Festival International du Film d'Amiens 2016
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2010

Le festival en 2010 :

IMG/flv/BA_FIFA.flv

Editorial

L’album photo du festival constitue un beau livre d’images pour tous ceux qui ont fréquenté les allées de nos cinémas depuis trente ans. Les visages des comédiens répondent à ceux des cinéastes, connus ou pas. Tous restent dans le souvenir des uns ou des autres ; ces rencontres n’ont jamais été banales.

Le 30e festival sera continuité des précédents et non auto-célébration, les vraies retrouvailles se feront dans les salles. Le 30e festival d’Amiens sera donc classique, éclectique et diversifié, proposant des voyages dans l’histoire du cinéma et sur tous les continents.

Les cinémas Amérindiens sont de retour, les cinéastes aussi. Seize films, une dizaine de réalisateurs, réalisatrices ou producteurs, acteurs qui parlerons Cheyenne, Mohawk-Kanawake, Navajo, Chikasaw, Arapaho, Creek, Seminole, Hopi, Mandan-Hidatsa, Cherokee…et aussi anglais ou québecois. Cette rétrospective sera accompagnée de la publication d’un livre de cinéma, Indian’s Song de Gilles Laprévotte et Thierry Roche (en co-édition avec Yellow Now).

Autre grande rétrospective, celle consacrée à Pierre Chenal, cinéaste français dont on sait qu’il dut partir en exil durant la guerre ; son œuvre compte huit films tournés en Amérique latine. Le Festival entend contribuer à la réévaluation d’un cinéaste trop ignoré. Sauf par quelques critiques ou réalisateurs clairvoyants. Cette rétrospective qui devrait être reprise par la Cinémathèque Française permettra à quelques amis et connaisseurs de Chenal de présenter l’homme et l’œuvre au public.

Tous savent les liens étroits du festival avec les cinémas d’Afrique. Au moment du cinquantenaire des indépendances, nous avons décidé de solliciter le regard des cinéastes sur leurs sociétés au long des cinq décennies passées. Le maniement des traits d’humour y est une constante. Là où la critique est difficilement acceptée, l’humour permet de décocher les flèches que chacun garde au fond de soi. Humour et comédie à l’africaine seront donc à l’honneur et en débat !

Trois hommages marqueront ce Festival. Stephen Frears d’abord, un maître que l’on ne présente plus ! Ses créations britanniques (cinéma et télévision) constitueront pour le public une prolongation originale de l’hommage rendu autrefois à Mike Leigh. Et aussi bien sûr à Karel Reisz, (cinéaste dont Stephen Frears fut assistant) dont tous ici n’oublieront jamais les généreuses présentations qu’en fit Betsy Blair, son épouse.

Carlos Reichenbach vient du Brésil. Quand le Festival salua son œuvre pour la première fois, son pays entrait à nouveau dans la démocratie. Depuis, il a rencontré une productrice aussi passionnée que lui et il a pu donner forme à son engagement, lui l’esprit libre, le libertaire amoureux du cinéma de Godard et Chabrol, de Nicholas Ray et Samuel Fuller, d’Imamura enfin. Il a salué de maintes façons les femmes et la place fondamentale qu’elles tiennent dans son pays. Le Festival rendra hommage à ce « Fassbinder brésilien ».

Saluer Alexandre Petrov et son talent relève du défi, voire du paradoxe. Hollywood l’a nominé quatre fois et couronné son Vieil homme et la mer d’un Oscar, Alexandre Petrov est un maître dans le monde de l’animation et nous serons particulièrement heureux de le faire découvrir à un large public.
C’est un véritable Festival du Cinéma d’Animation russe qui est proposé : une quinzaine de titres conçus dans les Studios Shar seront projetés dans les salles et dans le CinéBus. Dans le cadre de l’Année de la Russie en France. Tony Gatlif est pour nous le réalisateur de l’inoubliable Latcho Drom, le film fondateur du cinéma tsigane. Il est maintenant aussi le porte parole de Liberté, le film qui révèle l’une des pages occultées de notre histoire, le génocide des Tsiganes par les nazis. Un film qui n’a pas été assez donné à voir. Sa projection en Ouverture sera plus qu’un symbole. Dans la salle jouera le groupe qui a composé sa musique, il vient de Roumanie.
Bon festival à vous, hommes et femmes de bonne volonté.

Jean-Pierre Garcia
Directeur du Festival international du film d’Amiens

À Claude Chabrol. À Sotigui Kouyaté.

