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Panorama du cinéma chilien : une renaissance prometteuse

par Jean-Pierre Garcia

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Ce panorama du cinéma chilien des quatre à cinq dernières années propose une vision éclectique d’une « jeune cinématographie  » qui commence à sortir d’un passé politique et social extrêmement dur pour s’inscrire dans la modernité. Rien d’étonnant à ce que ce programme nous permette de traverser tous les genres de cinéma : ceux qui traquent encore (en fiction ou documentaire) la part douloureuse de l’histoire (Salvador Allende de Patricio Guzmán, Rue Santa Fe de Carmen Castillo) et les traumas provoqués par la dictature de Pinochet. D’autres cinéastes touchent au cinéma de genre pour exprimer leurs inquiétudes sur l’avenir : film policier Matar a todos de Esteban Schroeder ; de guerre Mi mejor enemigo de Alex Bowen ; film choral sur fond de comédie de moeurs : Fiestapatria de Luis Vera. Mais petit à petit s’installe un cinéma qui se veut populaire et qui s’éloigne des thèmes politiques récurrents chez les autres réalisateurs. Ainsi El rey de San Gregorio de Alfonso Gazitúa ou Casa de remolienda de Joaquín Eizaguirre Guzmán. Le premier met en scène (à la suite d’une enquête approfondie et d’un long travail de préparation) des acteurs handicapés, un Chili à la marge, un pays contraint par la dureté de l’existence à se contenter des miettes. Le second a recours à la comédie de moeurs et part du principe qu’on peut en dire plus sur le pays, en faisant semblant de se désintéresser du passé : qui dans ce pays n’a pas été amnésique ou inconscient pendant vingt ans ? Qui ne sait pas que « l’honnête commerce  » tenu par sa « soeur » n’est qu’un authentique bordel ?
Seul Kiltro de Ernesto Díaz Espinoza s’affiche clairement comme un film de genre (hommage appuyé aux productions de la Shaw Brothers) et réalise un rêve d’adolescent cinéphile en filmant un champion d’arts martiaux, désormais entré au firmament de ce cinéma-là. Dans la lignée (modestement) de maître Quentin Tarantino.

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Et vint l’année 2005, le tournant dans le renouveau, ou la renaissance du cinéma chilien. Une année qui vit surgir une série de jeunes auteurs et d’œuvres affirmant de fait qu’une page était tournée. Certains ont parlé ou annoncé trop tôt la naissance d’une nouvelle vague chilienne, d’un nouveau cinéma chilien. Propos d’autant plus malheureux que l’expression avait déjà été employée pour qualifier le cinéma chilien dans les années soixante-dix (avec des cinéastes comme Miguel Littin, Helvio Sotto, Patricio Guzmán et bien sûr Raúl Ruiz... pour n’en citer que quelques-uns). Propos qui jetterait aux orties le travail plus que méritoire des cinéastes ayant créé sous la dictature – malgré tout – de Gonzalo Justiniano à Andrés Racz, de Tatiana Gaviola à Pablo Perelman en passant par Andrés Wood ou Silvio Caïozzi. Mais, c’est un fait qu’une nouvelle génération de cinéastes a surgi. De vrais auteurs (pas encore ou pas toujours très populaires dans leur pays mais ça viendra) expérimentant dans la forme comme dans les sujets traités une autre approche du cinéma. Matias Bizé avec En la cama propose une radiographie intime de la sexualité... dans un lieu clos. Il en va de même pour Sebastián Lelio qui dans la Sagrada familia enferme ses personnages dans une villa (au bord de la mer) et pose avec précision, le temps de l’action d’un psychodrame austère. Alicia Scherson avec Play nous laisse croire que le voyeurisme n’est qu’une forme supplémentaire de la solitude et de la misère affective ; lot commun aux habitants des grandes cités.
Ces trois films – et il en est d’autres comme Parentesis à ne pas oublier – expriment l’une des tendances de demain (d’avenir ?) du cinéma chilien.
Une chose est sûre, le Chili semble s’être doté des outils d’une vraie renaissance de son cinéma. Grâce à la diversité de ces genres et expressions cinématographiques. Pouvoir aligner, en un panorama de quatre ans, cette diversité de regards et de genre est, si ce n’est le gage d’une réussite assurée, au moins fort cohérent en termes de production. De la Sagrada familia à Kiltro, le cinéma chilien ne fait pas le grand écart, il existe tout simplement. Signe des temps, près de trente longs métrages sont en cours de production, au Chili, en 2007.

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