Festival International du Film d'Amiens 2016
Contact
Newsletter
Partenaires - liens

MEHDI CHAREF - INVITÉ D’HONNEUR
LA FRANCE TECHNICOLOR

La question de l’immigration (comme de l’émigration), et plus généralement de l’exil, occupe une place centrale dans la mise en œuvre et la « philosophie » du Festival international du film d’Amiens. C’est ce qui en avait inspiré la création ; c’est ce qui en guide encore les pas. Depuis les années soixante-dix jusqu’au sacre d’Abdellatif Kechiche aux Césars en 2008, plusieurs générations de réalisateurs, d’acteurs ou de scénaristes issus de l’immigration maghrébine ont enrichi la société et nourri l’exception culturelle française. Ils ont redonné des couleurs au cinéma français tout en nourrissant la réflexion sur la place de l’immigré dans nos villes, nos campagnes et nos quartiers. En 2012, le Festival inaugure un cycle de rétrospectives : « La France Technicolor », en la présence de Mehdi Charef, figure emblématique de cette « Nouvelle vague beur », qui en sera le parrain.

Né en Algérie, Mehdi Charef arrive en France à l’âge de dix ans et passe une partie de son adolescence dans les cités de transit de la région parisienne. Après treize années passées à l’usine et l’écriture d’un livre, Le Thé au harem d’Archi Ahmed, Mehdi Charef, sous les conseils de Costa-Gavras, se tourne vers la réalisation en 1985 et adapte son propre roman. Chronique de la vie adolescente dans es banlieues en temps de crise économique, le film est un succès (Prix Jean-Vigo, César de la meilleure première œuvre, Prix de la jeunesse au Festival de Cannes) et la carrière cinématographique de Medhi Charef est lancée. L’année suivante, il réalise Miss Mona, nouvelle chronique d’un immigré clandestin servi par un Jean Carmet magistral en vieux travesti. Tout en s’efforçant de se détacher de l’étiquette imposée de « cinéaste immigré », Medhi Charef propose une filmographie variée qui ne cesse d’explorer et de déchiffrer les communautés en marge de la société. Le monde des exclus, ces laissés-pour-compte trop souvent oubliés qui ne parviennent malgré eux à s’intégrer. De la romance entre un jeune « banlieusard » et une gosse de riche (Camomille, 1987), à la rencontre de trois inconnues que tout oppose (Au Pays des Juliets, 1991), en passant par la relation d’une chef avec ses employées immigrées (Marie-Line, 2000), la recherche d’une mère inconnue (La Fille de Keltoum, 2001), ou encore l’évocation de la Guerre d’Algérie (Cartouches Gauloises, 2006) ; le cinéma de Medhi Charef est sans cesse tourné vers l’autre, va à la rencontre de ces « étrangers » pour mieux les découvrir et les faire exister. Si la figure de « l’autre » est essentielle dans son cinéma, elle relève avant tout de la problématique de « l’entre ». Cet « entre-deux » qui gangrène l’exilé, empêche l’intégration et appuie ce sentiment amer d’être étranger. Étranger de sa terre d’adoption, étranger de sa terre natale, autrement dit ne venir de nulle part ; des angoisses qui résonnent de films en films, et auxquelles Medhi Charef apporte la plus belle des réponses : un combat dont l’enjeu principal consiste à repousser les frontières, à effacer les contours de nos cultures qui nous étouffent et nous excluent, sans pour autant oublier d’où l’on vient. En ce sens, l’œuvre de Medhi Charef est faite de partage : un regard où la culture de la différence se cultive comme une nécessité. En ce sens, le cinéma de Medhi Charef dessine parfaitement le paysage de notre « France Technicolor ». Pour lancer l’inauguration de ce nouveau cycle de rétrospectives, deux films de Medhi Charef vous seront présentés : son tout premier film, Le Thé au harem d’Archimède, et son dernier film, Cartouches Gauloises.

home
La France Technicolor : Mehdi Charef