Festival International du Film d'Amiens 2016
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Panorama du cinéma colombien contemporain (1998-2005)

Medellin, la cité où naquit Botero, n’en finit pas de se remettre de l’image déplorable que lui ont laissée les seigneurs de la drogue. Pourtant la ville a retrouvé une « sérénité » plus grande et, somme toute, n’est pas différente de nombre d’autres cités de cette importance (deux millions d’habitants environ), en Amérique Latine ou ailleurs. Chaque année y est organisée, fin juillet-début août, une grande fête populaire dite « fiesta de las flores ». Le cinéaste Victor Gaviria (Rodrigo D., no futuro, La vendedora de rosas, Sumas y restas), enfant du pays, y a lancé depuis quatre ans un festival de cinéma colombien. Mais pas n’importe quel festival, une manifestation qui, à la nuit tombée, projette ses films en plein air sur les places adjacentes aux stations du métro aérien de Medellin. Ces soirées de Ciné-Métro ont quelque chose d’unique. Cela tient des séances de la Piazza Grande de Locarno, mais répétées à l’envie – et gratuitement – devant un public populaire qui se déplace en famille ou en couple (avec ses petits fauteuils pliants), en bandes de jeunes... La nature du film faisant ou défaisant la composition du public. À Medellin, sans forces de police ou militaires apparentes, un vrai public vient savourer des films en plein air. Il ne manque que les bouteilles d’Aguila (l’aigle), la bière nationale à prendre glacée ; car les nuits y sont chaudes en juillet, et au sens propre. Il nous plaît d’imaginer que tous les films proposés à Amiens dans ce panorama du cinéma colombien de ces six dernières années ont été projetés à Medellin. Il est courant d’entendre les critiques ou spécialistes de cinéma dire qu’il n’y a pas véritablement de cinéma colombien mais plutôt des films colombiens. Un point c’est tout. La remarque valait en ce qui concerne les quinze dernières années. Mais les choses sont en train de changer. Depuis 1998, une série de dispositions nouvelles ont été prises dans le domaine du cinéma de la part de l’État, via des structures d’appui et de soutien (à statut privé mais encadrées par l’administration). De fait, et même si le système est loin d’être parfait, l’État colombien commence à soutenir son cinéma national. Bien sûr, il fait la part belle à certaines coproductions internationales (nous en verrons deux en ce programme : Maria, pleine de grâce, une coproduction Colombie/États-Unis, et Rosario d’Émilio Maillé, une coproduction Colombie/Mexique).

Cette sélection de huit films est, à bien des égards, constituée de fortes individualités et n’est pas totalement significative de ce que pourrait être un cinéma national fort et bien identifié. Un constat peut cependant être opéré : de plus en plus de jeunes auteurs de scénarios se bousculent au portillon du système d’appui de Pro-Imagenes Colombia, dans le court et le long métrage fiction, dans le documentaire également. Et ce à tous les stades : développement, production, finalisation. À signaler les pépinières de jeunes auteurs de scénarios soutenus depuis quelques années par Pro-Imagenes Colombia et la maturation de certains sujets soutenus comme nous avons pu le constater récemment lors du Fonds d’aide au développement du scénario du Festival d’Amiens. Sur la dizaine de films proposés à Amiens, six ont à voir avec la situation qui marque le pays (violence des narcotrafiquants ou de la politique – guerilla/paramilitaires, violence sociale et disparités économiques, banditisme...). Quatre autres touchent à des sujets moins nettement liés à ces traumatismes colombiens et empruntent au cinéma de genre et expriment des regards plus originaux sur le cinéma. Tous ces films traduisent sans aucun doute la situation d’un pays déchiré et en quête d’identité mais doté d’une belle énergie. Cette belle énergie, associée à des sujets souvent originaux, sauve un cinéma encore en devenir, encore en train de se définir.

Jean-Pierre Garcia Coproductions dans lesquelles la Colombie était minoritaire.

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Cinéma colombien