Hommage à Adama Drabo 
(1948 – 2009)
Réalisateur, Mali
Adama Drabo est né en 1948 à Bamako. En 1960, l’heure de l’indépendance a sonné, le Mali a
besoin d’instituteurs. Le futur réalisateur répond à l’appel du tout jeune gouvernement, il enseigne
dans les villages durant une dizaine d’années. Parallèlement, il peint et écrit des pièces de
théâtre, dont Le Pouvoir du pagne. Dès son enfance, il se passionne pour le cinéma et aspire à
devenir réalisateur. Son rêve se réalise en 1979, quand il entre au Centre national de production
cinématographique (CNPC) du Mali. Faute de bourses de formations, il apprend sur le tas ; en
particulier avec Cheick Oumar Sissoko ; il sera son assistant sur le tournage de Nyamanton
(1986), puis de Finzan (1989).
Pour sa première réalisation Nieba, la journée d’une
Paysanne (1988), le jeune réalisateur suit la journée de
travail d’une femme qui, dès l’aube jusqu’au coucher
du soleil, doit s’acquitter de multiples tâches tout en
assurant son rôle de mère
et d’épouse. Durant toute
sa carrière, Adama Drabo,
s’attachera à parler du
monde rural, qu’il a
découvert en devenant
enseignant.
En 1991, Adama Drabo
signe son premier long
métrage, Ta Dona (Au
feu !). A l’origine, le
cinéaste pensait réaliser
un film uniquement
consacré à la protection
de l’environnement, avec
le problème des feux de
brousse ; il voulait sensibiliser
contre ce fléau.
Finalement, la dégradation
de la vie politique et
économique du pays,
après 23 ans de dictature
de Moussa Touré se retrouve indirectement intégrée
dans le film. La censure du régime a été déjouée par la
quête initiatique de Sidy qui part en pays Bambara à la
recherche du septième canari (*). A Bamako, le film est
sorti alors que les étudiants manifestaient contre la dictature.
Très peu de temps après, le régime s’effondrait
sous la pression populaire. Ta Dona est alors considéré
comme un film prémonitoire. Il sera primé au Fespaco
et sélectionné à Cannes (Un certain regard).
Taafé Fanga (Le Pouvoir du pagne), le deuxième long métrage d’Adama Drabo est adapté d’une de ses pièces de théâtre et se déroule en pays Dogon. Avec beaucoup d’humour, le cinéaste s’inspire d’un conte. Dans un village, les femmes prennent le rôle des hommes ; elles leur imposent d’assurer les travaux quotidiens qui leur sont imposés d’habitude. Une fable mordante et enlevée qui favorise les situations cocasses. C’est le premier volet d’une trilogie consacrée au pouvoir. La deuxième partie, Fanta Fanga (Le Pouvoir des pauvres), co-réalisé par Ladji Diakité a été présentée au Fespaco de 2009. Sur fond de crimes rituels de jeunes albinos, Adama Drabo se questionne sur le pouvoir des démunis dans la société malienne. Ils n’ont que le courage pour affronter les injustices sociales. Le sujet du troisième film, Doni Fanga (Le Pouvoir du savoir) de cette trilogie était déjà établi ; Adama Drabo voulait s’attaquer aux intellectuels qui fuient leurs responsabilités à l’égard de leur peuple. La maladie a fauché le réalisateur le 15 juillet 2009 avant qu’il ne puisse en développer le scénario.
L’écriture d’Adama Drabo n’est pas
linéaire, elle se rapproche de la façon dont
les griots racontent ; tout est imbriqué, les
séquences semblent parfois isolées les
unes des autres, pourtant elles reviennent
toujours à la ligne directrice du film. C’est
bien souvent dans les traditions ancestrales
qu’il puise son inspiration, pour mieux
aborder le monde moderne et les inquiétudes
de l’avenir. Sa passion pour la peinture
l’a amené à régulièrement utiliser la couleur
comme un élément de la mise en
scène ; par exemple dans Ta Dona, la couleur
bleu est synonyme d’espoir.
Dans ses films, en particulier dans Taafé
Fanga, le réalisateur met en valeur le rôle
primordial de la femme dans les sociétés
africaines. Adama Drabo nous laissera le
souvenir d’un homme simple et discret,
mais déterminé, qui a signé, souvent avec
beaucoup de courage, une œuvre d’engagement.
Un homme de convictions qui a
dénoncé les abus des pouvoirs, la mise à
l’écart des femmes, les absurdités de certaines
traditions. Adama Drabo a toujours
su garder les distances nécessaires avec
les pouvoirs afin de conserver sa liberté de
parole pour la donner aux « sans-voix » de
la société.
Yves Jézéquel
(*) Sorte de coffre sacré taillé dans l’écorce d’une courge.