Festival International du Film d'Amiens 2016
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Les Archives françaises du film du CNC fêtent leurs quarante ans. Elles ont été créées en 1969, à l’initiative d’André Malraux, Ministre de la Culture, afin que soient pris en charge, par l’Etat, l’inventaire et la conservation des films anciens, dont ceux sur support nitrate, entreposés dans le fort de Bois d’Arcy. Au sein de l’enceinte historique, la construction de bâtiments répondant à des normes strictes tenant compte de la dangerosité du support en nitrate de cellulose, dont l’utilisation fut interdite à partir des années cinquante, permit d’optimiser les conditions de conservation des films. Les collections de films anciens et récents se sont alors enrichies de façon conséquente. Aux dépôts volontaires s’est ajouté le dépôt légal des œuvres cinématographiques, en vigueur à partir de 1977 et pris en charge par le CNC en 1992.

En 1990, un Plan pluriannuel de sauvegarde et de restauration des films anciens a reçu l’approbation du Conseil des ministres. Des moyens accrus furent ainsi concédés afin d’accélérer l’inventaire, la restauration et le transfert des films sur un support stable, la pellicule polyester. La mise en œuvre du plan a permis de sauver plus de 15 000 films en 15 ans. Les Archives françaises du film assurent la collecte, la conservation, l’inventaire, le catalogage, la sauvegarde et la restauration des films, ainsi que des activités de formation et de recherche. Au plan national et international, elles participent aux initiatives visant à protéger et promouvoir le patrimoine cinématographique.

Pour saluer le quarantième anniversaire de cette institution essentielle de la mémoire et du patrimoine français, le Festival d’Amiens lui a confié une carte blanche. Cette sélection se compose de cinq longs métrages ; ainsi que de deux programmes de courts métrages tournés sous l’Occupation. Ces derniers sont des documents assez rares qui soulignent le travail de mémoire accompli par les Archives françaises du film-CNC (posant également la question de la place du cinéma dans la constitution et la reconstitution de l’histoire). Certains de ces films sont au service de la propagande pétainiste, et tentent de justifier et de promouvoir le régime de Vichy. Pétain est mis en scène dans Images et paroles du maréchal Pétain, chef de l’Etat français (1940). Au lendemain de la guerre, le maréchal se présente comme le sauveur de la France. Alors que les populations sont en plein exode, il prend la tête de la zone non occupée, en exaltant la jeunesse et les valeurs traditionnelles comme l’obéissance, le travail, la famille et la foi en Dieu.

Le docu-fiction Les Corrupteurs (Pierre Ramelot, 1941) participe de la propagande antisémite du régime de Vichy qui rend les Juifs responsables du crime, de la déchéance et du scandale dans la France de l’avant-guerre. En édictant le statut des Juifs, le maréchal Pétain entend donner à la jeunesse française l’espoir d’une France nouvelle débarrassée de ses « éléments destructeurs et asociaux ». Le même Pierre Ramelot tourne en 1942 Monsieur Girouette et la guerre de Cent Ans !, dans lequel une voyante prédit à M. Girouette que la guerre durera cent ans. Prenant peur, le naïf décide de transformer sa maison en étable en se fournissant au marché noir. Sa femme, surprenant le manège, fait déguerpir le trafiquant malotru.

En 1942, le régime de Vichy crée le Commissariat général à la famille pour lutter contre la dénatalité et le vieillissement de la population. C’est ce que raconte Les Jardins sans fleurs de Louis Merlin. Alors qu’en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Italie les naissances ne cessent d’augmenter, la France compte trop de célibataires et pas assez d’enfants par foyer. Les ménages français ont en moyenne deux enfants ; pour qu’un pays puisse bâtir son avenir, il en faudrait quatre. Le rêve d’une France pareille à un jardin fleuri et fertile deviendra une réalité grâce au programme du Commissariat général : rendre à la mère la première place, qui lui est due, protéger la santé de l’enfant et de la mère, soutenir financièrement les pères de famille. Ainsi l’ordre nouveau voulu par le maréchal Pétain honore, protège et aide la famille. Avec son titre explicite, La France est foutue ! (1942) suit un organisateur du marché noir qui, installé dans son confortable bureau, se plaint de la pagaille qui règne dans le pays ; pour lui « la France est foutue ». Un jeune patriote lui répond qu’au contraire la vraie France est celle de Vichy. Avant la guerre, les Français vivaient dans le délabrement moral. Depuis l’arrivée au pouvoir du maréchal Pétain, la France renaît grâce aux valeurs qui l’ont fondée : le travail, la famille, les traditions et la terre. La France a retrouvé son influence en Europe et dans le monde, elle est devenue « le grand espoir de tous les hommes  ».

