Festival International du Film d'Amiens 2016
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Le FIFAM se démarque par ses rétrospectives originales et à contre-courant, qui tentent de jeter un jour nouveau sur l’histoire du cinéma, sur ses passages secrets, ses trappes cachées, ses doubles-fonds. C’est l’une des missions essentielles que nous nous sommes fixées, afin de sortir des sentiers battus de l’auteurisme à la française, et de redécouvrir des mondes perdus. Souvent, il s’agit tout simplement de changer de prisme ou de point de vue, comme pour une anamorphose historique, afin de revoir des films d’un œil différent : cette perspective peut être une ville, comme Tulsa l’année dernière, ou un personnage méconnu, voire méprisé, de nos panthéons en trompe-l’œil : j’ai nommé Merian C. Cooper. Il y a bien longtemps que l’idée d’une telle rétrospective nous démangeait, et que nous voulions sortir tous les rejetons de Kong et de Cooper de leur Skull Island. Il a fallu attendre le moment opportun, nous mettre dans la peau d’explorateurs obstinés, et ne plus nous laisser dissuader par les esprits chagrins de la critique, ni douter face au scepticisme idéologique des uns, ou à la dogmatique circonspection des autres. Il était temps de nous poser enfin la question de savoir de quoi Cooper est le nom (et le prénom, aussi). Cooper n’était pas simplement un homme de cinéma, il était un homme-cinéma. Son goût de l’aventure se conjuguait à son sens du spectacle, et c’est en cela que son pedigree est absolument hollywoodien. Le but de cette rétrospective n’est surtout pas de faire de Merian C. Cooper un improbable auteur. Le livre de Jean-Christophe Fouquet ( Faites-le plus grand !) que nous publions, dialogue de manière nuancée avec tous ces concepts critiques et historiques, car on perçoit tout de même dans son « œuvre » (ces guillemets sont des pincettes superflues) des lignes de force et de grands thèmes. Un style, sans doute pas. Mais une vision du cinéma, à coup sûr. De la découverte in vivo, in petto et in situ de la mise en scène avec ses premiers documentaires (Grass, Chang), jusqu’à son étroite collaboration avec John Ford au long de treize films (jusqu’à la Prisonnière du désert, autre monument de la vallée du cinéma), en passant la direction d’un grand studio, la RKO, ou la création de l’un des rares mythes créés par et pour le cinéma, (le film est effectivement devenu, à nos yeux, cette huitième merveille du monde pour quoi l’on tient le singe géant dans le film), le cinéma selon Merian C. Cooper invite au voyage dans le temps. Le seul temps qui vaille la peine d’être perdu : celui que l’on donne au show, certes un peu business, mais qui quoi qu’il arrive, must go on. Merian C. Cooper aimait les mises en abyme du spectacle, ce qui, paradoxalement, donnait à la réalité plus de poids, dédoublée et approfondie par un goût enfantin de la rêverie et de l’imaginaire. Cooper était un poète aux bottes crottées et à la tête d’entrepreneur bien sur les épaules. Mais ses films sont autant de brèches ouvertes dans le monde étroit qui est devenu le nôtre. Un grand singe libéré de ses fers. Du cinéma, à l’état brut.

Fabien Gaffez

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Les aventures de Merian C.Cooper