Festival International du Film d'Amiens 2016
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Nukufilm1 (65’) + Lancement rétrospective en présence de Mait Lass
1965 La Chasse des souris (Hirejaht), Elbert Tuganov, 10’
1966 Park, Elbert Tuganov, 10’
1972 Des clous (Nael), Heino Pars, 8’40
1986 La Mouche, le Cafard et l’Araignée (Kevadine kärbes), Riho Unt & Hardi Volmer, 7’
1996 Quelqu’un d’autre (Keegi Veel), Mait Laas & Hardi Volmer, 11’
2005 Trois ours à Paris (Vennad Karusüdamed), Riho Unt (scénario : Mait Laas), 18’
sam. 12 :: 16h00 :: Cinéma Orson Welles (MCA)

Nukufilm2 (72’) en présence de Mait Lass
1970 Atom Boy (Atomik ja Jõmmid), Elbert Tuganov, 10’
1983 La Dame aux colombes (Tuvitädi), Rao Heidmets, 8’
1984 La Magie de Noël (Imeline nääriöö), Riho Unt & Hardi Volmer, 9’
1987 La Guerre (Sõda), Riho Unt & Hardi Volmer, 15’
1994 Le Living Room (Elutuba), Rao Heidmets, 10’
1997 La Lumière du jour (Päevavalgus), 10’, Mait Laas
2003 Instinct (Instinkt), Rao Heidmets, 10’
dim. 13 :: 16h00 :: Ciné St Leu

Nukufilm3 (95’)
1993 Tête de chou (Kapsapea), Riho Unt, 29’
1997 Retour en Europe (Tagasi Euroopasse), Riho Unt, 38’
2000 Samuel et Internet (Saamueli internet), Riho Unt, 28’
mar. 15 :: 16h00 :: Auditorium Dutilleux

Nukufilm4 (46’)
1989 Noblesse oblige, Rao Heidmets, 10’
2000 La Locomotive fantastique (Eilne Vedur), Kalju Kivi, Mikk Rand, 9’30
2002 L’Âme des poupées (Hing Sees), 18’, Riho Unt
2002 La Parade des pingouins (Pingviinide Paraad), Julia Pihlak, Riho Unt, 10’
2002 La Renarde (Rebasenaine), Priit Tender, 10’
2003 Barbies barbares (Barbarid), Hardi Volmer, 15’
mer. 16 :: 12h45 :: Ciné St Leu

Nukufilm5 (67’)
1975 Inspiration (Inspiratsioon), Elbert Tuganov, 7’
1985 L’Île enchantée (Noiutud saar), Riho Unt & Hardi Volmer, 9’
1995 Humachinoid, Kalju Kivi, 7’
1998 Primavera, Riho Unt & Hardi Volmer, 9’
2001 Guf, cathédrale des âmes perdues (Guf – katedraal sündimata hingedele), Jelena Girlin, 8’
2005 Génération (Generatsioon), Mait Laas, 12’
2007 Dernière session (Lõpuõhtu), Hardi Volmer, 14’30

mer. 16 :: 14h00 :: Marie de Louvencourt

Nukufilm6 (65’)
1997 Underground (Põrandaalune), Mati Kütt, 12’
2006 L’Institut des rêves (Une Instituut), Mati Kütt, 10’
2010 Sky Song (Taevalaul), Mati Kütt, 45’

mer. 16 :: 18h00 :: Ciné St Leu

Nukufilm7 (73’)
1988 Papa Carlo (Papa Carlo Teater), Rao Heidmets, 9’
1988 Des soucis et des hommes (Tööd ja tegemised), Hardi Volmer, 10’
1998 Just Married (Just Märried), Peep Pedmanson, 15’
2006 Pearl Man (Pärlimees), Rao Heidmets, 12’
2007 La Robe (Kleit), Jelena Girlin & Mari-Liis Bassovskaja, 6’
2007 North Dragon (Põhjakonn), Riho Unt, 13’
ven. 18 :: 13h00 :: Ciné St Leu

Nukufilm8 (67’)
1998 Le Corbeau et les Souris (Vares ja hired), Mikk Rand & Priit Tender, 13’
2000 Le Chemin du Nirvana (Teekond Nirvaanasse), 13’
2004 La Table (Laud), Jelena Girlin & Mari-Liis Bassovskaja, 20’
ven. 18 :: 15h00 :: Cinéma Orson Welles (MCA)

