Festival International du Film d'Amiens 2016
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Clément Tapsoba (15/11/10)

Clément Tapsoba est un des plus grands spécialistes ès cinéma panafricain (critique, créateur d’une revue, etc.) et un des piliers du Festival Panafricain du Cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO).

Depuis combien de temps le FESPACO existe-t-il et quels en sont les principes de fondation ? Il a été créé en 1969 et depuis 83 il y a un jumelage avec le FIFA. Le FESPACO a été créé parce qu’il y avait la nécessité pour les Africains de trouver un espace de rencontres pour faire voir les films africains aux Africains, parce que cela n’était pas effectivement évident. Et depuis le FESPACO n’a cessé de grandir, parce que l’idée était de développer le cinéma africain et de permettre justement aux professionnels africains de rencontrer bien sûr leur public.

Vous avez donc plus ou moins répondu à ma deuxième question qui était l’impact du FESPACO sur le continent africain, donc c’est de développer le professionnalisme et en même temps de pouvoir montrer les réalisations du continent, mais y a-t-il un impact qui résonne au-delà de ces frontières ? C’est certain. Le FESPACO est effectivement d’abord continental (on dit que c’est le plus grand festival de cinéma du continent africain), et au delà des frontières parce que depuis les années 80, le FESPACO a ajouté à sa dimension africaine, une dimension je dirais « diaspora ». C’est ainsi que depuis 85, il y a du cinéma afro-américain mais également des îles, Haïti et autres, qui en font partie, et il y a une compétition pour les films de la diaspora. C’est donc un festival qui est aussi ouvert au reste du monde dans la mesure où dans la programmation il y a « les films du monde », c’est à dire toutes origines confondues qui sont présentées.

Pouvez-vous nous éclairer sur l’emblème du FESPACO, pourquoi l’Etalon de Yennenga ? L’Etalon de Yennenga est le symbole même de l’Histoire du Burkina. C’est l’Histoire de l’ethnie mossi qui est l’ethnie majoritaire du pays. C’est l’histoire de la princesse Yennenga, qui était une guerrière et combattait aux côtés de son père. Lors d’un combat, son cheval s’est emportée et l’a menée en pleine forêt. C’est là qu’elle a rencontré son mari, un chasseur, et qu’ils ont eu un enfant qu’ils ont appelé Ouedraogo. Ce nom signifie « étalon » ou « cheval mâle », en hommage à ce cheval qui lui a permis de rencontrer son mari et d’avoir un fils. L’Etalon de Yennenga symbolise donc le désir de combat, de conquête : le premier prix est attribué au film qui essaie de valoriser ces valeurs et en tous cas tout ce qui représente la dignité.

Avez-vous deux mots à nous dire sur l’humour et la comédie dans les cinémas d’Afrique ? J’avoue que j’ai été agréablement surpris, parce que c’est un thème que nous avons déjà abordé en 97 dans notre revue Le film africain et que ce n’est pas toujours dit mais l’humour fait partie de la culture africaine, et de fait d’un cinéma qui se veut d’abord social. Beaucoup de cinéastes l’ont intégré très tôt dans leurs œuvres, même si ce n’est pas un genre prédominant en tant que tel. Vous verrez que, même dans le cinéma qui se veut dramatique, l’humour est utilisé dans le jeu des rapports humains. Des films ont commencé à se distinguer dans ce sens, en mettant l’humour au centre, la comédie (des cinéastes comme par exemple Henri Duparc, de Côte d’Ivoire). Donc pour moi c’est une très belle chose de voir ensemble tous ces films, à Amiens, pour montrer que l’Afrique n’est pas seulement une Afrique qui pleure, mais qui rit, qui rit d’elle-même ; c’est aussi une sorte de catharsis et c’est ce que ce type de cinéma montre.

Une dernière question concernant la collaboration entre le FESPACO et le festival d’Amiens, on sait que celle-ci date, mais comment a-t-elle commencé et en quoi consiste-t-elle jusqu’à aujourd’hui pour les deux festivals ? Je pense que, dans toute rencontre de ce genre, il s’agit d’abord d’une rencontre d’Hommes. Il y a Jean-Pierre Garcia d’une part, un amoureux du cinéma, un amoureux de culture, qui lutte contre le racisme ; et il y a le FESPACO, qui a toujours voulu s’ouvrir au monde. Et donc c’est de cette volonté commune de lutter pour que les cultures se rapprochent qu’est né ce jumelage-là. Cela consiste en des échanges d’informations, d’invitations entre les différents festivals. C’est ainsi que chaque année, le FESPACO envoie une délégation ici, et puis qu’il en reçoit une du FIFA. Et cela ne se limite pas à des échanges d’informations sur les films : pendant longtemps nous avons également édité des plaquettes du FESPACO ici. C’est le jumelage qui a concrètement toujours le plus porté ses fruits, du point de vue des compétences respectives que l’on peut s’apporter mutuellement.

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Clément Tapsoba (15/11/10)