Festival International du Film d'Amiens 2016
Contact
Newsletter
Partenaires - liens

Co produire au Sud : l’expérience gabonaise.

par IMUNGA IVANGA , auteur et réalisateur. Il est depuis novembre 2009, directeur Général de l’Institut Gabonais de l’Image et du Son (IGIS). Ce texte de conférence a été donné dans le cadre de la 3ème édition du Festival Mondial des Arts nègres (FESMAN), lors des Rencontres professionnelles de Dakar. (GABONEWS).

« La question de la production et de la coproduction renvoie à la nécessité de produire sa propre culture, afin d’avoir une meilleure maîtrise de son destin. En effet, le cinéma peut être défini comme une école de formation disciplinaire, au sens académique. Il a donc cette fonction éducative qui libère les regards formatés. Il permet de montrer à un peuple ce qu’il est et ce qu’il ne sait pas qu’il est. Sa sève est la liberté d’expression, la liberté de l’imaginaire, qui doivent conduire à exister par soi même en fabriquant ses propres images, en abordant tous les types de sujet sans aucun tabou. Ainsi, pour donner satisfaction à ses contemporains, en même temps que le cinéma doit s’adapter aux technologies actuelles, il doit s’appuyer sur nos cultures, notre Histoire, car c’est dans le détail que l’on détermine son origine.

Le cinéma, vecteur culturel et agent économique.

Notre capacité à produire notre propre culture reste cependant faible. Le résultat en est que nous sommes jetés en pâture au cinéma américain et d’ailleurs. La télévision n’est pas épargnée avec la profusion des télénovelas ; la pâle imitation de celles-ci par des acteurs locaux sans réelle conscience des enjeux n’est pas satisfaisante.
Le cinéma participe aux transformations culturelles contemporaines, et les mutations culturelles précèdent toutes les révolutions. L’émergence de nos États passe ainsi nécessairement par les arts et la culture. Nous ne filmons plus, n’écrivons plus comme il y a quarante ou cinquante ans. Pour autant, la mise en valeur de nos qualités, la sublimation de nos cultures apparaissent comme une renaissance.

En plus d’être un vecteur culturel, le cinéma est également un agent économique, car il participe au développement de l’économie du pays. Il est nécessaire pour nos États d’inves-tir dans le cinéma et l’audiovisuel (par le biais d’un concours ou non) ; primés ou pas dans les manifestations internationales, les films rapportent. L’existence d’images réalisées par nous même et pour nous même -pour les autres aussi bien sûr-, font que le cinéaste devient l’ambassadeur de son pays et de son continent partout dans le monde. Et cela grâce aux images qu’il produit.

Il y a nécessité de mettre en place des politiques de la promotion d’un cinéma national, sous régional. La culture étant définie comme un état d’esprit de développement. Le film y participe à un double niveau. Il crée un contenu culturel en même temps que de l’emploi. Un vrai film de cinéma implique au minimum une trentaine de personnes : techniciens, acteurs, actrices, restaurateur, etc. Dans son exploitation des technologies actuelles, de nouveaux emplois émergent. En ce sens, il est une industrie culturelle.

L’avenir du cinéma réside dans le développement des coproductions

Des actions individuelles ou unitaires doivent être initiées en même temps que des actions collectives, et c’est là qu’intervient la coproduction. Deux politiques qui doivent être menées de concert. Il s’agira de mettre en place des partenariats qui devront être réels, afin de surmonter les douleurs de la création. Ce que l’on ne pourra réussir seul, pourra l’être à plusieurs et correspondra à une dynamique sous régionale, voire continentale. Cela étendra les territoires d’exploitation pour des films qui se heurtent bien souvent à des questions de diffusion.

Le premier film qui marque le départ de la cinématographie gabonaise est une coproduction entre la France et le Gabon. C’est la Cage de Robert Darène d’après un scénario original de Philippe Mory, en 1963. Il est présenté en compétition officielle à Cannes, sous la bannière du Gabon. Outre Philippe Mory, en comédien principal, il y a des stars françaises de l’époque telles Marina Vlady, Jean Servais. D’autres coproductions de cette nature suivront : Ilombè de Charles Mensah et Christian Gavary, Equateur de Serge Gainsbourg, etc.

Nous évoquons cela pour dire que la coproduction, est inscrite depuis les origines de notre cinéma, ce qui est la traduction de l’inexistence d’une industrie du cinéma telle qu’on peut la connaître aujourd’hui au Maroc, ou en Egypte. Mais ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est l’expérience de la coproduction au sein de l’Afrique.
Deux faits sont à retenir. En 1971, le premier film de long métrage écrit, réalisé et produit par un gabonais est Les tam-tams se sont tus de Philippe Mory qui initie une coproduction nationale entre sa société, la Sogafilm et la RTG, la télévision nationale.

