Festival International du Film d'Amiens 2016
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Réalisateur – France


Il était une fois Bensalah

Le Festival international du film d’Amiens est toujours resté connecté avec les faits dits de société. Il a toujours défendu le cinéma populaire, le vrai, celui qui attire les gens dans les salles, sans jamais user de recettes populistes. Loin d’être le Festival élitiste que quelques esprits chagrins ont pu voir en lui, le festival a toujours mis en lumière les démarches nobles et sincères de réalisateur travaillant pour le « grand public ». Cet hommage à Djamel Bensalah s’inscrit dans cette politique artistique, qui vise à toucher tous les publics, sans autre discrimination que celle du plaisir de cinéma.
Nous avions déjà reçu Djamel Bensalah en 2007 lors de la présentation en avant-première de son quatrième long-métrage, Big City. Cette année c’est l’ensemble de son travail qui est mis à l’honneur. Le réalisateur, scénariste, producteur n’est qu’au début de sa carrière, mais sa méthode est accomplie et légitime un hommage plein et entier. Beur sur la ville, sa dernière comédie dont le titre est à lui seul un clin d’œil au cinéma populaire français, résulte une fois encore du désir qu’a son auteur de démontrer que les ambitions politiques et artistiques ne sont pas absentes des productions commerciales « grand public ».

Le Cinéma de Bensalah…

Dès l’adolescence, Djamel Bensalah a la passion du cinéma. Pour se rapprocher des plateaux, il passe des castings. Si son désir profond n’est pas de devenir acteur, il aime observer les mécanismes de la création, passer du temps au plus près des auteurs et metteurs en scène. Il y parviendra en apparaissant dans quelques épisodes de la série Navarro, puis notamment dans L’Eau froide d’Olivier Assayas.
Très vite, il passe derrière la caméra et réalise en 1996 un court-métrage remarqué, Y’a du foutage dans l’air, où il met en scène les acteurs avec qui il n’aura de cesse de travailler par la suite : Jamel Debbouze, Julien Courbey, Stéphane Soo Mongo et Lorànt Deutsch. Le film est apprécié, Bensalah, c’est sûr, est bel et bien réalisateur… Il est aussi un grand découvreur de talents.
Alors qu’il a mis deux ans pour produire son court-métrage, Djamel Bensalah trouve ensuite plus facilement les financements nécessaires à la réalisation de ses projets. En 1999, il réalise en six mois son premier long-métrage Le Ciel, les oiseaux,… et ta mère, une chronique de banlieusards parisiens partis en vacances sur la côte basque. On y retrouve Jamel Debbouze, Julien Courbey et Lorànt Deutsch.
Dès sa seconde réalisation d’envergure, Le Raid (2002), Bensalah souhaite réunir deux générations d’acteurs de comédie ; susciter une transition et assister au passage de témoin. Il reste fidèle à ses acteurs habituels en leur proposant les premiers rôles et invite quelques grands noms du cinéma populaire français, comme Josiane Balasko et Gérard Jugnot, à les rejoindre dans ce périple comique où une bande de petits malfrats doivent éliminer une sportive de haut niveau incarnée par Hélène de Fougerolles. Cette création d’un lien générationnel, cette philosophie de la transmission, va demeurer une constante dans le cinéma de Djamel Bensalah jusque Beur sur la ville (2011).
En 2005, le réalisateur renoue avec ses racines et tente de concilier comédie et culture multiethnique. Dans Il était une fois dans l’oued (encore un hommage cinéphile d’appellation contrôlée, rendu cette fois aux westerns qu’il affectionne particulièrement), Julien Courbey incarne un jeune de cité d’origine normando-alsacienne qui met tout en ouvre pour réaliser son rêve : devenir épicier en Algérie.
Puis, avec Big City (2007), Djamel Bensalah concrétise un double rêve de cinéaste : tourner un western, et, diriger Eddy Mitchell. Afin de souligner son doux souvenir des Dernières séances télévisuelles hebdomadaires de l’acteur-chanteur-présentateur, il déclare : « J’ai rencontré le cinéma en même temps que le western et Eddy Mitchell ». Il remercie le crooner de lui avoir offert la culture du cinéma de genre sur un plateau (télé), en lui concoctant un rôle d’alcoolique de l’Ouest.
Big City est à la fois un western, une comédie et une critique sociétale. Dans ce film où des enfants incarnent les classiques cow-boys et leurs éternels ennemis indiens, le cinéaste revient sur ses thèmes de prédilection que sont le racisme et l’organisation de la cité. Ces problématiques apparaissent une nouvelle fois dans Neuilly sa mère ! qu’il écrit et produit en 2009 et dont la réalisations est cette fois confiée à Gabriel Julien-Laferrière. Dans ce film, un jeune garçon, tout récemment installé dans une ville présidentielle en mal d’ouverture d’esprit, regrette les charmes des codes multiculturels de son ancienne banlieue.
Cette année Djamel Bensalah revient à la réalisation avec Beur sur la ville. Des talents émergeants (Booder, Issa Doumbia, Steve Tran), Julien Courbey son acteur fétiche, et des interprètes de renom (Sandrine Kiberlain, Gérard Jugnot, Josiane Balasko, Roland Giraud) s’unissent dans une comédie populaire où l’on s’interroge sur le potentiel des politiques de discrimination positive au sein des administrations du pays.

