Festival International du Film d'Amiens 2016
Contact
Newsletter
Partenaires - liens

Le Festival international du film d’Amiens a toujours gardé les pieds dans la glaise et la tête dans les étoiles. Le réel et l’imaginaire. Le documentaire et la fiction. À travers notre section « Le monde comme il va », nous faisons chaque année le point sur l’état du monde et sur celui de la création mondiale du cinéma documentaire. Bon nombre de nos rétrospectives ou hommages ont, par le passé, questionné les rapports entre la mise en scène et le documentaire (tout documentaire est d’abord une manière de transcrire ou de réécrire le monde tel qu’il est ou qu’on le perçoit).

Souvenons-nous, par exemple, de l’oeuvre sublime de Vittorio de Seta (à qui nous rendions hommage en 2002), du travail de documentariste engagé d’Haskell Wexler (hommage 2004), du cinéma de guérilla de Raoul Peck (hommage 2012). L’année dernière, nous avons consacré l’une des plus belles rétrospectives de notre histoire à « l’autre néo-réalisme », neuf programmes de courts métrages italiens sortis de l’oubli et des cinémathèques, avec la publication d’un livre signé Marco Bertozzi et Thierry Roche (L’autre néo-réalisme — Une correspondance, Yellow Now/FIFAM, 2013). De même, en 2006, nous avions rendu hommage à Mario Brenta, en mettant également l’accent sur l’école (ou plutôt la non-école) de cinéma Ipotesi Cinema, où l’apprentissage passe d’abord par une réflexion et un regard sur le monde. Brenta sera d’ailleurs de retour cette année avec son nouveau documentaire de long métrage, Corps à corps, coréalisé avec Karine de Villers, et consacré à Pippo Delbono. Il y eut aussi le grand moment de l’invitation faite à Jean-Louis Comolli en 2007. Sans parler du travail « ethnographique » ou d’anthropologie visuelle que nous avons pu présenter, avec le cinéma brésilien des marges ou encore, à plusieurs reprises, sur les Amérindiens. Ce fut, dans le même ordre d’idée, notre soutien à Wapikoni à Montréal, un organisme de médiation, d’intervention, de formation et de création audiovisuelles qui s’adresse aux jeunes autochtones dans le but de contrer les taux élevés de suicide, de décrochage scolaire et de toxicomanie. On pourrait également évoquer tous les cinéastes qui ont su nourrir leurs fictions d’un regard documentaire : de Djibril Diop Mambéty à Lam Lê.

Par ailleurs, le FIFAM n’a jamais fait de discrimination de genre ni de style. Ainsi, nos diverses compétitions comptent souvent des documentaires au sein de leur sélection. Cette année, par exemple, il y a l’Abri de Fernand Melgar en compétition longs métrages ; il y a Tourisme international de Marie Voignier et Vous qui gardez un coeur qui bat d’Antoine Chaudagne et Sylvain Verdet en compétition moyens métrages. 2014 voit par ailleurs, pour la première année, la création d’un prix du meilleur documentaire, toutes sections confondues, qui sera décerné par l’association Documentaire sur grand écran. Et dans notre souci majeur de transmission des savoirs, nous avons ouvert nos portes au Diplôme Universitaire (D.U.) Réalisation documentaire de création, de l’Université Picardie Jules Verne. Ou encore à l’association locale Carmen, qui, entre autres choses, témoigne et archive la vie de nos quartiers depuis trente ans déjà.

Ainsi, nous sommes très heureux de rendre enfin hommage au documentariste allemand Volker Koepp. Si elle demeure trop méconnue du grand public, son oeuvre, par son amplitude stylistique et sa profondeur thématique, est l’une des plus importantes du cinéma européen. Elle est, surtout, une invitation au voyage. Né en 1944 en ex-RDA, son cinéma accompagne l’Histoire des régions d’Europe de l’Est, celles qui ont vécu la chute des régimes politiques du XXe siècle. À travers les vestiges des totalitarismes et les ruines des idéologies, Koepp sonde les paysages et les visages, à la recherche d’une humanité inaliénable et d’une démocratie en marche. Par son observation fine, il « restitue les fractures géopolitiques et les passions géopoétiques de l’Europe de l’Est ». Parmi son œuvre profuse, le FIFAM a choisi de mettre l’accent sur le travail que le documentariste a accompli autour de la « Sarmatie », territoire transnational qui s’étend à l’est de la Vistule de la Baltique à la mer noire. Russie, Lituanie, Biélorussie, Pologne, Moldavie, Ukraine composent les paysages que le cinéaste a longtemps arpentés — jusque dans son dernier film-somme, En Sarmatie. Une édition DVD (Documentaire sur grand écran) accompagne cette rétrospective, et Koepp nous livrera une masterclass riche de promesses.

Fabien Gaffez

home
Volker Koepp