Festival International du Film d'Amiens 2016
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Depuis 2012, nous nous étions fixés une ligne : mettre en lumière le cinéma français et les cinéastes français, d’hier et d’aujourd’hui. Nous avions alors commencé par une intégrale Claude Sautet, ouvrant la voie à la Cinémathèque française, qui reprit cette rétrospective deux ans plus tard, reconnaissant enfin la place essentielle du cinéaste dans l’histoire du cinéma mondial. En 2013, c’est une intégrale de l’œuvre de Gérard Blain réalisateur que nous proposions : ce fut une découverte majeure pour beaucoup, et qui nous valut huit pages pleines dans les Cahiers du cinéma. En 2014, nous faisions coup double, avec l’hommage à l’un des acteurs les plus populaires du cinéma français, Jean-Pierre Marielle ; nous accueillions également Jean-Claude Brisseau pour parrainer notre nouvelle section L’Ouvroir. 2015, enfin, était l’année où, pour ce même Ouvroir, nous réalisions les portraits croisés de Bruno Podalydès et Pierre Salvadori, tout en rendant hommage aux 120 ans de la Gaumont.

Cette année, après Claude Sautet, c’est à un autre cinéaste majeur de l’histoire du cinéma mondial que nous consacrons une (quasi) intégrale, mais néanmoins pas toujours reconnu à sa juste valeur : Louis Malle. Il y a bien entendu les classiques du cinéma français, ces films qui apparaissent dans les histoires officielles et, parfois, à la télévision : Ascenseur pour l’échafaud, Le Feu follet, Zazie dans le métro, Lacombe Lucien, Au revoir les enfants. Mais celui que Pierre Billard nommait, sans sa belle biographie, le « rebelle solitaire », a tracé bien d’autres chemins, plutôt de traverse. Bien qu’il s’en détache au point de vue stylistique, il fut le précurseur de la Nouvelle Vague, sans jamais être reconnu par elle ni s’identifier à son credo. Sa mise en scène oscille entre classicisme limpide et expérimentations surprenantes. Les thèmes et les sujets qu’il aborde, souvent délicats et risqués, le sont avec une neutralité apparente, un art aigu du trouble qui jamais ne bascule dans la provocation facile, la caricature spectaculaire ou l’obscénité morale. Revoir aujourd’hui Les Amants, Le Souffle au cœur, Lacombe Lucien ou La Petite nous permet d’en mieux goûter la subtilité et la force. Celui par qui le scandale est arrivé n’est pourtant pas celui qui l’avait désiré.

Malle a néanmoins connu plusieurs périodes, subissant des polémiques violentes, notamment après Lacombe Lucien, écrit avec Patrick Modiano. Il quittera alors la France, pour mieux la retrouver avec Au revoir les enfants, son Dernier métro. Durant son « exil » américain, il a construit une œuvre méconnue, tranchante, l’une des rares œuvres d’un Français ayant su s’imposer outre-Atlantique : ces films sont à redécouvrir de toute urgence (et notamment La Petite, Atlantic City, Alamo Bay ou même Crackers, avec le tout jeune Sean Penn). Juste avant cette période américaine, il réalisait en Angleterre le fort curieux Black Moon, qui vaut le détour. L’autre aspect plus méconnu de Louis Malle est son travail de documentariste, qui nourrissait et reconfigurait son œil de cinéaste et son œuvre de fiction. Il a filmé la France (Vive le Tour !, Humain, trop humain), l’Inde (L’Inde fantôme, Calcutta), les États-Unis (Le Pays de Dieu, La Poursuite du bonheur), voyageant à la rencontre de l’autre, et pour se ressourcer auprès d’un réel incarné.

Dans le cœur des cinéphiles et dans celui des cinéastes de la jeune génération, les films de Louis Malle ont pris une nouvelle place. Il était temps de les rassembler pour s’en rendre compte et ouvrir une nouvelle histoire.

Fabien Gaffez

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Rétrospective Louis Malle, réalisateur, France