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Depuis trente ans, le Festival international du film d’Amiens accompagne les cinémas du monde entier. Cette 30ème édition ne déroge pas à la règle et propose une sélection exigeante de films venus d’Afrique et des autres continents, mêlant les territoires et les identités culturelles, les générations de cinéastes - jeunes talents comme maîtres incontestés - les œuvres patrimoniales et la création contemporaine.

Au fil de ses éditions, le festival s’est imposé comme une manifestation de référence grâce notamment à des hommages particulièrement réussis (Ousmane Sambène, Cheik Doukouré ou Flora Gomes), ou encore à des panoramas thématiques originaux consacrés à « Cinéma et Apartheid » ou au « Cinéma du Congo belge ». Amiens s’est également forgé une belle renommée en explorant la comédie musicale égyptienne, le cinéma des femmes en Algérie, le cinéma marocain des années 80, le cinéma « populaire » marocain, les cinémas d’Afrique australe, le cinéma numérique en Afrique.

Cette année, les différentes compétitions proposent des films inédits et rares, avec des rétrospectives consacrées à l’œuvre de Pierre Chenal, au Cinéma des Amérindiens, à l’Humour et la Comédie dans les cinémas d’Afrique. Plusieurs hommages ponctueront également ce 30ème anniversaire, en présence des heureux élus - Carlos Reichenbach (Brésil), Tony Gatlif (France), Stephen Frears (Royaume-Uni) et Alexandre Petrov (Russie).

Pour approfondir les cinématographies du Sud et véhiculer leur formidable diversité, Amiens multiplie également les rendez-vous professionnels tels que les Journées du Fonds d’aide au développement du scénario, dont le CNC est partenaire. Le CNC est donc fier de soutenir une manifestation qui l’accompagne dans la défense de la diversité culturelle.
L’ambition du festival rejoint pleinement l’action que mène le Centre pour soutenir les films qui demeurent difficiles à faire exister dans certains pays, grâce à sa politique de coopération notamment avec le Fonds Sud.

Je tiens à féliciter chaleureusement toute l’équipe organisatrice du Festival qui, autour de Jean-Pierre Garcia, s’attache avec passion à donner la priorité aux échanges culturels.
Je souhaite à tous les festivaliers de riches et belles émotions de cinéma.

Véronique Cayla
Directrice générale du CNC

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Déjà trente ans que beaucoup a été dit sur ce festival qui est devenu un rendez vous incontournable pour les cinéphiles : éclectisme, exigence, originalité, générosité…
Un anniversaire que ses organisateurs souhaitent discret, peut-être par superstition, mais on peut déjà prédire que cette édition connaîtra encore une audience, large et diversifiée, que lui envient de nombreux rivaux.
La recette existe, mais le savoir-faire s’efface pour que la curiosité du public réponde à celle de Jean Pierre Garcia et de son équipe historique.
Un brin de nostalgie, derrière la volonté de revisiter des thèmes ou des auteurs qui ont marqué la vie du festival : Ainsi Carlos Reichenbach et Tony Gatlif représentent-ils, peut-être, « ces esprits libres, anarchistes, généreux et un peu fous, mais toujours jeunes » qu’aime mettre en valeur le festival d’Amiens.
La « liberté » revendiquée, menacée ou perdue, sera encore au centre de la rétrospective consacrée au cinéma des Amérindiens.
Mais, l’ironie de Stephen Frears, auquel un hommage sera rendu, et l’humour, par le biais duquel sera commémoré le cinquantenaire des indépendances africaines, viendront justifier le qualificatif de programmation équilibrée. Après un retour sur les pays d’Amérique Latine qui célèbrent aussi leur indépendance, la boucle sera bouclée, la planète une fois de plus parcourue et, c’est notre voeu, l’enthousiasme pour renouveler le miracle en 2011, Année du Mexique, intact.

Marie-Christine de la Conté
Directeur régional des Affaires culturelles de Picardie
Ministère de la Culture et de la Communication

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De nouveau et pour notre plus grand plaisir, le Festival international du film d’Amiens ouvre par le cinéma les portes du dialogue interculturel auquel l’Université de Picardie Jules Verne est foncièrement attachée.

L’ambition de l’UPJV, qui a ajouté à son nom initial, choisi par ses créateurs en 1969, celui de sa région, la Picardie, ainsi que le patronyme Jules Verne, écrivain qui représente si bien par ses multiples talents et compétences la pluridisciplinarité, a pour ambition de répondre tant aux besoins de formation que de contribuer à l’épanouissement personnel et professionnel du plus grand nombre de picards. L’ouverture culturelle relève ainsi de cette ambition.

