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Hommage à Sembène Ousmane

*** COMMUNIQUE ***

Ousmane Sembène, doyen des cinéastes sénégalais vient de mourir dans la nuit du samedi 9 juin dans sa maison de Dakar à l’âge de 84 ans. Il est décédé des suites d’une longue maladie qu’il n’avait pas voulu ébruiter. Maladie qui explique son absence lors du dernier FESPACO à Ouagadougou.

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COMMUNIQUÉ DE PRESSE

« Le Festival International du Film d’Amiens tient à s’associer à la douleur de ses proches comme à celle de ses amis cinéastes, en Afrique et dans le monde entier. La disparition de celui que tous ceux qui apprécient les cinémas d’Afrique appelaient affectueusement « l’Aîné des anciens » laisse un vide énorme. Tant le rôle d’Ousmane Sembène fut grand. Auteur réalisateur de « Borom Sarett » (1963), premier film de fiction tourné sur le continent noir par un cinéaste africain, Ousmane Sembène fut plus qu’un pionnier. Il s’est très vite imposé comme le porte parole des peuples africains dans leur soif de reconquérir leurs écrans, de donner du sens à leurs images tronquées par les expériences coloniales. L’histoire du cinéma en général, comme celle du cinéma africain en particulier, lui sont redevables d’un énorme travail de défricheur et de témoin. Ousmane Sembène fut, au lendemain des indépendances africaines, le témoin de la diversité et de la richesse des cultures ancestrales et contemporaines à la fois. À l’issue d’un voyage dans différents pays africains au début des années soixante, il constatait : « Tout ce que je viens de voir dans ces pays, tout ce que j’ai vécu, c’est le cinéma qui va me permettre de le montrer. »

Lors de la leçon de cinéma qu’il donna à l’occasion du Festival de Cannes en 2005, à l’invitation de Gilles Jacob, Ousmane Sembène rappelait avec émotion que pour lui comme pour toute une génération de cinéastes, « le cinéma est en Afrique l’équivalent des cours du soir ; pour moi c’est toujours une source d’enseignement permanent comme peuvent l’être les paroles des conteurs de mon enfance ». Il est trop tôt pour exprimer à quel point sa sagesse nous manquera. Ousmane Sembène nous lègue une riche filmographie et plusieurs romans qui demeurent des clefs pour connaître l’Afrique des années soixante « Le docker noir », « Le Mandat », « Les Bouts de Bois de Dieu »… Ousmane Sembène a dédié son dernier film « Moolaadé » : « aux mères, aux femmes qui luttent pour abolir l’excision, cet héritage d’une époque révolue ». »

Jean-Pierre Garcia

Ceux qui voudraient redécouvrir l’œuvre de Ousmane Sembène pourront y accéder en DVD (à la « Médiathèque des 3 Mondes » et aux « Films du Paradoxe » pour « Moolaadé »).

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LE CINÉASTE SÉNÉGALAIS OUSMANE SEMBÈNE HONORÉ PAR LA FRANCE

Par Coumba Sylla In Le Film africain & le film du Sud n°50 (février 2007)

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Le cinéaste sénégalais Ousmane Sembène, 83 ans, a été promu par la France au rang d’officier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur, l’une des plus hautes distinctions françaises. Ses insignes d’officier lui ont été remis par l’ambassadeur de France à Dakar, André Parant, lors d’une cérémonie organisée le 9 novembre dernier, a indiqué l’ambassade.

En lui décernant cette distinction, « les plus hautes autorités françaises ont voulu (lui) témoigner leur admiration », a expliqué M. Parant dans son discours. « C’est (...) l’artiste que nous honorons, mais aussi l’homme de conviction, l’artiste engagé, au service d’un devoir de mémoire et d’un humanisme exigeant et l’autodidacte, formé à l’école de la vie, qui a tracé son sillon avec un regard critique et militant », a-t-il déclaré. Surnommé par ses collègues africains « aîné des anciens », Ousmane Sembène est « une figure qui, au fil des générations, s’est imposée d’abord comme pionner, puis comme référence, enfin comme doyen du septième art africain », a encore estimé l’ambassadeur.