…Résolument populaire, judicieusement politique.

Djamel Bensalah est né à Saint- Denis en Seine Saint-Denis. Son œuvre découle de ses propres expériences et de ses rencontres, elle est donc tout aussi populaire que le milieu duquel il est issu. Convaincu que le cinéma doit avant toute autre chose procurer du plaisir, il ne perd jamais de vue que ses spectacles demeurent des divertissements. Les dénouements des films de Bensalah sont heureux, toujours positifs, dans la tradition des grandes comédies populaires françaises allant des œuvres de Jean Girault et Gérard Oury aux films de Jean-Marie Poiré.
L’ancrage populaire des films de Djamel Bensalah trouve son fondement dans la diligence qu’il administre à la création d’une famille cinématographique. Les récurrences de collaborations avec de nombreux acteurs (Julien Courbey, Josiane Balasko, Lorànt Deutsch, Gérard Jugnot), comme celles de Pascal Gennesseaux son habituel directeur de la photographie, ou de Gilles Laurent son coscénariste, démontrent l’importance des valeurs fraternelles pour ce réalisateur, celles de l’amitié et de la fidélité professionnelle.
Ainsi, les valeurs qu’il s’impose dans le travail trouvent une place centrale dans les sujets de ses films. Les efforts à fournir pour conserver des amitiés solides (Le Ciel, les oiseaux… et ta mère ! ; Le Raid ; Il était une fois dans l’oued), l’importance de l’entraide entre compères ou condisciples (Big City ; Beur sur la Ville…), sont les sujets simples, sensibles et tendres souvent abordés par Bensalah, avec la sincérité qui plait à son public.
C’est sans doute aussi pourquoi nous retrouvons si régulièrement des adolescents ou des enfants dans les comédies de Djamel Bensalah (Le Ciel, les oiseaux… et ta mère ! ; Big City ; Neuilly sa mère !) : il y s’agit d’évoquer le bon souvenir des cours de récréations et des mercredis après-midi, quand les amitiés se lient, quand les êtres se découvrent et apprennent à s’apprécier. Au cinéma, la fraternité enfantine, innée et souvent drôle, est résolument populaire.
Aussi, le metteur en scène de Saint- Denis ne cesse de redessiner les portraits d’une jeunesse trop souvent stigmatisée. Il désire avant tout véhiculer une vision du monde de son enfance où les individus ont le même type de préoccupations, les mêmes peurs, les mêmes fantasmes et les mêmes frustrations que tout le monde, mais possèdent des codes différents pour les exprimer. De ces codes, on peut s’amuser, parfois même jusqu’à l’excès car il s’agit de sortir d’un clivage social dramatique.
Djamel Bensalah considère, bien entendu, que les comédies populaires ne doivent pas s’interdire de délivrer des messages aux publics et tente de dresser une fresque culturelle spécifique au monde contemporain. Il s’impose de choisir des thèmes et d’écrire des scénarios les plus actuels qu’il soit. Il traite l’actualité à chaud, analyse la société en temps réel. Il pose un regard presque journalistique sur le monde dans lequel il vit et le transpose sur son milieu de provenance afin d’en démontrer la compatibilité.
Beur sur la ville est, par exemple, un film né dans l’imaginaire de son auteur au cœur de la période d’émeutes que la France a connu fin 2005. Ces quelques mois de l’histoire récente sont, pour Bensalah, le révélateur de la panne de l’ascenseur social. Dans son film, ils sont tous en panne, mais le cinéaste ne s’arrête pas à la métaphore humoristique et déclare, toujours à propos de Beur sur la ville  : « L’enquête policière est un prétexte pour aborder les thèmes de l’égalité des chances et de la discrimination positive, et la comédie permet d’apporter au récit toute la légèreté et la fantaisie nécessaire. Et puis la parodie et la caricature donnent bien plus de liberté pour aborder certaines vérités. »
Cette démarche judicieusement politique, Bensalah l’a adaptée à toutes ses comédies. Big city est un questionnement sur les ridicules fondements du racisme ; Le Ciel, les oiseaux… et ta mère ! , une réflexion sur la mixité sociale…
Dans son dernier film, le metteur en scène, au-delà de l’état des lieux permanent qu’il a pris l’habitude de dresser, va jusqu’à proposer une solution politique : la discrimination positive (à la manière de l’affirmative action éducative et professionnelle américaine des années soixante impulsée par Kennedy ?).
Djamel Bensalah dresse un parallèle tout personnel entre le cinéma populaire qu’il affectionne (mais bien souvent décrié) et les possibilités d’un pas en avant sociétale lorsqu’il proclame : « On considère la comédie dans le cinéma comme on considère la banlieue dans la société. Et comme la comédie est la vache à lait du cinéma, alors peut-être que la banlieue peut devenir la vache à lait de la société française ? »





A.L.

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