Festival International du Film d'Amiens 2016
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Mexico SF | Le cinéma mexicain de science fiction

Deux doubles programmes explosifs de films mexicains de science-fiction. Du kitsch à gogo !
- Les Sam. 09 et Dim. 10 à partir de 20h30

Quelques perles méconnues du cinéma de SF mexicain des années 1950-60, avec Santo, par exemple, alias Superman, pour les Frenchies (on en perd son latin). On y croise une momie aztèque, des monstres en navette (plutôt qu’en navet) et Santo luttant contre des Martiens mal lunés. Et tout ça en 35 mm. MEXICO SF, c’est du Tequila Ed Wood.

Les titres sont aussi évocateurs qu’étranges : Le Sexe fort, Santo contre l’invasion des Martiens, Le Vaisseau des monstres, La Momie Aztèque contre le robot humain, La Planète des envahisseuses… Le festival poursuit son exploration des mauvais genres, avec ces perles méconnues du cinéma de SF mexicain des années 1940-60. A l’ombre des studios américains, le genre mexicain exploitait la moindre franchise, pour satisfaire le public local (notamment à travers la figure de Santo, le catcheur masqué). Au moment où le Gravity du Mexicain Alfonso Cuaron triomphe dans les salles, et après la tornade Pacific Rim cet été, signée d’un autre Mexicain de génie, Guillermo Del Toro, on pourra mesurer le chemin parcouru par la SF mexicaine, dans un même élan iconoclaste et populaire. En compagnie de José Manuel García (Filmoteca de la UNAM).

EL FUTURO MÁS ACÁ : LE CINÉMA MEXICAIN DE SCIENCE-FICTION À AMIENS

Par José Manuel García Ortega

Filmoteca de la UNAM (Mexico)

