Festival International du Film d'Amiens 2016
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Evelyne Papatie (14/11/10)

Evelyne Papatie, réalisatrice amérindienne du Québec, présente dans le cadre du festival un des courts métrages du film Wapikoni Mobile. Membre de l’initiative éponyme (école de cinéma itinérante qui sillone les communautés amérindiennes) depuis maintenant 5 ans, elle a bien voulu répondre à nos questions.

La première fois que les membres du Wapikoni sont arrivés, ils ont été bien accueillis directement, ou il a fallu un petit temps, qu’ils reviennent une deuxième, une troisième fois, pour que les gens les accepte plus et fasse confiance ? Ils sont venus une première fois en 2004 dans ma communauté mais je n’étais pas là et personne ne les connaissait, du coup c’était : des blancs que personne ne connaît qui viennent dans la communauté. On en avait pas entendu parler, les gens se demandaient « c’est qui, ces gens, là ? ». Il y a eu 2 participants la première année. Et le bouche à oreille a fait que, quand les jeunes ont vu que ces ces derniers avaient fait des films, ça les a beaucoup intéressé l’année suivante.

Comment ce projet a-t-il vu le jour et comment vous y êtes-vous intégrée ? C’est Manon Barbeau (cinéaste québecquoise) qui est à l’initiative de ce projet créé en 2003. Elle a été beaucoup inspirée par une jeune fille atikamekw ; d’ailleurs, son nom était Wapikoni, avant qu’elle décède, et c’est de là que vient le nom. Quand ils sont revenus en 2005, ils ont toqué à ma porte, j’étais surprise, je n’y connaissais rien ; je regardais beaucoup de films mais quand ils ont cogné à ma porte et m’ont dit « tu veux faire un film, tu vas jouer avec la caméra, tu vas écrire des synopsis ? », je n’y ai pas cru. Mais je n’avais rien à faire ce jour-là donc je suis allée faire un tour.

Et depuis, vous travaillez avec eux ? Ben, c’est sûr, la première année, ils m’ont beaucoup aidée, ils m’ont beaucoup supportée ; ils me passaient la caméra, ils étaient toujours auprès de moi, je regardais toujours le montage. Plus les années passent, plus je suis capable d’être autonome maintenant.

Et vous passez où, avec ce studio mobile, dans quelles communautés, géographiquement parlant ? Moi, ma communauté est à 6h de route au nord de Montréal. C’est complètement au nord du Québec, à environ 3h à l’est d’Ottawa.

Et le Wapikoni tourne donc toute l’année ? Oui, un mois dans chaque communauté.

Et vous savez à peu près dans combien de communautés et combien de films ils ont aidé à produire ? Dans 14 communautés. Et je dirais 5-10 films par an (en réalité, environ 350 courts-métrages ont été réalisés dans le cadre du Wapikoni depuis sa création en 2003, NDLR). Il y a une grosse projection à Montréal chaque année au mois d’octobre.

Et y a-t-il des différences notables entre les différentes communautés, que ce soit dans les sujets traités ou dans la forme ? Au début, ça parlait beaucoup de toutes les souffrances, toutes les choses comme ça... Cette année, j’ai manqué la projection mais j’ai vu les films ; j’ai remarqué qu’il y avait pas mal d’animation, que j’ai beaucoup aimé. Sinon, au niveau des différences entre les diverses communautés, on le remarque surtout dans l’accent. Les atikamekw ont un accent très prononcé.

C’est la première fois que vous venez à Amiens ou que vous représentez le Wapikoni à l’étranger ? Amiens, oui, c’est la première fois. J’étais allé au Brésil avec les Wapikoni mobile en 2008.

Qu’est ce que cette rencontre avec le Wapikoni vous a apporté ? Vous parliez de passer de communauté en communauté, je reviens d’un voyage : je suis revenue le 2 novembre, j’étais partie depuis le 10 mai en bicycle faire le tour du Canada. Avant qu’ils ne viennent, il n’y a pas grand-chose qui m’intéressait. En fait, depuis qu’ils sont là, ils m’ont ouverte au monde, alors je me suis dit, je vais voyager aussi. Je travaille par ailleurs actuellement sur le scénario d’un long métrage que je souhaite réaliser.

Et vous savez pourquoi ils sont venus taper à votre porte spécialement ? Oui, c’est à cause du coordinateur : ils choisissent toujours un autochtone, qui va aider les gens du Wapikoni à recruter les jeunes... En plus, c’est la première fois qu’un blanc cognait à la porte de ma maison !

Y a-t-il des choses auxquelles on n’a pas pensé que vous voulez ajouter ? Ce que j’aime bien dire, c’est que les jeunes, chez nous, ils sont comme très gênés. Et le Wapikoni permet à beaucoup de jeunes de pouvoir exprimer ce qu’ils veulent dire. Sinon ils gardent tout à l’intérieur jusqu’à ce que ça explose.

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Evelyne Papatie (14/11/10)