Festival International du Film d'Amiens 2016
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Le Festival international du film d’Amiens est, depuis sa création, l’une des places fortes des cinémas d’Afrique. Son engagement auprès des cinématographies du Sud le place aux avant-postes de la création d’un hémisphère en pleine ébullition. Le FIFAM est par ailleurs reconnu pour son travail autour du cinéma d’animation, notamment européen. À travers nos compétitions et nos programmes de courts métrages, nous avons toujours défendu le cinéma d’animation, le sortant des clichés du « cinéma pour enfants » à quoi quelques esprits chagrins le cantonnent encore. Au fil des ans, à travers des rétrospectives consacrées à la Nukufilm, au cinéma d’animation russe contemporain (et un focus sur Alexandre Petrov) ou à l’école de Zagreb (avec un hommage au grand Vatroslav Mimica), nous avons très largement exploré toutes les formes et les techniques du cinéma d’animation. Pour ce qui est du continent africain, si nous en avons régulièrement programmé les œuvres, jamais encore nous n’avions consacré une rétrospective à part entière au cinéma d’animation.

C’est à Jean-Michel Kibushi que nous avons choisi de rendre hommage. Son travail représente pour nous ce qu’il y a de plus beau dans la conception du cinéma : non seulement il est un réalisateur qui a depuis quelques années défriché les possibilités d’installer le cinéma d’animation dans un pays où les infrastructures sont quasiment inexistantes, mais il se consacre aussi au travail des autres et à la production, avec le studio de films d’animation Malembe Maa dont il est le fondateur. Il œuvre également pour la transmission des savoirs et pour la distribution des œuvres, notamment à travers un projet culturel « La Caravane pour le Sankuru », qui propose un cinéma ambulant et des projections en plein air en milieu rural. Tout cela nous rappelle le travail que nous faisons avec notre Cinébus. C’est pourquoi Jean-Michel Kibushi était l’homme providentiel, pour parrainer la 28e édition de notre Color’Ado, l’atelier de découverte et d’initiation aux techniques du cinéma d’animation, à destination de jeunes collégiens et lycéens de la région. Il est à nos yeux capital de mettre en place ce genre de rencontres transfrontalières, qui font avancer les histoires du cinéma et les histoires de chaque individu. C’est avec de tels « hasards objectifs » que naissent les vocations.

Guido Convents, historien et anthropologue, spécialiste du cinéma colonial d’Afrique centrale et australe, sera également présent, à l’occasion de la parution de son nouveau livre consacré au cinéma d’animation en Afrique centrale (dont Jean-Michel Kibushi a signé l’avant-propos). Il nous apprend que les personnages emblématiques de cartoons, tels Mickey Mouse, Donald Duck ou Woody Woodpecker « ont fait leur apparition au Congo dès les années 1930 à travers des projections organisées par l’État colonial et les missionnaires ». Or, depuis l’indépendance, et plus particulièrement à la fin des années 1980, des ateliers de formation à la réalisation de films d’animation ont vu le jour. Ensuite, grâce aux nouvelles technologies, de nombreux talents, souvent autodidactes, ont pu émerger. Ce qui a permis à une nouvelle génération de se lever. Toutes ces questions seront abordées à l’occasion d’une table ronde autour du livre.

Ainsi, Jean-Michel Kibushi est l’un des plus brillants exemples de cette culture du cinéma d’animation, qu’il souhaite pérenniser et populariser, en y consacrant toutes ses forces. Puisse cet hommage être utile au développement de cet art en Afrique centrale. Il est en tout cas un nouveau chapitre qu’ouvre le FIFAM dans la longue histoire qui le lie aux cinémas d’Afrique. Ce chapitre « animé » en appellera d’autres.

Fabien Gaffez

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Jean-Michel Kibushi