La création en 1975 du Centre national du Cinéma (CENACI) marque un tournant. Il est l’affirmation du désir de l’État d’accorder un regard particulier à la création cinématographique, jusque là au service de la télévision nationale. À ses débuts, le Centre reçoit très peu ou pas du tout de subvention selon Phi-lippe Mory, son premier Directeur Général. Mais, son existence va conduire l’État à mettre en place cette subvention. Dès 1986 sous la direction de Charles Mensah, la production va réellement s’amorcer, notamment avec les courts métrages Le Singe fou d’Henri Joseph Koumba et Raphia de Pol Moukéta. Entre temps, un certain nombre de films de longs métrages Obali, Ayouma de Pierre Marie Dong et Charles Mensah, Demain un jour nouveau de Pierre Marie Dong, sont entièrement produits par la société gabonaise Nkoussou production.

L’IGIS entend mutualiser les moyens humains et financiers.

Tout au long des des années quatre vingt dix et ce jusqu’en 2009, le CENACI outre la production de films nationaux, va également s’impliquer dans des projets internationaux.
La subvention annuelle mise à la disposition de l’ IGIS (Institut gabonais de l’Image et du Son) par l’Etat gabonais d’une valeur de 400 à 500 millions CFA, va permettre à cette nouvelle structure de réaliser cela. Une dotation qui, dans les faits, correspond au coût moyen d’un long métrage de fiction, mais sa répartition dans le cadre d’une coproduction va s’étaler sur deux à trois années. Cela est rendue possible par l’implantation d’une agence comptable, qui donne à l’IGIS une relative autonomie.
Son mode opératoire est simple, l’apport sera toujours en numéraire. Ainsi, des techniciens gabonais peuvent être pris sur le film, et c’est l’IGIS qui les rémunère ou bien du matériel technique est apporté dans le cadre de la production, et il est évalué en termes de location sur la durée du tournage. En plus de cela, de l’argent frais peut-être mis dans le cadre des travaux de laboratoire, mais cet apport quelque soit sa nature, n’est jamais au-dessus de 40%.

Toutefois, l’expérience a sa limite, qui est le montant de la subvention, prise entre une exigence nationale et des projets transnationaux. Par conséquent, cette subvention ne peut garantir sur une même année un investissement dans plusieurs projets. Mais ici, c’est la volonté de faire les choses qui compte. Et cela montre bien, lorsqu’elle s’exprime, ce à quoi l’on peut aboutir si cela repose sur une vraie organisation. En définitive, c’est donc l’esprit et l’état d’esprit dans ce type d’opération qui sont à privilégier. En effet, il ne s’agit pas de viser un simple objectif de prestige. La coproduction permet de mutualiser les moyens tant humains que financiers, d’étendre sa zone de diffusion et donc d’apporter une réponse partielle à cette épineuse question. Il y a une dimension symbolique qui traduit dans les faits la volonté d’inscrire le Gabon dans une dynamique sud -sud pour les projets impliquant des Etats africains. Mais cela nous autorise également à solliciter des contributions d’ailleurs.

Quelques dates marquantes de la coproduction gabonaise

Il me paraît important de citer quelques films qui sont le résultat de la coproduction telle qu’elle s’est exercée en Afrique : Le Grand blanc de Lambaréné de Bassek ba Kobhio (Cameroun /Gabon/France) ; Le Damier de Balufu (RDC/Gabon) ; Tartina city de Issa Coelo (Tchad/Gabon) ; Le silence de la forêt de Bassek ba Kobhio et Didier Ouénangaré (Centrafrique/ Cameroun/Gabon) ; le téléfilm Inspecteur Sory (Guinée/Gabon/France) ; Batépa de Orlando Fortunato (Angola/Sao Tomé et Principe/Gabon/Afrique du sud)

L’on voit que la coproduction s’exerce de façon pratique dans le cas de l’IGIS (ex CENACI) avec des sociétés françaises et africaines. Cela a été le cas aussi avec certaines sociétés privées gabonaises.
Le partage des dépenses permet d’augmenter l’offre de production, d’étendre son rayon de diffusion, de démontrer, s’il en était besoin dans le cadre des accords sud-sud, que cela est possible. Cette politique va-t-elle se poursuivre ? Oui, mais comme elle l’était déjà, elle sera assujettie à certaines conditions. L’intérêt du sujet et l’économie dans laquelle il s’inscrit est primordial. En résumé, le fait de soutenir les initiatives de créations au niveau du sud même, offre une plus grande garantie d’indépendance. Il va sans dire que le dynamisme de la production locale sera d’un apport stimulant ».

home
Co produire au Sud : l’expérience gabonaise.