C’est pourquoi l’UPJV s’honore d’être partenaire, depuis l’origine, de cette magnifique aventure et se souvient toujours avec émotion que les premiers festivals furent initiés par des étudiants.

Merci au Festival international du film d’Amiens de permettre au public, et tout particulièrement aux étudiants, de découvrir des cinématographies peu connues ou peu diffusées, venues du monde entier.

Merci aux organisateurs de cette médiation interculturelle et de cette ouverture sur de nouveaux horizons qu’est le Festival international du film d’Amiens.

L’Université de Picardie Jules Verne, partenaire de sa démarche, souhaite pleine réussite à sa 30ème édition.

Georges Fauré
Président de l’université de Picardie Jules Verne.

Au fil des ans...

« Au fil des ans » est une longue galerie des noms qui ont marqué le festival au long de vingt neuf éditions, portraits de ceux qui furent les vedettes, nos vedettes à nous organisateurs de l’événement mais aussi au public d’Amiens et de Picardie. Les souvenirs des uns et des autres s’additionnent et s’entrecroisent. Le Festival est dans les mémoires. Nous avons cueilli quelques paroles, ici et là, symboliques de tant d’autres. Paroles et témoignages écrits de journalistes marquants. Paroles dites pour l’occasion, paroles lucides et amicales à la fois.

Souvenirs de festivaliers

Souvenirs très personnels, comme ceux d’une cinéphile de longue date qui évoque le premier festival et rappelle avoir reçu dans sa maison à Camon, un réalisateur invité. À l’époque, nous proposions aux amis d’assurer l’hébergement d’un invité. Toujours fidèle au poste, cette «  cinéphile » voit, au bas mot, une trentaine de titres différents chaque année !

Tel autre qui fut autrefois Maire de Long, garde en mémoire, la présence dans sa commune de Chris Spotted Eaggle, cinéaste Sioux Lakota, venu avec l’un de ses films, en décentralisation. Sur la façade de la Maison communale avaient été hissés les drapeaux américains et français, en l’honneur de l’invité. Nous en parlions encore au téléphone il y a quelques temps de cela.
Que de joie aussi pour le réalisateur et directeur de l’Actors Studio-Côte Ouest, Mark Rydell de découvrir la connaissance que les collégiens d’Arthur Rimbaud (Amiens Nord) avaient de son œuvre.

Plus surprenante encore, la visite de Danny Glover au commissariat central d’Amiens. Les policiers de tous âges, grades ou fonctions se bousculaient pour voir l’interprète du fameux inspecteur Roger Murtaugh dans L’Arme fatale ; et obtenir des autographes.
De même les « Gothiques » trouvèrent en Guillermo Arriaga, un nouveau supporter, qui faisait du sport avec eux le matin et allait voir un match de l’équipe amiénoise en soirée. Entre deux présentations de films.
Certains d’entre eux (plus âgés) se rappelaient aussi de la première mondiale du Ballon d’or dans un Grand Théâtre bondé – en présence de très grands footballeurs africains, de l’ASC et de Cheik Doukouré, le réalisateur.

Les souvenirs surgissent encore : la visite de James Coburn à la cathédrale, la fête des quatre vingt ans de Darling Légitimus dans le cirque Jules Verne (avec Pascal Legitimus, Laurent Voulzy, Françoise Arnoul, Idrissa Ouedraogo…). Mike Leigh, réalisateur anglais (qui, deux ans après, emporterait la Palme d’Or à Cannes) à la recherche des spécialités amiénoises pour son épouse ! Et Claude Chabrol, si drôle et si subtil, si généreux de son temps…

Témoignages

Partenaire historique du festival, le Courrier Picard couvre la manifestation depuis ses origines.
Nous songeons à des journalistes aujourd’hui disparus. Ainsi Patrick Duval, qui qualifiait le premier Festival de « Tour du Monde en 80 films » et qui, en congé sabbatique vint en 1983, nous aider à coordonner et rédiger notre publication « Cinéma et apartheid », la première du genre en France.

JACQUES GOFFINON [1] qui pendant près de trente ans fut en charge de la rubrique cinéma du Courrier Picard nous apporte ce témoignage :
« Le Cap en Afrique du Sud. Un grand cinéma de 1 400 places, comme on en voyait dans « la Dernière séance ».
Un large couloir qui mène à l’accueil. De part et d’autre, une vingtaine de grandes affiches de festivals importants. A gauche, en première position celle du Festival international du film d’Amiens de 2003, face à celle du Festival de Cannes de 2001. Pourquoi Amiens à l’honneur au Sud du continent Africain, dans ce pays où la culture cinématographique est grande ?
Le directeur du Cap’Star a une seule réponse, « le Festival d’Amiens résume pourquoi le peuple d’Afrique du sud s’est battu contre l’apartheid et a gagné. C’est un vrai festival qui apporte un autre éclairage sur tous les cinémas du monde… C’est une bouffée de liberté et de vérité » !