Nukukids ! (33’)
2003 Miriam et le lutin de Noël (Miriami Jõulupäkapikk), Mait Laas, 6’12
2004 Miriam joue à cache-cache (Miriam Mängib peitust), Priit Tender, 5’
2004 Carotte (Porgand !), Pärtel Tall, 7’
2006 Miriam et l’inondation (Miriam Merehädas), Riho Unt, 5’
2006 Miriam et le nichoir (Miriami kana pesakast), Riho Unt, 5’
2006 Carotte au théâtre (Teatriporgand), Pärtel Tall, 6’
mer. 16 :: 16h30 :: Marie de Louvencourt

« In Dog We Trust » : la Nukufilm

Le Festival international du film d’Amiens, en proposant une large rétrospective consacrée aux studios d’animation de la Nukufilm, poursuit au moins trois grands chantiers entamés depuis quelques années déjà : le soutien général au cinéma européen (dans ses expressions les moins évidentes et, parfois, les plus fragiles), le travail en profondeur sur les cinémas d’animation et l’exploration (économique, sociale et esthétique) des grands studios du monde.

Lorsque vous pénétrez dans les studios Nukufilm, situés à Tallin, froide capitale d’Estonie, votre enfance si bien enfouie sous vos ordinaires soucis refait surface. Bien malgré vous. Tallin, sous son manteau de neige, au cœur de sa nuit de décembre qui tombe trop vite, est une ville qui vous désarçonne. Et puis, vous entrez dans cette littérale caverne d’Ali Baba, où quelques fourmis s’affairent à fabriquer des films d’animation, au milieu de cadavres de poupées, de fétiches fatigués ou de décors abandonnés. La devise du studio s’affiche en lettres d’or au-dessus de l’entrée de ses bureaux : « In Dog We Trust ». Une devise qui résume bien l’esprit sarcastique de cette fine équipe, héritière d’une longue, très longue, histoire. Un esprit que l’on pourrait qualifier de « swiftien », faute de mieux.

Comme de nombreuses républiques socialistes sorties exsangues en 1991 de l’emprise historique de l’Union soviétique, l’Estonie est un pays à la recherche de son identité, un pays qui se trouve du moins sur la voie de sa redéfinition, entre une longue mémoire souvent blessée et la course contemporaine à la mondialisation (que l’on s’y rue ou que l’on s’en détourne). L’Estonie, comme d’autres pays baltes, semble même être devenue un enjeu à la fois culturel et économique, pris à la croisée des influences, entre son surmoi soviétique, son tropisme européen (l’Estonie est entrée dans la zone euro depuis le 1er janvier 2011) et l’éternel impérialisme américain. Si l’on en croit les romans de Sofi Oksanen, l’Estonie serait un pays d’une violente complexité. La Nukufilm est, à sa manière, le symptôme de telles évolutions socio-historiques. Et s’il fallait trouver une « identité estonienne », nul doute que les productions de ce petit studio d’animation pourraient à la fois l’incarner et en manifester les multiples variations.

La Nukufilm (qui signifie « films de poupées ») naît officiellement à Tallin en 1957. Si l’on fait remonter l’histoire de l’animation estonienne au film Kutsu-Juku seiklusi (Adventures of Juku the Dog) réalisé par Voldemar Päts en 1931, il ne s’agissait, si l’on peut dire, que d’un coup d’épée dans l’eau (le pays se prenant de plein fouet les soubresauts de l’Histoire, devenant l’un des enjeux de la sinistre prévarication germano-soviétique). Il faut donc attendre la fin des années cinquante pour voir émerger un stu-dio qui va donner ses lettres de noblesse au cinéma d’animation estonien (d’abord spécialisé dans l’animation en « stop-motion », selon une longue tradition slave) et, peut-on ajouter, du cinéma estonien tout court.

