CEDDO 
Sénégal – 1976
Au XVIIe ou au XVIIIe siècle (le film
n’est pas précisément daté), en pleine
période de la traite des esclaves, une
communauté de l’Afrique de l’Ouest
cherche à résister à l’avancée de l’islam
et du christianisme. Tous les moyens
sont bons pour remplir la mosquée ou
l’église. L’imam détrône le souverain et
procède à des conversions forcées.
L’alcool et les armes à feu servent de
monnaie d’échange contre des êtres
humains. Hommes du refus, les Ceddo,
s’opposent à cette avancée des religions
extérieures ; ils ne veulent pas renoncer
aux traditions et surtout renier leur
identité culturelle. Ceddo est aussi et
surtout un film à la gloire des femmes et
à leur rôle dans l’histoire de l’Afrique.
Ceddo est un film-clé dans l’oeuvre de
Sembène Ousmane parce qu’il pose les bases du cinéma du refus. Refus d’un
cinéma qui serait la vitrine de la misère.
Refus d’un cinéma réservé à une élite.
Refus de par son sujet : le récit des
Ceddo qui refusaient au XVIIe siècle
d’embrasser les religions asservissantes
(christianisme et islamisme)
elles-mêmes converties au négoce et qui
mettaient en péril une identité culturelle
et spirituelle. Film historique et politique,
Ceddo parle du Sénégal aux Sénégalais. Ici l’histoire sert de piste de
réflexion sur la situation des pays africains
libérés du colonialisme mais
asservis par d’autres formes d’oppression
et d’exploitation. Le film a été
interdit à sa sortie par le président
Senghor pour une question d’orthographe
(selon lui Ceddo ne prenait qu’un
« d ») !!! Manière sophistiquée mais
cruelle de mettre la sémantique au service
d’une politique - de censure !
R/D : SEMBÈNE OUSMANE • Sc : Sembène Ousmane • Ph/C : Georges Caristan • M/Ed : Florence Eymon • S : El Hadj M’Bow • Mus : Manu Dibango • P : les Films Doomireew, Newin productions • 120’ • 35 mm • F • Coul/Col • Int/Cast : Tabara N’Diaye, Mamadou Diagne, Makhourédia Gueye, Goure, Mustapha Yade, Oumar Gueye, ismaila Diagne