La cérémonie de décoration a été précédée par la projection de Borom Sarret (Le Charretier, 1963) racontant une journée dans la vie d’un pauvre transporteur et un des premiers films du réalisateur formé à l’institut de cinéma VGIK de Moscou.

Ousmane Sembène, également écrivain, est membre fondateur du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), organisé tous les deux ans. Sa filmographie comprend notamment La Noire de... (1966), Mandabi (Le Mandat, 1968), Ceddo (1976), Camp de Thiaroye (1988, co-réalisé avec Thierno Faty Sow), Guelwaar (1992), Faat Kiné (1999).

Son dernier film sorti, Mooladé, est un plaidoyer contre l’excision et un hommage aux femmes qui a reçu en 2004 le prix Un certain regard au Festival de Cannes.

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MOOLAADÉ de Sembène Ousmane

LE NOUVEAU DÉFI DE L’ÂINÉ DES ANCIENS

Seul film d’Afrique subsaharienne sélectionné au festival de Cannes cette année, Moolaadé marque aussi le grand retour au cinéma de « l’aîné des anciens », Ousmane Sembène, quatre ans après Faat-Kiné.
Ce dernier film racontait l’histoire d’une femme abandonnée avec ses deux enfants par son mari. Laissée à elle-même dans une société marquée par la domination masculine, elle entreprenait d’élever seule ses enfants pour les mener, au prix d’efforts courageux, jusqu’au baccalauréat.
Au centre de Moolaadé qui lui fait suite (dans l’esprit de leur auteur, ce sont les deux premiers volets d’une trilogie) figure aussi un beau personnage de femme, Colle Ardo. Inébranlable et déterminée, Colle Ardo s’oppose à l’excision de quatre fillettes qu’elle accueille sous son toit en vertu d’un droit d’asile inviolable garanti par la tradition (le Moolaadé). Ce coup d’éclat provoque un véritable cataclysme au village. Il défie l’autorité des salindalas (exciseuses professionnelles) et des chefs du village en remettant en cause une tradition immémoriale et, au-delà, tout un ordre social. Il provoque aussi une prise de conscience salubre au sein de la communauté des femmes. Incidemment, on pourra noter dans ce film le poids de la parole, du mot. Le conflit de la tradition et de la modernité s’y matérialise dans l’opposition entre deux mots : Salinde et Moolaadé. Le Moolaadé se prononce comme on jette un sort (réciproquement, c’est oralement que le sort peut être levé par celle qui l’a prononcé). Et c’est par les postes de radio, la voix des ondes venue de la ville, que circule une autre parole, un autre discours sur l’excision qui suscite la réflexion des femmes sur cette pratique.
Volontairement, tout en accordant comme à son habitude une grande attention au concret des lieux, des gestes et des choses, Ousmane Sembène ne précise pas la localisation du village où se déroule l’action. Ce village pourrait se situer dans n’importe lequel des pays d’Afrique où l’on pratique encore l’excision. Manière de suggérer que la portée de Moolaadé est universelle.

Fiche Technique : R : Ousmane Sembene • Sc : Ousmane Sembene • Ph : Dominique Gentil • S : Denis Guilhren • M : Abdellatif Raiss • Cost : Sidi Aamadou Ouedraogo, Jean-Marie Zongo, Adama Sawadogo • P : Filmi Doomireew, Ciné-Sud Promotion, Cinétéléfilms, Les Films Terre africaine, Direction de la Cinématographie nationale du Burkina Faso, avec le soutien de : Union européenne (Fed), Fonds Sud, Centre national de la cinématographie, ministère des Affaires étrangères • 95 min • 35 mm • F • Coul • Int. : Fatoumata Coulibaly, Maïmouna Hélène Diarra, Salimata Traoré, Aminata Dao, Dominique T. Zeida, Mah Compaore
Contact > Filmi Domireew / Ciné-Sud Promotion

ENTRETIEN AVEC OUSMANE SEMBÈNE

Propos recueillis par Jean-Pierre Garcia In Le Film africain & le film du Sud n°44/45 (mai 2004)