C’est sous l’impulsion créatrice d’Elbert Tuganov, le père du cinéma d’animation estonien, qu’un tel studio va prendre son vol. L’ironie de l’histoire veut que Tuganov soit né en 1920 à Bakou en Azerbaïdjan. Après avoir commencé sa carrière en Allemagne, il a préféré revenir en Estonie, dès l’arrivée d’Hitler. Tuganov, après avoir été réformé de l’armée en 1946, est engagé par le studio national Tallinnfilm. Là, pendant onze ans, il tourne, dessine ou peint des génériques de film. Pour ce faire, et pour faciliter son travail, il construit très vite comme un petit département d’animation, un studio qui lui permet notamment d’animer ses bandes image par image. Impressionnés par la qualité du travail de Tuganov et par son installation professionnelle, certains vont lui suggérer, ni plus ni moins, d’utiliser ce studio pour réaliser des films d’animation. L’apprenti réalisateur saisit l’occasion au vol et se met à la recherche de scénarii ou d’histoires qui conviendraient à de nouvelles productions. C’est ainsi qu’il s’inspira d’un roman danois pour lancer le projet de ce qui deviendra la première production Nukufilm : c’est Peetrikese unenägu (« Le Rêve de Peter  ») en 1958. D’une durée de vingt minutes, et malgré quelques longueurs inhérentes aux difficultés techniques, le film fait montre d’une grande imagination dans les situations et les techniques qui permettent de les mettre en place. Cela lance de manière officielle un mode de production qui va s’inspirer de ce premier opus. Six ou sept personnes, travaillant pour le théâtre de poupées d’Estonie, fabriquent les poupées nécessaires aux tournages de la Nukufilm. Mais après le quatrième film, Mina and Murri (1961), le studio va recevoir une subvention conséquente de Tallinnfilm, qui va lui permettre de voler de ses propres ailes. L’équipe en place s’étoffe, passant à vingt personnes. Les poupées seront désormais fabriquées au sein même du studio.

Il faut cependant se replonger dans le contexte économique de l’Union soviétique. Comme c’est le cas pour l’économie du pays, tout doit être planifié longtemps à l’avance, et contrôlé en amont. Un plan des productions à venir est voté et tout scénario doit être visé (et, le cas échéant, révisé) par Moscou. De même pour le script final et la continuité storyboardée. Le réalisateur doit ensuite montrer une première version du film, souvent muette, au haut responsable du studio, qui en réfère aux autorités concernées. C’est dans ce climat de censure latente que se font les premiers films de la Nukufilm, à la fois reflet de la culture soviétique officielle et marque de l’originalité plus ou moins masquée de la culture estonienne.

Le rythme de production devenant exigeant, Tuganov ne pouvait plus décemment en assumer seul la réalisation. Du moins s’il tenait à maintenir toutes les équipes au travail. Il décida donc de s’attacher les services d’un second réalisateur, qu’il trouva en la personne de Heino Pars. Ce dernier fut l’assistant d’Aimée Beekman, le directeur de la photographie, sur des films comme Peetrikese unenägu (Elbert Tuganov, 1958). Après le départ de Beekman, Pars travailla lui-même comme directeur de la photographie sur les huit films suivants produits par la Nukufilm. Pars avait, depuis toujours, des velléités de mise en scène et soumettait souvent à Tuganov des propositions de films. Une opportunité qu’il va enfin pouvoir saisir en 1961. Après avoir réalisé un test, il se lance dans le grand bain avec la réalisation de Väïke motoroller. Après ce coup d’essai, Pars inaugure la première série d’animation estonienne, avec le personnage récurrent de Kops, un caméraman. Quatre films mettent en scène et en situation ce personnage, toujours aux prises avec les autochtones des pays qu’il visite. Après la « promotion » de Pars, la Nukufilm fonctionne de manière très réglementée et méthodique. Ce qui veut dire que dès qu’un réalisateur boucle un film, un autre est immédiatement mis en chantier. Les équipes se partageant entre les projets de Tuganov et ceux de Pars.

Dans les années soixante, tandis que Pars s’attelle à sa série autour de Kops, Tuganov alterne entre films pour enfants et films plus expérimentaux aux thèmes plus matures, tels Mice Hunt (1965) ou Park (1966). Le ton de Tuganov est très souvent iconoclaste et satirique, il a cette originalité de mêler l’identité estonienne (à travers ses personnages et les nombreuses contributions d’écrivains, de musiciens ou de divers artistes du pays) avec des thématiques plutôt liées à une culture strictement occidentale. Si le cinéma d’animation estonien fut si populaire en Union soviétique (et pas seulement auprès des enfants), c’est aussi parce que, en plus d’évoquer les grandes traditions du pays, il faisait miroiter la possibilité d’un ailleurs. Sans préjuger des forces du cinéma, la Nukufilm, c’était parfois un avant-goût de l’Ouest, une sentinelle de « l’autre monde ». Et Tuganov d’insister sur la différence qui existait entre les films estoniens et les films « de Moscou », ces derniers étant peut-être plus fermés, plus lisses que les quelques folies que savaient se permettre les créateurs estoniens. Tuganov, par exemple, faisant feu de tout bois et de toute couleur, a pu s’inspirer, entre autres choses, du Pop Art des années cinquante.

