Festival International du Film d'Amiens 2016
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Gérard Blain cinéaste| Intégrale

En présence de Laurent Chollet et de nombreux invités liés à Gérard Blain et à son oeuvre, tels Paul Blain (fils et acteur des films de Gérard Blain) ou Michel Cieutat (auteur du livre Le Cinématographe selon Gérard Blain).

Après ses débuts aux côtés de Jean Gabin dans Voici le temps des assassins de Julien Duvivier, Gérard Blain est devenu la première star de la Nouvelle Vague, apportant au cinéma français un jeu habité et une présence animale, digne des acteurs de l’Actors Studio de l’époque. François Truffaut (Les Mistons, qui signe les débuts de la seconde épouse de G. Blain, Bernadette Lafont), ou Claude Chabrol (Le Beau Serge, Les Cousins) font appel à lui pour leurs premiers films. Blain devient également une star en Italie (avec des films comme le Bossu de Rome de Carlo Lizzani) et on le retrouve avec John Wayne dans Hatari ! d’Howard Hawks. Anticonformiste qui goûtait peu le système hollywoodien, il demeure un acteur à part, que l’on croise dans l’Ami américain de Wim Wenders ou dans l’Enfant de l’hiver d’Olivier Assayas. Mais Gérard Blain est également un grand cinéaste, demeuré méconnu, voire oublié des plus jeunes générations. Sous l’influence de Robert Bresson, ses films sont d’une exigence stylistique rare et ont un sens pudique de l’autobiographie. Du cinéma à vif. Des Amis à Ainsi soit-il, en passant par le Pélican ou Un enfant dans la foule, Blain a tracé un chemin unique dans l’histoire du cinéma français, entre rébellion morale et obstination stylistique. Truffaut avait salué, à l’époque du passage à l’acte de Blain, un « cinéaste puissant », évoquant sa « justesse de ton » et son « ironie affectueuse ». Le Festival d’Amiens présentera ainsi l’intégrale de cette œuvre puissante, juste et ironique.

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Une rétrospective coordonnée avec le concours de Laurent Chollet.

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GÉRARD BLAIN, L’ÉTERNEL INSURGÉ

Par Laurent Chollet

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Qui se souvient aujourd’hui de Gérard Blain ? La question mérite d’être posée tant il ne semble plus habiter que la mémoire d’une poignée de cinéphiles… Quel paradoxe quand on a été la première star de la Nouvelle Vague ! Interprète de plus de soixante rôles et réalisateur – et coscénariste – de huit films pour le cinéma et deux pour la télévision, Gérard Blain aura il est vrai, sa vie durant, copieusement brouillé les cartes et facilité ainsi « l’amnésie collective » qui frappe certains de nos contemporains. À mesure que l’on découvre et/ou redécouvre son travail d’acteur et de cinéaste, on ne saurait se résoudre à l’idée que sa « mauvaise réputation » puisse occulter une telle œuvre.

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LE REBELLE
« Gérard Blain sent le souffre ! » Que n’aura-t-on entendu cette sentence au cœur des années Mitterrand. Marchais, Le Pen, Chevènement, le badge du « Che » toujours au revers de son veston… Impossible d’escamoter les polémiques que son seul nom suscitait alors. Sa disparition le 17 décembre 2000 déclencha malgré cela une impressionnante série d’hommages. « Adieu au pélican rebelle » titra l’Humanité. « En huit titres seulement, répartis sur trente ans, Gérard Blain aura visé et atteint l’essentiel. Citons-le : « (…) Nous sommes dans une société pourrie. Il n’y a plus de foi, plus de morale, plus de sentiments élevés, nobles. Ne règnent que le plaisir, le fric, le sexe, tout ce qui fait appel aux sentiments les plus bas, les plus méprisables. J’ai toujours été préoccupé par le déclin des valeurs, et tous mes films, au fond, racontent la quête de ces valeurs perdues. » Un tel jansénisme dans le discours (qui n’empêchait pas Blain de picoler ferme et de s’exprimer comme un charretier) aurait pu conduire son auteur du côté de Maurras ou de Céline. Il ne fut pas insensible un temps à l’apparence d’absolu du discours d’un Le Pen, et il trouva en Michel Marmin, critique de cinéma et écrivain idéologiquement proche de l’extrême droite, un complice pour le scénario de plusieurs de ses films. Mais cette même soif de valeurs, ce refus de la médiocrité petite-bourgeoise aux frontières de l’anarchisme et de l’engagement, qu’il paya par ailleurs de l’échec commercial de son œuvre, fit que son individualisme forcené rencontra aussi l’amitié des communistes. Ce journal s’honore d’avoir toujours défendu sa liberté et Blain nous en savait gré. Il nous l’avait encore dit il y a peu [1]. », écrivit Jean Roy. Son ami, voisin et coscénariste Michel Marmin saluait de son côté dans les pages de la revue Eléments « notre ami, notre camarade… » : « Moralement intransigeant, nostalgique des valeurs disparues, Gérard Blain était en état de révolte permanente contre son temps. Il ne l’envoyait d’ailleurs pas dire, et le moins que l’on puisse dire est que tant ses films que les coups de gueule tonitruants dont il avait le secret étaient à cet égard démonstratifs [2] »

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UN ENFANT DANS LA FOULE
« Rage, révolte, rébellion, je ne sais pas faire autre chose [3]. » La rage de Gérard Blain plonge ses racines dans l’enfance. « J’ai été abandonné par mon père et livré à moi-même par ma mère. À douze ans et demi, j’étais ‘‘un enfant dans la foule’’. J’ai été précipité sans défense dans le monde des adultes, brutalement exposé à leur méchanceté, leur férocité, leurs mensonges, leur corruption. Ils ont exploité sans vergogne ma naïveté, ma candeur, et cela je ne leur ai jamais pardonné [4]. »
Grâce à son physique – « gentil » dira-t-il plus tard – le petit Gérard enchaîne quelques figurations – Le Bal des passants (Guillaume Radot, 1944), Le Carrefour des enfants perdus (Léo Joannon, 1944), Les Enfants du paradis (Marcel Carné, 1945), Fils de France (Pierre Blondy , 1946). À treize ans, il participe à l’insurrection de Paris d’août 1944. À vingt ans, il fait son service militaire à Pau au sein du 18e bataillon parachutiste de choc (18e BPC). Libéré de ses obligations militaires, il devient lad, organise des combats de boxe à Deauville… et s’inscrit au cours Simon dans la classe de Gabrielle Fontan. Une fois encore, Blain éprouve la haine de classe. Ses condisciples refusent de donner la réplique à ce « fils du peuple ». En 1954, il fait une apparition dans Touchez pas au Grisbi de Jacques Becker – le portier de la boîte de nuit –, et obtient deux petits rôles pour Avant le déluge d’André Cayatte – un lycéen – et Escalier de service de Carlo Rim – le photographe, copain de Léo – aux côtés de sa première épouse Estella Blain (née Micheline Estellat) – épousée deux ans plus tôt. La première rencontre déterminante a lieu l’année suivante dans un café proche de la place de l’Alma ! Julien Duvivier lui propose le troisième rôle de son prochain film : Voici le temps des assassins (1955)… avec Jean Gabin et Danièle Delorme ! « Le seul acteur à l’époque qui était vraiment pour moi mon modèle, c’était Gabin qui était d’une telle sobriété. Il parlait tellement juste, parce que tout ce qu’il disait était extrêmement ressenti[...]

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