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Les cinq films composant ce programme sont caractéristiques du regard que portent les Mexicains sur les icônes de la SF hollywoodienne. Ces icônes importées n’en ignorent pas pour autant la « mexicanité », si l’on peut dire, propre à leur pays. L’idée d’une telle rétrospective vint en 1999 à Itala Schmelz, alors directrice de la Sala de Arte Público Siqueiros, en lien avec la Filmoteca de l’UNAM et le concours de Televisa (la chaîne propriétaire de l’essentiel des droits de diffusion télé de ces films). L’événement généra un projet de « divulgation » culturelle tendant à restaurer, cataloguer et documenter ce genre spécifique de cinéma mexicain ; ce qui faisait contraste avec les pratiques tendant à présenter la science dans une espèce de syncrétisme parodique et dérisoire voulant qu’un jour, le Mexique devienne une tête de pont du développement technologique. Le projet intitulé El futuro más acá, fut traduit de manière exagérée en anglais par The Future South of the Border. En espagnol mexicain, l’expression « el futuro más acá » est difficilement traduisible. Elle a un sens général qui va bien au-delà de l’expression « le futur de ce côté-ci (de la frontière) ». En référence évidente au pays pourvoyeur d’idées futuristes et, avec qui nous partageons une si grande frontière  ! Une telle formule pointe le futur comme un élément venant de l’extérieur, mais redessiné à l’aune de nos valeurs propres afin de mieux l’immerger dans notre imaginaire collectif. Il était question de proposer une rétrospective à même de passionner les amateurs de « films cultes », sensibles et même gourmands de « kitsch » ou de « rétro ». Mais pas uniquement. Il importait aussi de comprendre et de traduire le contexte culturel et historique qui avait prévalu à leur création et diffusion au Mexique. En d’autres termes, il fallait exhumer les restes de films littéralement enterrés vivants par les critiques et les historiens du cinéma.
La recherche liée à ces films nous fit emprunter les allées des marchés aux puces riches en photos montages et en affichettes colorées, autrefois exposées dans les vitrines des cinémas de seconde zone. Les archives du film de l’UNAM – Université de Mexico – permirent l’obtention de négatifs et le tirage de copies neuves ; il fut de même fait appel aux phonothèques des studios, ce qui aida à localiser les bandes audio originales avec les parties musicales, le doublage et les effets spéciaux sonores de l’époque. Ainsi le son produit par une arme laser ou le hululement d’une soucoupe volante surgissant du vide ! La recherche visait aussi tout l’attirail propre au genre et susceptible de lui donner une certaine crédibilité aux histoires : costumes, scénographies, maquettes et tous types d’effets spéciaux de l’ère pré-numérique. Cette investigation fut complétée par plusieurs expositions, conférences, concerts et l’édition d’un ouvrage de référence en 2006.
Quand la crise le frappa, au milieu des années cinquante, le cinéma mexicain sentant que son « âge d’or » tirait à sa fin, chercha de nouvelles recettes pour continuer à réaliser des affaires juteuses sans se départir de son caractère populaire voire « populiste ». Fleurirent alors des productions à très petit budget et comptant beaucoup sur l’imagination du public pour pallier le manque de créativité. Pour cela, outre les recettes des succès hollywoodiens – le thriller fantastique ou de terreur, la science-fiction – l’industrie conserva les trois critères de succès éprouvés jusque-là, à savoir les luchadores (catcheurs), les têtes d’affiches (acteurs) et les beautés féminines du moment. En ce qui concerne la science-fiction, le résultat fut une série de films sans réel intérêt du point de vue de la mise en scène, l’industrie se contentant de recontextualiser et de remetrre au goût mexicain les éléments clefs du genre (les scientifiques fous, les vaisseaux spatiaux, les invasions d’aliens…). L’objectif était d’assurer le succès en salles de personnages appréciés du public. Les thèmes classiques de la SF furent filmés en studio mais aussi dans nombre de décors naturels de la ville de Mexico transformés en plateaux de tournage futuriste et assez étonnants (terrains de sport, rings et salles de boxe, cabarets, cantinas, en bref dans tous les lieux habituellement propices aux tournages urbains mexicains). Ce sont ces éléments de décor (si curieux mais intrinsèquement mêlés) qui constituent, avec les personnages, le caractère particulier de la SF « à la mexicaine ».
Les personnages des films SF du cinéma mexicain furent incorporés dans des scénarios mêlant croyances populaires (ou traditionnelles) et éléments surnaturels. Dans la SF classique, le « mad scientist » est un chercheur qui a perdu tout jugement mais pas sa créativité. Il mène des expériences provoquant la nature et parle à l’imagination, il crée des créatures menaçantes ainsi des robots, des monstres ou des androïdes. Par contre, dans le cinéma mexicain (et pas seulement en ce domaine) la magie se mêle à la pratique scientifique, au point qu’elles sont difficilement différenciables. Le personnage scientifique se confond avec des personnages oscillant entre la rigueur de la science et la supercherie. On ne peut pas vraiment dire s’il s’agit là d’une caricature délibérée de la culture scientifique au Mexique ou d’une stratégie originale des producteurs, des scénaristes ou des réalisateurs de films. On pourrait songer, pour éclairer notre lanterne, à la représentation mexicaine du Dr Frankenstein : « le corps appartient à la science, l’âme à Dieu ».
En ce qui concerne les contacts avec les extraterrestres, deux grands thèmes de la SF classique sont utilisés : les voyages intersidéraux et les invasions d’aliens, toutes situations héritées des séries B américaines à la manière d’Ed Wood. Nulle tentative d’explication n’y est donnée à propos des distances énormes à parcourir ou sur la manière de diriger ces machines étranges, si ce n’est en remplaçant les radars par des postes de télévision !
Les extraterrestres étaient représentés de trois manières principales : ils étaient de forme humanoïde s’ils avaient à mener des combats au corps à corps avec des luchadores (catcheurs) ; en peluche et latex s’ils s’opposaient à un personnage comique de terrien ; en beautés malveillantes vêtues de maillots de bains métallisés qui incitaient les héros catholiques à prendre des plaisirs sidéraux. De toute façon, ces envahisseurs n’étaient pas confrontés à de puissantes armées conseillées par d’éminents scientifiques, mais à des individus ingénieux et/ou courageux qui représentaient, de manière stoïque, l’identité nationale.
Outre la synthèse opérée entre le genre et les données propres à la culture mexicaine, on peut trouver dans l’usage de tout le folklore de la SF l’autre grande caractéristique du cinéma mexicain : le côté fauché de ses standards de production et sa faible crédibilité constituent l’un de ses attributs aussi marquants qu’involontaires. Au bout du compte, cet effet transcende la question posée par ses carences budgétaires. La naïveté de ses effets spéciaux ; le pillage sans scrupule des images de productions étrangères afin de fabriquer des scènes économiquement inabordables par l’industrie locale ; le ridicule des « complexes » machines volantes bricolées avec du fer-blanc, des bobines électriques et des ampoules clignotantes ; des scènes comme celles où l’on voit des robots de pacotille tomber amoureux de juke-box. Tout cela relève pour certains d’une posture idéologique bien plus que résultant d’impossibilités esthétiques face au genre. Le tralala et l’attirail de ce type de cinéma mexicain ne traduirait-il pas tout simplement le désintérêt du pays pour la science ? Le résultat de cette situation a transformé ces productions, à peine rentables au moment de leur sortie, en autant de films cultes, aujourd’hui.
Depuis son lancement en 2003, la rétrospective El futuro más acá, a beaucoup voyagé et avec succès. Il a offert à ce public une part totalement ignorée de la culture cinématographique mexicaine et valorisé, une forme (mémorielle aujourd’hui) de représenter le futur ; une manière de l’imaginer. Même si l’originalité de cette mémoire survint presque par inadvertance, le fait est que nombre de spectateurs l’ont partagée, avec beaucoup de plaisir ; et dans bien des pays.
(Traduction de Jean-Pierre Garcia)

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Rétrospective organisée avec le concours de la Filmoteca de la UNAM (Mexico)

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