Festival International du Film d'Amiens 2016
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« Au bout du petit matin… » Aimé Césaire s’en est allé au son du gro kâ, des tambours et des conques de lambis. Ce n’était pas l’Ode à la joie, mais une symphonie éclaté par le cri césairien.

« …Et je pousserai d’une telle raideur le grand cri nègre que les assises du monde en seront ébranlées »….

Ce cri silencieux d’un peuple debout et souverain, maître de sa douleur était là, avec Aimé Césaire bien au chaud enfouis dans son cœur…

« où la pensée est sans équivoque une fleur au cœur de papillon ».

Du stade Pierre Aliker au cimetière La Joyau, dans ce cri de reconnaissance : « bélya pour Césaire ! », son peuple en larmes, chantait, dansait au son des conques de lambis tout le long de sa dernière promenade, à la recherche des émotions réciproques jaillissant des quartiers populaires.

J’ai filmé des extraits de la tragédie du Roi Christophe jouée par la troupe du théâtre Daniel Sorano de Dakar avec Douta Seck. Aimé Césaire, présent à une répétition, était seul, assis sur un banc. Plus loin Pierre Aliker et Camille Darsière.

Mon attention a été attirée par une expression où j’ai senti que Césaire n’était tout à coup plus le poète, ni le dramaturge, mais à la fois le roi Christophe, Hugolin, Franco de Médina ou Madame Christophe …. Cet instant de dédoublement de la personnalité n’avait pas échappé aux comédiens. Il était l’acteur de chaque personnage : fascinant, hors du monde.

Césaire avait des mots, des mots pour abattre la bêtise, le racisme et la peur de la différence.

« …faite-moi docile à son génie comme le poing à l’allongée du bras. »

Ce poing doit être pour nous cinéastes le symbole de l’acte primordial : Porter à la connaissance des Autres notre Culture, comme l’a dit L.S. Senghor à son ami Césaire :
« Soyons au rendez-vous du donner et du recevoir. »

« Etonnons-nous !… » Tout comme Aimé Césaire l’a été en me demandant mon nom :

- Sarah Maldoror !

Surpris, très surpris, il en fut amusé, et parti d’un éclat de rire :

- J’espère que vos films seront aussi beaux que « Les Chants de Maldoror » de Lautréamont.

- Evidemment, si vous permettez que je filme vos œuvres !

Je pus ainsi réaliser cinq films autour de son œuvre ce qui nous rapprocha jusqu’à devenir des défenseurs de la Liberté d’expression…

Sarah MALDOROR

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Aimé Césaire (Sarah MALDOROR)