Festival International du Film d'Amiens 2016
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Chad Burris (18/11/10)

Lui-même d’origine Chickasaw (peuple amérindien des états d’Oklahoma, Mississippi et Louisiane), Chad Burris est le producteur attitré de Sterlin Harjo, Prix spécial du jury l’an dernier avec Barking Water.

Pour commencer nous avons appris que vous êtes diplômé en droit amérindien. Pouvez-vous nous expliquer ce que c’est ? C’est le rapport et les intersections entre des lois fédérales et traditionnelles. C’est le pont entre celles-ci, comment elles communiquent entre elles.

Comment en êtes-vous arrivé à la production cinématographique ? J’ai débuté après la fac. Je suis allé à Hollywood et j’ai essayé de devenir acteur parce que je ne savais pas quoi faire. Et Hollywood fonctionne exclusivement autour des films et des tournages, donc j’ai commencé à aider des cinéastes à monter des projets, des courts-métrages, et ai réalisé que c’est ce qui m’intéressait, ce côté-là : le business, la production. Du coup, je suis retourné à l’université d’Oklahoma, dans le but d’améliorer mes connaissances en droit filmique. Et, comme il y a une forte présence amérindienne en Oklahoma, ils proposent un parcours sur le droit amérindien, donc je me suis dit pourquoi pas...

Comment avez-vous rencontré Sterlin Harjo ? Quand j’ai quitté Los Angeles pour aller à l’école de droit d’Oklahoma, un très bon ami à moi s’est rendu à Los Angeles pour intégrer le programme "native" de Sundance (Sundance Institute est un organe de soutien au cinéma indépendant américain créé en 1981 par Robert Redford, qui comporte un département "Native Film", NDLR) et il m’a présenté Sterlin, qui était d’Oklahoma aussi mais nous ne nous étions jamais rencontrés… la connexion s’est faite tout de suite. Elle perdure depuis, même si nous avons nos disputes, comme tout couple producteur-réalisateur.

De quelle communauté amérindienne êtes-vous et quels sont les liens personnels que vous entretenez avec vos origines ? Je suis Chickasaw, j’ai grandi à Oklahoma où nous avons des juridictions de scribes, c’est à dire des limites dans la ville, j’ai grandi dans un quartier parce que mon père y travaillait, les Chickasaw étaient ailleurs, mes liens se font donc par le biais de ma famille paternelle (vacances, etc.). J’ai également été impliqué dans ma tribu en arrivant à l’école de droit à travers les films et le développement de certains business de ma tribu. Dans un contexte plus large j’ai tout simplement été attaché par des rencontres cérémoniales.

Vous n’êtes donc qu’à moitié amérindien, quand vous étiez jeune, vous êtes-vous senti amérindien ? Oui, mais Oklahoma est très différente des autres villes, elle n’a pas de réserves comme le peuple Navajo. Il n’y a donc pas un espace réservé aux Chickasaw, c’est relativement métissé, vous n’y avez pas la présence d’une seule communauté.

Avez-vous ressenti du racisme ? On ressentait un petit peu de racisme, mais pas énormément, plutôt sous forme de plaisanteries et quelques mauvais événements. De plus j’ai eu beaucoup d’amis amérindiens qui ont grandi avec moi, donc les blagues racistes restaient bon enfant, même entre nous.

Est-ce la première fois que vous venez au Festival du film d’Amiens ? Oui c’est la première fois que je viens, j’ai rencontré Jean-Pierre [Garcia] il y a deux ans et demi, puis encore à Venise l’an dernier. J’avais vraiment envie de venir. C’est fantastique et un très bon soutien pour les réalisateurs autochtones, pas comme les autres festivals, même les festivals américains. Amiens (et peut-être la France) lit entre les lignes : il reconnaît le cinéma amérindien et le traite comme un genre à part entière.

A l’avenir, souhaitez-vous produire tous genres de films ou voulez-vous continuer à produire des films amérindiens pour soutenir ce cinéma ? Je produirai toujours des films amérindiens, mais je travaille aussi sur d’autres films. J’ai été producteur exécutif sur des films non-amérindiens : Killer inside me, le dernier Michael Winterbottom ; il y a Bringing up Bobby avec l’actrice Famke Janssen ; je vais faire le prochain Nick Cassavetes... Donc il y a d’autres films, mais j’aurais toujours de l’amour pour les petites productions. Les films amérindiens ne rapportent pas d’argent, en fait ! J’en dépense pour les films amérindiens, donc j’ai besoin de faire les deux !

Barking Water a remporté un prix l’année dernière ici, comment recevez-vous ce prix alors que vous en avez sûrement obtenu d’autres avec ce film ? En effet, il y en a eu d’autres, mais c’était gratifiant, je pense que ça m’aurait davantage touché si j’avais su quel genre de festival c’était. En tout cas, ça le fait maintenant que je suis là. C’est un si beau cadre, les films y sont très appréciés. Nous pensons à une éventuelle collaboration : continuer à montrer nos films ici et penser à des programmes entre ici et chez nous dont on ferait profiter les étudiants amérindiens et les étudiants amiénois, avoir une sorte d’échange.

Dernière question : avez-vous vu des films africains, car une grande partie de ce festival y est consacré et cette année nous avons proposé une rétrospective « Humour et comédie dans le cinéma africain » ? Non j’aurais adoré en voir car je ne connais pas grand chose au cinéma africain mais je ne parle absolument pas français donc je n’ai pas pu. Et je le regrette. Je vais demander à Jean-Pierre de m’en envoyer.

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Chad Burris (18/11/10)