Festival International du Film d'Amiens 2016
Contact
Newsletter
Partenaires - liens

(1948 – 2009)

Réalisateur, Mali Adama Drabo est né en 1948 à Bamako. En 1960, l’heure de l’indépendance a sonné, le Mali a besoin d’instituteurs. Le futur réalisateur répond à l’appel du tout jeune gouvernement, il enseigne dans les villages durant une dizaine d’années. Parallèlement, il peint et écrit des pièces de théâtre, dont Le Pouvoir du pagne. Dès son enfance, il se passionne pour le cinéma et aspire à devenir réalisateur. Son rêve se réalise en 1979, quand il entre au Centre national de production cinématographique (CNPC) du Mali. Faute de bourses de formations, il apprend sur le tas ; en particulier avec Cheick Oumar Sissoko ; il sera son assistant sur le tournage de Nyamanton (1986), puis de Finzan (1989).
- 

Pour sa première réalisation Nieba, la journée d’une Paysanne (1988), le jeune réalisateur suit la journée de travail d’une femme qui, dès l’aube jusqu’au coucher du soleil, doit s’acquitter de multiples tâches tout en assurant son rôle de mère et d’épouse. Durant toute sa carrière, Adama Drabo, s’attachera à parler du monde rural, qu’il a découvert en devenant enseignant.
En 1991, Adama Drabo signe son premier long métrage, Ta Dona (Au feu !). A l’origine, le cinéaste pensait réaliser un film uniquement consacré à la protection de l’environnement, avec le problème des feux de brousse ; il voulait sensibiliser contre ce fléau.
Finalement, la dégradation de la vie politique et économique du pays, après 23 ans de dictature de Moussa Touré se retrouve indirectement intégrée dans le film. La censure du régime a été déjouée par la quête initiatique de Sidy qui part en pays Bambara à la recherche du septième canari (*). A Bamako, le film est sorti alors que les étudiants manifestaient contre la dictature. Très peu de temps après, le régime s’effondrait sous la pression populaire. Ta Dona est alors considéré comme un film prémonitoire. Il sera primé au Fespaco et sélectionné à Cannes (Un certain regard).

Taafé Fanga (Le Pouvoir du pagne), le deuxième long métrage d’Adama Drabo est adapté d’une de ses pièces de théâtre et se déroule en pays Dogon. Avec beaucoup d’humour, le cinéaste s’inspire d’un conte. Dans un village, les femmes prennent le rôle des hommes ; elles leur imposent d’assurer les travaux quotidiens qui leur sont imposés d’habitude. Une fable mordante et enlevée qui favorise les situations cocasses. C’est le premier volet d’une trilogie consacrée au pouvoir. La deuxième partie, Fanta Fanga (Le Pouvoir des pauvres), co-réalisé par Ladji Diakité a été présentée au Fespaco de 2009. Sur fond de crimes rituels de jeunes albinos, Adama Drabo se questionne sur le pouvoir des démunis dans la société malienne. Ils n’ont que le courage pour affronter les injustices sociales. Le sujet du troisième film, Doni Fanga (Le Pouvoir du savoir) de cette trilogie était déjà établi ; Adama Drabo voulait s’attaquer aux intellectuels qui fuient leurs responsabilités à l’égard de leur peuple. La maladie a fauché le réalisateur le 15 juillet 2009 avant qu’il ne puisse en développer le scénario.

L’écriture d’Adama Drabo n’est pas linéaire, elle se rapproche de la façon dont les griots racontent ; tout est imbriqué, les séquences semblent parfois isolées les unes des autres, pourtant elles reviennent toujours à la ligne directrice du film. C’est bien souvent dans les traditions ancestrales qu’il puise son inspiration, pour mieux aborder le monde moderne et les inquiétudes de l’avenir. Sa passion pour la peinture l’a amené à régulièrement utiliser la couleur comme un élément de la mise en scène ; par exemple dans Ta Dona, la couleur bleu est synonyme d’espoir.
Dans ses films, en particulier dans Taafé Fanga, le réalisateur met en valeur le rôle primordial de la femme dans les sociétés africaines. Adama Drabo nous laissera le souvenir d’un homme simple et discret, mais déterminé, qui a signé, souvent avec beaucoup de courage, une œuvre d’engagement. Un homme de convictions qui a dénoncé les abus des pouvoirs, la mise à l’écart des femmes, les absurdités de certaines traditions. Adama Drabo a toujours su garder les distances nécessaires avec les pouvoirs afin de conserver sa liberté de parole pour la donner aux « sans-voix » de la société.

Yves Jézéquel

(*) Sorte de coffre sacré taillé dans l’écorce d’une courge.

home
Hommage à Adama Drabo