Festival International du Film d'Amiens 2016
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ENTRETIEN AVEC CARLOS CONCEICAO

Que représente pour vous cette reconnaissance de votre travail par le Festival ?
J’ai été profondément surpris. Je ne suis pas habitué à cela. J’estime que mon travail est encore en germe, même si certains de mes courts font partie d’un work-in-progress, ou sont liés directement à ce que je voudrais faire par la suite. Chacun d’entre eux a été fait avec trois fois rien, ce sont des expériences. Tous les quatre partagent deux choses en commun : ce sont des films qui ont eu la “possibilité” d’exister et qui évoquent une variété de genres qui me plaisent d’une façon ou d’une autre. Cette reconnaissance me fait vraiment plaisir. Cela ne serait jamais arrivé au Portugal, où règne une sorte de culte de la non-reconnaissance. C’est très important pour moi car je respecte beaucoup le Festival du film d’Amiens et cela me rend très fier que ces films qui ont pu être “possibles” puissent être vus aux côtés de très grands films et de très grands talents.

Pensez-vous que ce genre de parrainage soit une bonne façon d’aider les réalisateurs prometteurs ? Qu’est-ce qui vous semble le plus utile : la sortie DVD ? La diffusion à la Cinémathèque française ? À la Villa Médicis ?
La totale, je dois dire. Chaque aspect de ce soutien est en résonnance avec mon travail. C’est un grand privilège que de pouvoir élargir mon audience, et d’avoir une “bonne” audience. C’est très important. La sortie DVD et la séance à la Cinémathèque vont tous deux donner une visibilité à mes films qu’ils n’ont jamais eue. La Villa Médicis est la cerise sur le gâteau et j’attends cela avec impatience. Donc oui, Pygmalion est une excellente façon d’aider les réalisateurs. Cela peut-être pour moi un tournant – et j’espère que ce sera le cas.

Estimez-vous vous être « fait un nom » dans le monde du court métrage, après vos sélections à Locarno ou Cannes ? Quels sont vos projets de longs métrages ?
Je ne pense pas m’être fait un nom pour l’instant. Je reste quasiment inconnu dans mon pays, même au sein de la planète cinéma. Je n’ai pas reçu beaucoup d’attention de la part des médias portugais sauf pour quelques critiques quand Cinderela était à la Semaine de la Critique. Mais, d’une certaine façon, cela ne me dérange pas de rester dans l’ombre. Je préfère faire mon chemin loin des gros bras désagréables et me concentrer sur les films. Je ne sais pas vraiment ce que je vais faire ensuite car je pense avoir épuisé les avantages des films à petits budgets. C’est le moment pour moi de tourner une page, même d’un point de vue créatif. J’aime les courts si l’histoire tient dans un format court. Je compte donc faire d’autres courts si cela est possible. J’envisage même de faire un serial, un peu comme les faisait Feuillade. C’est une approche différente : ni un long métrage, ni des courts métrages. Pour un long vous avez aussi besoin d’une idée et d’une narration adaptée. J’ai deux scénarios d’écrits mais pas de financement pour les tourner. Pourtant, mon approche du langage cinématographique, du rythme, de la narration, a radicalement changé ces derniers mois. Mais, une nouvelle fois, je ne parviens pas à choisir quelle direction prendre. C’est malheureux, mais j’y suis habitué. Peut-être que je ne ferais pour toujours que les films “possibles” à tel ou tel moment. Et peut-être que l’un d’eux sera un long métrage. Qui sait ?

Est-ce simple actuellement pour un jeune cinéaste européen de trouver un moyen de faire des films et, surtout, des films qui puissent être vus ?
Je pense que cela dépend de votre façon de faire du cinéma. Je peux faire un film dans ma chambre avec une caméra, un objectif, un micro - si cela va dans le sens de l’idée précédant le film- et peut-être que ce sera un énorme succès. Tout dépend des idées. Il y a des caméras au rabais, c’est vrai. Mais il y a aussi des idées au rabais. On peut quand même s’en sortir avec une caméra au rabais. J’ai vu moins de cas où l’on s’en sortait avec une idée au rabais... Quand vous travaillez dans une “narration classique” (ce ne sont pas mes mots, promis) comme j’ai entendu dire que je le faisais, rien n’est facile. Faire chacun de ces courts a été très difficile, mais cela m’a aussi forcé à simplifier les choses pour les projets suivants. Quant au fait d’être financé, je n’y connais rien. Pour moi, c’est une abstraction. J’apprends comment cela fonctionne. Au Portugal il n’y a qu’une façon de se faire financer, et cela ne m’a jamais réussi. Pour répondre à votre question, je ne pense pas qu’il soit facile de trouver un moyen de faire des films, non. Il faut n’aimer que cela au monde et être pathologiquement têtu. Quant à la deuxième partie de votre question... Je suppose que chaque film peut être vu. Il doit juste pour cela parler à quelqu’un, d’une quelconque façon.

Quelle est votre histoire avec le Festival d’Amiens ?
J’ai entendu parler du FIFAM pour la première fois quand je devais avoir onze ou douze ans car un film portugais avait reçu le grand prix. Après avoir quitté l’école, alors que je me plongeais de plus en plus dans le circuit des festivals (et cela a pris quatre ans avant que j’aie un film à y montrer), le FIFAM me séduisait par son aura d’indépendance. Ces dernières années, j’ai tenté de voir autant de films que je le pouvais de la sélection du FIFAM car je savais que j’allais les aimer. Le lauréat de la compétition 2013, Leçons d’harmonie, fut l’un de mes films préférés de l’année.

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