéma de proximité prompt à satisfaire les modes et les goûts fugaces d’un public nourri au cinéma mondialisé (et piraté par la force des choses !), un public local qui jubile à entendre parler sa (ou ses) langue(s) nationale(s). Qui se reconnaît dans des personnages empruntés au cinéma de genre (comédie ou policier, mélodrame sentimental, fantastique inspiré des récits magiques traditionnels).
Ces films autoproduits, sont à considérer sous deux angles de production : ceux émanant du Nigeria (désigné de manière impropre de « Nollywood ») et ceux émanant d’Afrique de l’Ouest mais aussi de l’Est ou de la Corne de l’Afrique.
Cette rétrospective mêlera courts et longs métrages, et permettra de relire de manière originale non seulement cinquante ans de cinémas africains, mais aussi d’histoire du regard porté par les cinéastes africains sur leurs sociétés respectives ; sur leurs responsables politiques aussi.
Outre un programme d’une douzaine de titres choisis dans la liste ci-après, le festival proposera plusieurs rencontres sur ces deux grandes périodes de l’histoire des cinémas d’Afrique.
PANORAMAS
— Le nouveau documentaire brésilien
Depuis une petite dizaine d’années, le cinéma brésilien semble avoir trouvé un nouveau souffle, notamment à travers ses documentaires de création. Le Festival d’Amiens, qui a toujours soutenu le cinéma brésilien, sous toutes ses formes, se propose de faire un état des lieux de cette « nouvelle vague » du cinéma documentaire. De jeunes producteurs et réalisateurs (tels Maya Da-Rin, Gabriel Mascaro ou Gustavo Spolidoro) s’expriment ainsi sur des sujets originaux, dans une mise en scène surprenante et inventive. Sans jamais s’enfermer dans un cinéma « exotique », ils s’ouvrent au contraire sur le monde, donnant à voir une perspective inédite sur leur propre pays (loin des productions misérabilistes sur les favélas). Présents dans les plus grands festivals du monde (de Cannes à Locarno en passant par Rotterdam), ces cinéastes incarnent l’un des avenirs possibles du cinéma brésilien – et du cinéma mondial.
Indépendance des pays d’Amérique latine : chassés-croisés
Une partie conséquente des pays latino-américains célèbrent cette année le bicentenaire de leur indépendance : l’Argentine, le Chili, le Venezuela, le Mexique… Les mouvements indépendantistes partageaient les idéaux de la Révolution française, les principes des Lumières et ses valeurs de liberté. Au fil des deux siècles passés, aussi bien la « vieille » Europe que les jeunes États latino-américains furent confrontés à des atteintes graves aux libertés. À tour de rôle, ces pays et ces deux continents offrirent protection aux réfugiés. Ainsi, les cinéastes chiliens et argentins furent accueillis en Europe, tandis que des cinéastes espagnols (Luis Buñuel au Mexique) ou français (Pierre Chenal en Argentine) purent poursuivre et développer leur œuvre en Amérique latine.
Le premier Festival d’Amiens proposa notamment une rétrospective dédiée aux cinéastes latino-américains disparus ou en exil (furent invités Fernando Solanas et Envar el Kadri (Argentine), Helvio Soto, Gaston Ancelovici (Chili)…). Ce trentième Festival d’Amiens projettera ainsi en parallèle des œuvres rares tournées en exil par Pierre Chenal, Luis Buñuel, Hugo Fregonese, Patricio Guzman, Fernando Solanas ou Raoul Ruiz.
* La programmation est susceptible d’être modifiée. L’information sera régulièrement mise à jour sur notre site. N’hésitez pas à le consulter régulièrement pour vous tenir au courant des dernièrers actualités.


HOMMAGE
Le Festival international du film d’Amiens tient à saluer la mémoire de Nourdine Halli - lauréat du Fonds d’aide au développement du scénario 2009- récemment disparu. Nous adressons nos sincères condoléances à ses proches, amis et collaborateurs.