Festival International du Film d'Amiens 2016
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Carlos Reichenbach (16/11/10)

Carlos Reichenbach est un grand cinéaste brésilien. Très polyvalent et un peu subversif, il a toujours fait un cinéma engagé socialement et politiquement, allant jusqu’à glisser certains messages dans les films érotiques de ses débuts.

Donnez-vous des cours ou des conseils aux jeunes réalisateurs ? Paulo Emilio Salès Gomès est mon mentor. Il a fait ses études à Paris, c’est le premier à avoir écrit sur Jean Vigo et le plus grand essayiste du cinéma brésilien. Il a fondé les premiers cours de cinéma à Brasilia pendant la répression à Sao Paulo. Je suis devenu à mon tour professeur en cinéma et ai enseigné pendant une trentaine d’années, c’est très important que je transmette ce savoir. Tous mes assistants sont mes anciens élèves. Je suis un peu vieux maintenant, j’ai donc abandonné les cours, je préfère faire des films. Le grand conseil que je puisse donner aux apprentis cinéastes : expérimentez, c’est en étant jeunes que vous pouvez faire des erreurs !

Vous accordez une place importante aux femmes dans vos films, d’où vous vient ce désir de les montrer dans la société, au travail dans les usines par exemple, ce que vous faites déjà en 75 dans Lyliane M. ? Je n’aime pas cette épigraphie. La première fois que je suis venu en Europe c’était au festival de Rotterdam. Quelqu’un m’y a dit après avoir vu Lilian M que c’était le film le plus moderne qu’il ait vu parmi les 200 films représentés. Puis un journaliste m’a surnommé le Fassbinder brésilien, surnom qui m’est resté. J’ai une dent contre ce journaliste, j’ai certes un nom allemand mais je me sens plus proche du cinéma italien de [Roberto] Rosselini ou encore de [Michelangelo] Antonioni. Depuis j’ai revisionné les films de [Rainer Werner] Fassbinder et je crois comprendre pourquoi il m’a appelé ainsi : les personnages qui m’ont le plus intéressé étaient les femmes prolétaires, comme c’est le cas dans les mélodrames sociaux. Il y avait d’ailleurs un critique au Brésil qui a divisé mon cinéma en deux catégories : les films féminins et les films masculins qui sont tous deux très différents. L’un de mes derniers Les Femmes de l’ABC va passer dans le cadre du festival, c’est un téléfilm féminin comme Lilian M, il est expérimental, c’est un film difficile même pour le Brésil, c’est le plus dur et le plus social que j’ai fait. J’aime beaucoup ce film et je le recommande vivement. C’est un peu comme le film Deux rivières qui est un film qui a suscité beaucoup de débats, c’est un film très sentimental et qui parle beaucoup de mon histoire, surtout de la survie de mon parrain qui, pendant un an, a vécu caché dans la maison de ma mère. Il retourne au Brésil pour restaurer son identité brésilienne. Mais je change le sexe du protagoniste qui devient une femme dans le film. C’est un film militaire très dur.

Pourquoi composer vos propres bandes originales ? Je suis issu d’une famille littéraire, j’étais voué à l’édition et donc à suivre les traces de mes parents et grands-parents, mais j’ai perdu mon père très jeune et ça a tout changé. J’ai commencé à écrire. La musique payait mes études de cinéma, j’étais claveciniste dans un groupe. J’avais une formation musicale d’abord classique puis jazz, en passant par la musique populaire. La musique est aussi vitale à mes films que les dialogues ou l’image. Dans Alma Corsária, j’ai tout fait moi-même : scénario, photo, cadre, musique. J’ai beaucoup de mal à déléguer les tâches. J’aime beaucoup travailler avec les compositeurs qui sont aussi mes amis : Ivan Lins a déjà gagné des prix et joué avec Barbra Streisand, Nancy Wilson, Ella Fitzgerald... Je travaille également avec Nelson Ayres qui est un grand compositeur, un grand arrangeur qui a dirigé l’orchestre philharmonique d’Israël à Tel Aviv. J’aime travailler avec des gens qui n’ont pas peur d’expérimenter et des défis. Je tourne en musique, l’équipe aime ça. La bande originale du film Lilian M. a été faite avec les disques de mon père. J’aime le bruit et le son étrange que font ses 78 tours.

Qu’est-ce que cela vous fait de revenir ici au Festival d’Amiens 25 ans après votre première venue ? C’est la quatrième fois que je viens à ce festival, j’y suis venu une fois en temps que membre du jury. J’aime beaucoup cette ville et le Festival. Je m’y suis attaché, c’est pour cette raison que cette année, j’ai décidé d’emmener ma femme.

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Carlos Reichenbach (16/11/10)