Résistance ? (Jean Evrard, 1943), à travers l’histoire d’André et Paul, affiche la propagande pétainiste accuse la Résistance de dévoyer la jeunesse et d’être responsable de la mort de civils innocents. Avec Permissionnaires, n’oubliez pas... (François Mazeline, 1943), on voit la propagande du régime de Vichy qui appelle les ouvriers français en Allemagne à revenir sur le lieu de leur affectation à la fin de leur permission. De même, Travailleurs de France (Serge Griboff, 1943) est tourné pour servir l’Allemagne nazie, qui réquisitionne des hommes partout en Europe, dans le cadre du Service du travail obligatoire. Des parents français reçoivent une lettre de leur fils. Pour intensifier l’effort industriel que la Seconde Guerre mondiale lui impose, l’Allemagne doit demander à toutes les nations européennes de lui fournir la main d’œuvre dont elle a besoin dans les villes et les campagnes. La visite médicale effectuée, les travailleurs sont immatriculés puis placés selon leurs aptitudes, la plupart des Français sont utilisés dans les usines d’armement. Grâce au STO, le rapprochement franco-allemand se construit au quotidien, dans les rencontres sportives et dans les foyers, où les anciens prisonniers sont accueillis. Pendant ce temps, d’autres sacrifient leur vie sur les champs de bataille. Dans Français souvenez-vous ! (Georges Jaffé, 1944), cette même propagande prétend qu’en France, de 1940 à 1944, le chômage a progressivement disparu grâce à l’aide économique de l’Allemagne et aux Français partis y travailler pour le bien commun, pour l’Europe.

Tous ces films, malgré l’idéologie rance et médiocre qu’ils véhiculent, sont aujourd’hui devenus les témoignages d’une époque, les archives des heures sombres de la France. Mais les programmes que nous proposons sont également composés de films tournés pour évoquer et inciter à la résistance. Dès 1940, un film de montage, Paroles d’honneur (Georges Rony, 1940), dénonce le discours hitlérien. Les propos tenus par Hitler, au cours des années 1933 à 1940, démontrent qu’il a toujours menti, aussi bien à son peuple qu’aux pays voisins, dans le but de masquer l’invasion et l’agression guerrière.

Croix de Lorraine en Italie (François Villiers, 1943) met en scène les militaires français et alliés qui débarquent en Italie pour la libérer du nazisme. En décembre 1943, les premiers éléments du corps expéditionnaire français débarquent en Italie, commandés par le général Juin. Ils avancent dans la neige et le froid, traversant une zone montagneuse, où les soldats doivent creuser les pistes pour le passage des chars. Après la libération de Naples, une messe est dite aux soldats devant les ruines d’une église. En mai 1944, de nouvelles divisions alliées arrivent, le mont Cassin est repris. Les bulldozers continuent à dégager la route et les cadavres allemands jonchent le chemin. En juin 1944, le général Clark et le général Juin sont acclamés à Rome. Les divisions françaises défilent jusqu’à l’ambassade de France. Les cloches sonnent et le pape bénit la foule avant de répondre aux journalistes. Les symboles de la présence de Mussolini sont détruits par le peuple, qui a faim. Les soldats continuent d’avancer, construisent des ponts et déminent les routes. Les artilleurs sont aux postes d’observation, et quatre bataillons débarquent sur l’île d’Elbe. Le 14 juillet 1944, dans Sienne libre, le général de Gaulle remet des médailles aux héros de cette campagne d’Italie et rend hommage aux Alliés. Le lendemain, les divisions françaises se dirigent vers les côtes françaises.

Enfin, Autour de Brazzaville (1946) du même François Villiers, évoque le rôle de l’Afrique dans le conflit. Sous l’impulsion des opposants à l’armistice de 1940, le Cameroun et l’Afrique équatoriale française se rallient à la France libre. Un effort important dans l’industrie de guerre est alors fourni durant les deux années qui suivent. Le réseau routier est développé de manière à vaincre les obstacles géographiques, tels que le massif du Mayombé, et à permettre le ravitaillement de la division Leclerc. Parmi les autres avancées figurent le développement de deux lignes aériennes et la création du port maritime de Pointe-Noire, relié à Brazzaville par une ligne de chemin de fer de six cents kilomètres. L’apport de matières premières comme le caoutchouc et le bois du Gabon, qui fournit le contre-plaqué servant à construire les avions Mosquito, la production de coton, de café, d’huile de palmier de l’Oubangui et du Tchad, ou encore l’or du Mayombé et du Gabon sont autant de richesses qui contribuent à l’effort de guerre. Une vaste campagne de lutte contre la maladie du sommeil et un développement de l’enseignement et de la formation professionnelle forment le point d’orgue de cette entreprise de reconquête.

Ces deux programmes de courts métrages, rarement projetés, offre l’occasion unique de voir les relations complexes qui peuvent se tisser entre idéologie et cinéma, propagande et Histoire.

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Les 40 ans des Archives françaises du film-CNC