Festival International du Film d'Amiens 2016
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Claude Chabrol n’est pas seulement un cinéphile, c’est aussi un homme dont la vie fut très vite frappée du sceau du cinéma. Ses premiers contacts avec ce spectacle populaire furent, comme beaucoup d’entre nous, déterminants. Serge Daney avait une très belle formule pour exprimer cette idée, parlant des films qui ont regardé notre enfance. Au delà des films qui ont pu marquer sa carrière de critique ou de cinéaste, Chabrol a évoqué pour nous quelques souvenirs de spectateur, des souvenirs qui le ramènent au temps de l’Occupation, à Sardent, dans la Creuse, quand jeune adolescent il avait monté un ciné-club avec les moyens du bord (il est revenu sur les lieux du « crime » dans un documentaire programmé par le Festival, Claude Chabrol, l’enfant libre). Son tout premier souvenir de cinéma, c’est Anthony Adverse, un film d’aventures de Melvyn LeRoy avec Frederic March. Histoire d’un amour entre une jeune femme mal mariée et un beau jeune homme, ce film se poursuit par un duel entre les deux hommes. La fille apparaît au balcon et, nous raconte Chabrol, « le jeune homme, troublé par sa présence, la regarda. Le vieux en profita pour l’embrocher. Toutes les notions que l’on m’avait inculquées sur l’honneur s’effondraient d’un seul coup d’épée. Mais pas mon amour – ma curiosité serait plus juste – pour le cinéma. »
Grand lecteur de polars, Chabrol affirme très tôt un goût pour les films de genre, ce qui le destinera, d’une certaine manière, à promouvoir certains « auteurs » au sein des Cahiers du cinéma. Et l’on sent toujours chez lui un vif intérêt pour les artisans de série B (comme Joseph H. Lewis). S’il trouve en Hitchcock l’un de ses premiers maîtres (voir son témoignage dans le documentaire Hitchcock et la Nouvelle Vague, présenté au Festival), son carré d’as se compose de F.W. Murnau, Fritz Lang, Jean Renoir et Ernst Lubitsch. Plutôt que de politique des « auteurs », il préfère parler de politique des « hauteurs », pour évoquer ses plaisirs de cinéphile. Lang est celui qui l’a le plus impressionné, avec notamment le Testament du docteur Mabuse, l’un des premiers qu’il ait vu.
Parmi tous les titres qu’il nous a cités, on devine chez Claude Chabrol une passion pour les derniers films de grands cinéastes comme Robert Aldrich, Anthony Mann ou Kenji Mizoguchi. Enfin, il s’est montré emballé par la rétrospective Cy Endfield, ayant gardé une très forte impression de Fureur sur la ville ; il défend également le John Garfield de Sang et or ou de l’Enfer de la corruption. Et le réalisateur le plus capé de France garde toujours un œil sur le travail de ses confrères. Il tenait par exemple à présenter Darling de Christine Carrière, « film infaisable qui a été fait » selon lui !

F. G.

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Les films qui l’ont marqué