Festival International du Film d'Amiens 2016
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En 2014, le FIFAM mettait en place un nouveau dispositif, sous le terme à la fois précieux et éloquent d’« ouvroir ». L’ouvroir, c’est le lieu de l’ouvrier, de l’ouvrage, de l’œuvre. C’est l’atelier où l’on se réunit pour travailler ensemble. Ainsi, chaque année, des artistes renommés viennent échanger sur le cinéma passé et à venir, en nous dévoilant les coulisses de leur art et les chemins de traverse de leur cinéphilie. En 2014, le grand Jean-Claude Brisseau parrainait cette toute nouvelle section (nous livrant une magistrale leçon de cinéma, trois heures durant et images à l’appui, sur la mise en scène du suspense chez Hitchcock). En 2015, l’ouvroir accueillait deux réalisateurs : Bruno Podalydès et Pierre Salvadori. Ce fut l’un des grands moments du festival, un dialogue immédiat s’instaurant entre les deux hommes, qui ne s’étaient jamais rencontrés. Ces portraits croisés, où chacun présentait un film de l’autre, furent riches en enseignements, pour le public autant que pour eux-mêmes. La masterclass qui les a réunis, sur le thème de la comédie, fut à la fois drôle et stimulante - et donnait tout son sens à cet ouvroir.

Cette année, nous avons de nouveau opéré un pas de côté, afin que cet ouvroir ne se fige pas dans une formule prévisible. C’est un musicien vers lequel nous nous sommes tournés, un auteur-compositeur appartenant une nouvelle génération de créateurs. Rob fit partie de la mouvance French Touch avant de progressivement se tourner vers le cinéma, presque par hasard. On peut voir l’évolution de son style, de son geste, à travers sa collaboration avec Rebecca Zlotowski, dès son premier film Belle Épine (2010). Il y eut ensuite Grand Central (2013) et aujourd’hui Planétarium  : l’implication artistique de Rob est de plus en plus importante, la musique et les sons devenant comme la matière du film. Plus qu’un personnage : une espèce de système nerveux qui détermine l’humeur générale et en structure les récits intérieurs.

La cinéphilie de Rob, sans être une influence directe ou verser dans la citation facile, est importante. C’est un artiste qui colle pleinement à sa génération, dans l’imaginaire de laquelle le cinéma tient une place essentielle. Les trois films de sa carte blanche témoignent parfaitement, tant du point de vue de la musique que du point de vue de la « matière » sonique des images, de sa vision ouverte du cinéma. On passe du film d’auteur passionné (Les Deux Anglaises et le Continent) au film d’horreur culte (Carrie au bal du diable) pour en arriver à une forme de synthèse ultramoderne avec Under the Skin. Il y a la musique au lyrisme contrarié de Georges Delerue, la sensualité trouble de Pino Donaggio et la froide cosmologie de Mica Levi. Trois films néanmoins portés et transportés par des sentiments forts, des images sidérantes, une stylisation subtile. Autant de marques à l’œuvre dans le travail de Rob, et dont nous pourrons parler avec lui à l’occasion d’une masterclass inédite.

Fabien Gaffez

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L’OUVROIR DE... ROB