Décades prodigieuses 
Il était raisonnablement impossible
de proposer une rétrospective
intégrale des films de Claude
Chabrol. Mais nous ne voulions
pas non plus nous priver du plaisir
de voir ou revoir quelques uns
de ses films les plus marquants.
Le Beau Serge, son premier long
métrage, datant de 1958, nous
fêtons cette année les cinquante
ans de carrière d’un cinéaste
plus jeune que jamais. Chabrol a
donc traversé six décennies de
cinéma (des années cinquante
aux années deux mille), six «
décades prodigieuses » qu’il a
marquées de son style de plus
en plus sobre et efficace. Voici
donc un choix difficile, crève-cœur,
mais passionnant – d’un
film par décennie.
Le Beau Serge s’est naturellement
imposé, non seulement
parce que c’est le premier d’une
liste de cinquante quatre longs
métrages, mais encore parce
que le film garde toute sa force
et révèle un trio d’acteurs épatants
(Jean-Claude Brialy, Gérard
Blain et Bernadette Lafont). Le
Beau Serge, c’est aussi le premier
film estampillé « Nouvelle
Vague ». La petite musique chabrolienne
s’installe définitivement
à partir de la Femme infidèle,
fleuron de ce qu’il appelle
sa « période pompidolienne ». On
y trouve son égérie et femme de
l’époque, la sublime Stéphane
Audran, qui trouve sous sa direction
beaucoup de ses plus beaux
rôles (parmi la grosse vingtaine
de films qu’ils ont fait ensemble).
On la retrouve dans le Boucher,
film à la fois haletant et inquiétant
avec un Jean Yanne au sommet
de son art (il était déjà présent
dans Que la bête meure).
Chabrol poursuit son chemin,
s’affirmant comme cinéaste
avec ce genre de films dits «
sérieux », aux sujets audacieux.
Avec Une affaire de femmes en
1988, il retrouve Isabelle Huppert
qu’il avait déjà dirigée dix ans
plus tôt dans Violette Nozière.
Cette fructueuse idylle artistique
se poursuivra par la suite (quand
Isabelle Huppert reçut le César
de la meilleure actrice pour la
Cérémonie, elle le dédia à
Chabrol, lui avouant qu’il était «
sa plus belle histoire d’amour »).
On notait dans Une affaire de
femmes la douce présence de
Marie Trintignant, à qui Chabrol
confie le premier rôle de Betty,
l’un de ses plus beaux films.
Enfin, Isabelle Huppert le rejoint
dans le vénéneux Merci pour le
chocolat, film qui révèle la jeune
Anna Mouglalis.
À ces six films s’ajoutent Poulet
au vinaigre, film culte du polar
français avec un inoubliable
Jean Poiret en inspecteur
Lavardin ; et Rien ne va plus, l’un
des petits préférés de son
auteur, avec Michel Serrault et
Isabelle Huppert.
F. G.
Les propos suivants de Claude Chabrol sont extraits d’un entretien réalisé par Fabien Gaffez et Jean-Pierre Garcia en octobre 2008, du livre d’entretiens de François Guérif (Claude Chabrol, un jardin bien à moi, Denoël, 1999), ainsi que de deux livres de Claude Chabrol, Et pourtant je tourne (Robert Laffont, 1992) et Laissez-moi rire ! (en collaboration avec André Asséo, Éd. du Rocher, 2004).