Tout est dit sur ce festival du 7e art pas comme les autres : il triomphe depuis trente ans parce qu’il n’est justement pas comme les autres. Il ne cherche pas la facilité, la venue des stars et des films en promotion. Il est authentique et nous fait découvrir des personnages hors du commun de James Coburn et Gaston Kaboré jusqu’à Danny Glover ! »
Ce festival des différences ne nous laisse pas indifférent. Au-delà du rêve et de la magie, il apporte de l’amour, de l’amitié.
Sa force : avec habileté, il sait rendre intelligent le spectateur à travers des films exceptionnels et inédits qui abordent souvent des sujets forts, graves, sociaux et surtout profondément humains. »

Le festival a laissé des souvenirs indélébiles. À 30 ans de distance, pour JEAN-PIERRE BERGEON, l’un des fondateurs du festival mais aussi délégué aux Programmes de France Bleu.

« Premier Festival du Film d’Amiens. Toute la bande de potes ciné-phages en rêve ; on est tous en chasse. Trouver et ramener des films qui vont faire « la différence », celle dans laquelle on s’est inscrit. Je me retrouve cet été là à FR3 Radio Côte fleurie en train de couvrir, entre autres, le Festival du cinéma américain de Deauville, à l’époque à peine né. Sur les hauteurs de la ville, à une poignée de kilomètres, le « Club 13 » de Claude Lelouch où sa sœur me reçoit (mon cœur fait « Cha ba da ba da ») pour réaliser en direct une émission… L’ambiance est sympa, l’émission réussie et après ça on papote et je raconte notre projet de Festival et ce que l’on cherche. Tilt dans sa tête, elle me parle d’amis qui cherchent à distribuer un film australien, réalisé en 1979, gros succès dans son pays. Mais pour l’instant inconnu dans l’hexagone : La Complainte de Jimmy Blacksmith le deuxième film d’un jeune australien, Fred Schepisi [2]. Rendez-vous est pris pour un visionnage. Ce sera le choc. Je sors enthousiasmé, bouleversé par le destin tragique et sanglant de ce jeune Aborigène tentant de s’insérer dans le monde des « blancs » australiens. Épaté, tant par l’interprétation que par la beauté d’une mise en scène totalement maîtrisée, sobre et lyrique à la fois. Le film fera partie de la première sélection en compétition du Festival d’Amiens. Quelques mois plus tard, les spectateurs amiénois, eux aussi bouleversés, lui attribuaient le premier « Prix du Public »… Je ne l’oublierai jamais. C’était il y a trente ans... »

« Et puis il y a 2 mois, une autre « madeleine de Proust » allait se manifester dans la mémoire d’un cinéaste, celle de Rachid Bouchareb. Mais aussi dans la mienne. Je le recevais sur France Bleu, dans le cadre de mon émission cinéma « Le Mag Ciné », pour la sortie de son nouveau film, Hors-la-loi. Et de nous voir Rachid et moi, ou plutôt de nous revoir, nous ramena 25 ans en arrière, en 1985.

Jeune réalisateur de 32 ans, il présentait en compétition à Amiens son premier film : Bâton rouge. L’histoire de trois amis qui décident de s’exiler aux États-Unis pour trouver du travail. Bingo, le film remporta le Grand Prix du Festival d’Amiens. Première étape de la reconnaissance d’une carrière qui allait en connaître d’autres avec, entre autres, Poussières de vie (Oscar du meilleur film étranger en 1996) et Indigènes (Grand Prix collectif d’interprétation masculine en 2006 à Cannes) un film évènement qui a tant fait pour la mémoire « collective elle aussi » des Français et des Algériens. Mais voilà, tout a commencé à Amiens, et ça, Rachid Bouchareb ne l’oubliera jamais. Il se revoit, et je le revoie, lui et ses comédiens (Pierre Loup Rajot, Jacques Pénot et Hammou Graïa), le visage illuminé de bonheur à la remise du Prix. Rachid aurait voulu être avec nous pour « nos » 30 ans. Mais voilà, la carrière de son film Hors-la-loi continue et se joue actuellement aux États-Unis où, bien sûr, Rachid l’accompagne. Mais une partie de son cœur est avec nous. Et ce n’est que partie remise. Un hommage son œuvre (heureusement non achevée) lui sera donné dans un prochain festival. Un Festival qui a toujours pratiqué et mis en exergue la connaissance et la reconnaissance ! »