De même, en 1972, Pars réalise avec Des clous l’une de ses œuvres les plus captivantes. Certains y voient même, quelques années avant que John Lasseter n’anime une lampe de bureau (qui deviendra le logo de Pixar), l’un des travaux fondateurs de l’animation, avant que les ordinateurs ne viennent y mettre leur grain de sel. Il poursuit, dans les années soixante-dix, son travail de défrichage des techniques et des récits. Les deux réalisateur sont ainsi mis la Nukufilm sur les rails non seulement du succès, mais encore du renouveau de l’animation. Tel qu’on peut le voir dans le documentaire que Mait Laas leur a consacré en 2008.

De 1958 à 1975, Elbert Tuganov et Heino Pars furent donc les seuls réalisateurs de la Nukufilm, à la tête d’une équipe d’artisans talentueux et dévoués. Mais Tuganov s’est rendu compte qu’il fallait exploiter l’énergie nouvelle qui vibrait dans le studio et le pays. Il fallait en capter les forces et en canaliser la puissance. Ils engagèrent donc quelques nouveaux collaborateurs, afin qu’ils apportent un nouveau souffle, tout en respectant l’esprit du studio de Tallinn. C’est ainsi que l’artiste Kaarel Kurismaa, l’animateur de la Nukufilm Aarne Ahi ou le cameraman Kalju Kurepõld réalisèrent des films qui, sans démériter, ne convenaient pas tout à fait aux ambitions du studio. Hormis Ahi, tous retournèrent vers leurs primes amours, et c’est à l’orée des années quatre-vingt qu’une nouvelle génération vit le jour. Entre-temps, Tuganov se prêta à de toutes nouvelles techniques, notamment avec Inspiration en 1975.

Le réalisateur et fondateur de la Nukufilm s’est retiré de la réalisation en 1982 (Pars continuant de faire des films jusqu’en 1990). Un nouveau groupe de réalisateurs fit alors son apparition, récompensant les efforts de recherche, quasi désespérés, des dirigeants de la Nukufilm. Ce nouveau groupe était constitué de Rao Heidmets, Kalju Kivi, Riho Unt et Hardi Volmer. Et l’on peut dire que ce sang frais, après le départ de Tuganov, a su sauver le studio, préservant l’idée et la pratique même de l’animation de poupées (art qui se transmet comme le secret des grands artisans). Heidmets, qui rejoint la Nukufilm comme animateur en 1982, réalise son premier film dès 1983, La Dame aux colombes (Tuvitädi). Par la suite, il deviendra l’un des principaux artisans du renouveau stylistique de la Nukufilm, à travers des films comme (Papa Carlo, Noblesse oblige ou Living Room). En termes de qualité et de diversité des techniques d’animation proposées, c’est bien Kalju Kivi qui se distingue du groupe. Depuis son premier film (Paberileht en 1981), il multiplie les supports et les techniques, animant objets, poupées, des collages de photographies, de papier découpé, etc. Même s’il prend le risque de dérouter, quitte à échouer parfois, Kivi livre toujours un travail intéressant. Quant à Riho Unt et Hardi Volmer, ils sont comme les deux faces d’un miroir, ils se ressemblent et s’assemblent. La collaboration et la complicité artistiques des deux hommes sont telles qu’on les surnomme souvent les « frères ». Si Unt débuta comme animateur sur le film de Kivi, Knot (1983), Volmer est venu à l’animation sous l’impulsion de Unt. Leur premier film en commun fut la Magie de Noël (A Miraculous Christmas Night) en 1984. Par la suite ils ont réalisé un grand nombre de films, dont l’Île enchantée (Nõiutud saar, 1985), La Mouche, le cafard et l’araignée (Kevadine Kärbes, 1986) ou La Guerre (Sõda, 1987). Unt entama une carrière solo au début des années quatre-vingt-dix, avec une trilogie consacrée au personnage de Samuel, et dont l’aspect commercial et grand public fut l’une des ambitions clairement affichées. Un film comme Tête de chou (Kapsapea), le premier de la série, réalisé en 1993, signalait à lui seul l’ouverture d’une nouvelle ère et, surtout, indiquait la nouvelle donne économique non seulement du cinéma d’animation, mais encore du pays tout entier.

Il faut se souvenir que l’Estonie, après la chute du mur de Berlin et le démantèlement du bloc communiste, devint de nouveau un pays indépendant, libre – et livré à lui-même. Nous sommes le 20 août 1991. Mais la liberté, si nécessaire et vitale fût-elle, est à double tranchant. Moscou se retire, et l’argent avec. Tallinfilm, qui couvrait l’ensemble de la production nationale, perdit ses subsides soviétiques en 1994. La Nukufilm et Joonisfilm (un département de Tallinnfilm, dédié au cinéma d’animation, hors films de poupées) sont restructurés et acquièrent une plus ou moins heureuse indépendance, en tant que studios à part entière. Sous la direction de leurs réalisateurs et de leurs producteurs. La Nukufilm renaît donc sous la responsabilité du producteur Arvo Nuut, et des réalisateurs Rao Heidmets, Kalju Kivi, Hardi Volmer et Riho Unt. Les choses ne furent pas aisées, notamment pour Nuut, présent depuis les débuts de la Nukufilm, et qui y avait produit plus de soixante-dix films. Si le défi était de taille, il créait aussi une sorte d’émulation, devant le chantier de la « nouvelle » Nukufilm.

