Festival International du Film d'Amiens 2016
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Cette rétrospective tente de témoigner de la mutation de l’homme, du monde et du cinéma après les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki : la manière dont cela a pu réorganiser la perception même de la mort (anonymement et massivement donnée) ; le rôle complexe que cet événement a pu avoir dans la reconstruction de l’identité japonaise (occupant le même rôle de borne morale que la Shoah en Occident - sans pousser plus loin cette hasardeuse comparaison) ; la reconfiguration des peurs et des angoisses collectives ; la naissance d’un nouvel ordre géopolitique ; l’avènement d’une nouvelle forme de culpabilité (dans les deux « camps ») décrite par Günther Anders. En d’autres termes, la création d’un nouvel homme (pour le meilleur et pour le pire). Surtout, il s’agit de se concentrer sur le Japon d’après-guerre, sur cette période de l’Histoire d’un pays en proie au doute et aux démons de la liberté. À l’image, par exemple, du cinéma italien de la même époque : quelle esthétique a pu naître de cette traversée du miroir de la guerre ?

Il est passionnant de se poser la question de savoir ce que devient le cinéma au milieu de tout ça : comment il est à la fois le témoin et l’acteur de cet état de fait (la modernité se levant de ces cendres-là). Il y a, bien sûr, une différence majeure entre l’histoire du cinéma japonais et celle du cinéma mondial. D’un côté, il s’agit d’un événement qui a eu lieu (comment traiter de ce traumatisme et de ces blessures-là) ; de l’autre, de la peur de ce qui pourrait avoir lieu (le cinéma de la menace atomique) : cette tension entre deuil et fantasme, entre passé et avenir, entre histoire et fiction, est ce qui a d’abord motivé cette rétrospective, que nous voulions mettre en place depuis longtemps - et qui mériterait d’être développée encore, à travers plusieurs chapitres.

Entre les films qui contournent la censure, ceux qui font de ces villes une toile de fond mélodramatique et ceux qui en analysent les répliques morales et politiques, le champ est vaste. Sans oublier l’impact esthétique de la bombe, notamment sur la manière de filmer les corps : les mutations du cinéma fantastique, l’imaginaire du cyberpunk, et le renouveau du film de fantômes (jusque dans le Kairo de Kurosawa qui reprend le fameux motif de l’ombre découpée et inscrite sur les murs). Il semble évident que l’on doit retrouver les effets, plus ou moins prononcés, de cette période dans une majorité de films. Sans en faire un grossier artifice, nous pourrions à tout le moins relire l’histoire du cinéma mondial à travers le prisme de Hiroshima (qu’est-ce qui a été vu, ou pas, à Hiroshima ?). Japon, après les nuages n’en serait que le modeste préambule.

Fabien Gaffez

Avec la collaboration de la Maison de la culture du Japon à Paris et de la Japan Foundation

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Japon, après les nuages