EDOUARD WAINTROP, ancien critique à Libération et directeur du festival de Fribourg de 2006 à 2010, garde un souvenir américain et brésilien de ses passages au festival : « Pour moi le festival d’Amiens a toujours été le synonyme de fabuleuses rencontres, qu’à l’époque, journaliste à Libération, je n’aurais manqué pour rien au monde… Des rencontres avec des films d’abord. Avec ceux par exemple réalisés par de grands metteurs en scène américains (de John Ford à Nicholas Ray) pour la télévision. Ou avec ce Negro Soldier, écrit par Carlton Moss, l’écrivain noir et communiste (qui avait dit un jour que la liste noire, il la portait sur son visage), et mis en images par Stuart Heisler pour la série Why We Fight de Frank Capra, pendant la guerre. Ou aussi avec My Son John, une rareté anticommuniste, mise en scène par Leo McCarey. Ou Native Son (Sang noir) de mon ami Pierre Chenal. Des rencontres avec des cinéastes ensuite. Sur les bords de la Somme, j’ai eu ma première discussion avec le cinéaste brésilien Carlos Reichenbach grâce à une rétrospective consacrée au cinéma pauliste.
J’ai fait toutes ces découvertes à Amiens mais ce soir, je me souviens surtout d’une en particulier, un repas avec James B. Harris. En fait, c’était la seconde fois que je rencontrais celui qui avait été le producteur des premiers films de Kubrick. J’avais déjeuné une première fois avec lui, à Hollywood, grâce à Pierre Rissient, mais à l’époque je ne connaissais que son adaptation d’un roman noir de James Ellroy, Cop. Je n’avais pas encore vu Fast Walking, superbe polar avec James Woods (qui joue aussi dans Cop d’ailleurs) et dont toute copie en pellicule avait disparu – je l’ai donc vu sur une VHS. Je ne connaissais surtout pas Aux postes de combat avec Sidney Poitier et Richard Widmark. Deux films que le Festival d’Amiens m’a permis d’admirer.
Ce fut un déjeuner superbe, où Harris avait évoqué sa collaboration avec Stanley Kubrick, sur L’Ultime razzia, Les Sentiers de la gloire, Lolita, films qu’il avait produits.
Une de ces rencontres rares que l’on ne fait qu’à 135 kilomètres de Paris, à Amiens. »

Sous le titre Cinéma Noir et Blanc, FRANÇOISE AUDÉ écrivait dans la revue Positif [3], un article résumant avant l’heure, les principes éthiques et esthétiques du jeune festival d’Amiens :

« L’originalité du choix africain est cependant flagrante avec l’accent mis sur la question de l’apartheid. Une programmation fournie a permis d’en distinguer les différentes approches, toutes évidemment critiques mais selon des modalités (fiction ou direct) et des postulats idéologiques divergents. Un bon catalogue historique et analytique sur le cinéma en Afrique du Sud, avec en annexe deux mises au point sur ceux -méconnus- du Mozambique et de l’Angola (où Ruy Duarte réalise une œuvre ethnographique et artistique d’une haute tenue), accompagnait les projections. Si les critiques français qui ont applaudi aux Dieux sont tombés sur la tête n’avaient connus que quelques bribes de ce catalogue, ils ne se seraient pas laissé mystifier par ce film.

(…) Conscients de l’intérêt du travail de découverte et de réflexion tenté par les Journées, leurs organisateurs font le nécessaire pour qu’il en reste trace. Ils éditent beaucoup : la brochure Cinéma et apartheid, l’étude sur Sanjines (complété d’articles économiques et politiques), le catalogue commenté des films primés par le Fespaco et un dossier de critique historique et politique intitulé la Figure de l’Autre dans le film de guerre, soit quatre publications pour une manifestation que les médias nationaux ne pourront continuer à ignorer indéfiniment. (…) La finalité de la sélection étant l’« approche dynamique des différences », toutes sortes de films concernant les problèmes ou la réalité des minorités de partout trouvent leur place à Amiens. (…) Par sa variété et la qualité correcte des films, cette section informative alimente une pensée mondialiste plutôt que, seulement tiers mondiste : où l’on retrouve la spécificité et donc la pertinence d’Amiens. (…) »

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