Avec cette équipe aguerrie et talentueuse à sa tête, le studio continue de produire bon nombre de films durant les années quatre-vingt-dix, se partageant comme à son habitude entre films d’auteur (dont ceux de Mati Kütt comme (Sprott vötmas päikest en 1992 ou Underground en 1997) et films à destination des enfants. C’est durant cette décennie qu’apparaissent de nou-veaux visages, tel celui de Mait Laas qui fait montre d’un grand talent créatif, ainsi que Mikk Rand, remarqué avec le film à succès Le Corbeau et les souris (Vares ja hiired).

C’est en 1997 que l’on offre à Laas l’opportunité de réaliser son premier film professionnel, Daylight (dans lequel il mixe techniques modernes et anciennes, ce qui fait sa marque, et celle, plus générale, de la nouvelle Nukufilm). Laas est désormais l’auteur de nombreux films comme Le Chemin du nirvana (Teekond nirvaanasse)… Il est aussi le réalisateur d’un documentaire consacré aux pères fondateurs de la Nukufilm. Il est en quelque sorte devenu l’héritier et l’un des dépositaires de la mémoire du studio. C’est Mait Laas, du haut de sa juvénile aménité, qui vous accueille dans ces studios habités de tant d’histoires, petites et grandes. Il vous conduit de pièce en pièce, d’atelier en atelier, des salles de fabrication des poupées aux salles de montage. Sous son air sérieux, attaché à présenterle travail de la Nukufilm sous le meilleur jour, on sent poindre l’ironie qui fait la réputation des productions du studio. Visiter de tels studios, c’est parcourir la longue mémoire d’un pays, la longue mémoire du cinéma d’animation. Mait Laas et tous les artisans qui s’affairent ici le savent bien. Laas, avec ses idées nouvelles, son adaptation aux nouveaux modèles économiques (comme la télévision ou internet) incarne le présent et sans doute l’avenir de la Nukufilm.

L’histoire à succès de la Nukufilm est assez rare pour qu’on puisse la souligner et la célébrer à travers cette large rétrospective (la plus large jamais organisée en France et, peut-être, en Europe). Le pays lui-même a su relevé le défi de l’indépendance, et commence à trouver sa juste place sur la carte du monde. Il était très difficile, pour un studio d’animation, de survivre à quelques décennies de communisme. La Nukufilm a non seulement survécu, mais elle a de plus maintenu son niveau d’exigence et de qualité. La sélection de ses productions dans de nombreux festivals internationaux tend à le prouver. Bien entendu, des problèmes se font parfois jour, et un film comme Retour en Europe (Tagasi Euroopasse) posait à l’époque la question de savoir ce qu’il y avait de différent entre appartenir à l’Union soviétique ou à l’Union européenne. Il est en effet difficile, pour un si petit pays, de trouver sa place, de sauvegarder sa culture. La Nukufilm s’y emploie brillamment, sans jamais se recroqueviller sur des principes conservateurs ou se couper du monde extérieur. Elle s’est même lancée dans la production d’un long métrage, réalisé par Mait Laas, dont nous avons pu voir de larges et prometteurs extraits. Mais ce film n’est pas encore terminé, la postproduction prenant un très long temps. Le rendez-vous est d’ores et déjà pris pour l’avant-première de ce film au Festival d’Amiens, qui place la Nukufilm sous un ciel et un avenir radieux. L’horizon est encore loin – mais il se dégage.

Par souci de clarté pour le spectateur francophone, nous avons traduit bon nombre de titres de films en français. Ces titres, qui s’éloignent parfois de la lettre mais qui respectent toujours l’esprit des œuvres, n’engagent que le Festival.
Par ailleurs, pour celui qui voudrait approfondir sa connaissance des productions de la Nukufilm, il trouvera sur le site du studio (en anglais) de quoi nourrir sa curiosité (www.nukufilm.ee).

Manifestation organisée dans le cadre d’Estonie tonique (octobre - novembre 2011)

www.estonie-tonique.com

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