Festival International du Film d'Amiens 2016
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Depuis 2012, nous tenons chaque année à rouvrir les albums de famille du cinéma français. Histoire de nous refaire un pedigree. Après Claude Sautet (2012) et Gérard Blain (2013), voici que s’avance la silhouette longiligne, avec ou sans moustache, de Jean-Pierre Marielle. Et il s’agit bien d’un album de famille. Car ils sont peu nombreux, les acteurs qui depuis plus de cinquante ans, font pour ainsi dire partie de nos vies. On se souvient d’eux comme de grands oncles farfelus et aventuriers, sans très bien savoir où et quand on a bien pu les voir pour la dernière fois. C’est bien plus que du patrimoine, c’est du cépage d’origine incontrôlée, un millésime à fragmentation, un acteur avec de la bouteille, toujours servi frais. Marielle est un acteur à la fois truculent et subtil, qui tonitrue et murmure, qui joue des grandes orgues ou de la viole de gambe. On le reconnaît et on l’entend de loin. On n’est pas chez Grévin, y’a pas de musée, ici : mais une cinémathèque vivante, incarnée, un verbe célinien, une voix inimitable et souvent imitée.

Il faut l’avouer, peu d’acteurs sont d’une telle trempe, sur les planches ou devant les caméras. Ce Grand Duc à l’ironique élégance est tout aussi à l’aise avec Harold Pinter ou Tchekhov qu’en préparant à Pont-Aven de mémorables galettes. Homme cultivé qui ne porte pas sa culture en bandoulière, amateur éclairé de jazz, grand lecteur érudit, patient philosophe du quotidien, Marielle fait partie, excusez du peu, de notre roman national, tout en ayant su garder, au fil des ans, une grande part de mystère. C’est la marque des plus grands acteurs, que celle d’habiter notre histoire, sans jamais nous imposer leur présence ni leur touche-pipi freudien.

Le FIFAM, on le sait, on va le savoir, est un festival à la fois cinéphile et populaire. Jean-Pierre Marielle en est le plus authentique ambassadeur : la rencontre était donc naturelle, lui qui compte par exemple les films d’Ida Lupino parmi ses passions (rappelons que nous avions organisé la première intégrale française de la réalisatrice en 2005). Comme les chemins de Jean Rochefort et de Jean-Pierre Marielle n’en finissent pas de se croiser dans Calmos, nous nous sommes longtemps croisés sans qu’il le sache. Il était grand temps que ce jazzman de la comédie trouve refuge à Amiens. Il y est d’ores et déjà comme chez lui. Mais c’est à nous, d’abord, qu’il rend hommage. Et à tous ceux pour qui le grand cinéma veut encore dire quelque chose.

Nous avons bâti cette rétrospective avec l’ami Laurent Chollet et avec l’œil avisé de Jean-Pierre Marielle. Les sacrifices furent nombreux et les dilemmes légion : mais il n’est pas dit que nous ne reviendrons pas à la charge un jour prochain ! Traverser la filmographie de Marielle, c’est recomposer une histoire secrète du cinéma, et la France qui va avec. Ainsi, de Jean-Daniel Pollet à Noémie Lvosky, en passant par Claude Berri, Bertrand Tavernier, Joël Séria, Claude Sautet, Bertrand Blier, Alain Corneau, Patrice Leconte ou Chantal Akerman, c’est un univers tout entier qu’il transporte avec lui, et une certaine idée de l’homme. Ceux qui y trouveraient à redire sont un peu… comme la lune.

Fabien Gaffez

Cet hommage est organisé avec le concours de Laurent Chollet

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Jean-Pierre Marielle