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Le Film Africain et du Sud : Il y a deux mots-clefs pour comprendre votre dernier film. Il s’agit de Moolaadé et de Salinde. Pouvez-vous les définir ?
Sembène Ousmane : Moolaadé est un vieux mot pulaar mais il a un équivalent en mandingue ou en wolof. Il exprime la notion de droit d’asile. Le Moolaadé est la protection accordée à quelqu’un en fuite. Cette notion nous a été transmise de génération en génération par le verbe et les contes, par l’histoire ou les légendes comme par des énigmes orales. Dans le film, des enfants demandent la protection à Colle Ardo, une femme connue pour son refus de l’excision.
Malgré son caractère oral le Moolaadé a valeur juridique. Il est typique d’une convention non écrite et qui s’impose à tous depuis des temps immémoriaux. À jamais ses règles, ses lois et décrets sont gravés dans les consciences. Il couve de funestes présages… D’où la crainte qu’il inspire aux hommes, aux femmes et aux enfants. Afin d’exorciser la menace latente qu’il contient, il est prévu de punir en public le tenant du mot clé, qui permet de chasser, d’éloigner la menace suspendue.
L’Ancêtre, le roi Yérim Dethlé Kode Ndiak, a été le premier à transgresser le Moolaadé, en usant de son pouvoir régalien. Ses sujets révoltés le tuèrent malgré sa puissance d’alors. Sur sa tombe royale, les hommes plantèrent une jeune pousse. L’arbre grandit, le tronc bosselé, les branches tourmentées. Squelettique, l’arbre est vivant, toujours debout… dans nos esprits.
Quant à Salinde, c’est un mot sarakolé ou mandingue qui désigne les purificatrices, les femmes qui provoquent la purification des fillettes - en pratiquant l’excision. C’est une pratique rituelle profondément ancrée dans les mœurs. La Salinde est un grand événement dans l’existence d’une femme, il se tient en général tous les sept ans, sous le regard bienveillant des hommes. Rien n’est assez beau et assez cher pour le faste de la fête donnée à cette occasion.
La quinzaine qui précède l’entrée des postulantes dans le bois sacré, les mères et les tantes entreprennent un travail psychologique auprès de leurs enfants. Celles-ci doivent supporter la douleur physique, sans crier, sans geindre. La morsure vive, brûlante de la lame doit être domptée, dominée. Maîtriser la douleur aiguë, chaude, est la preuve que, devenue femme, la jeune fille saura surmonter les tourments et les afflictions de l’existence. À l’inverse, une fille non excisée est une Bilakoro (mot malinké), elle est impure pour le mariage.
La Salinde, la purificatrice, élève la jeune fille, la hausse au rang d’épouse. La Salinde l’installe au sommet de l’honorabilité, l’incorpore dans le cercle étroit des mères comblées et l’irradie en grande « royale ». La femme excisée est symbole de pureté. Elle est l’honneur de son mari, de sa famille élargie. La Salinde permet aux hommes de contrôler la fidélité et la sexualité de leurs épouses.
Je suis quant à moi un fervent abolitionniste de l’excision. Depuis toujours. Et encore plus en cette période qui voit l’extension terrible du sida.

LFA : L’utilisation de mots mandingues, wolof, sarakolé ou pulaar signifie-t-elle que le sujet du film dépasse largement le cadre régional ou les frontières du Sénégal ?
S.O. : Dans plus de vingt-cinq pays africains (Est-Nord-Ouest-Sud) sur les cinquante-quatre membres de l’OUA reconnus par l’Onu, sévissent encore en ce XXIe siècle les mutilations génitales féminines. Le rituel de la Salinde est plus ancien que les trois livres saints révélés : le Talmud, la Bible et le Coran. C’est Hérodote qui, je crois, a le premier évoqué la pratique de l’excision. Selon Cheikh Anta Diop, l’excision viendrait des Égyptiens (au temps des pharaons) et se serait étendue à l’Afrique noire.

LFA : Rien d’étonnant donc à ce que le film se déroule dans un décor sahélien que l’on ne peut identifier à un pays ?
S.O. : Le film a pour cadre un grand village qui se dresse sur une vaste plaine boisée, de la savane sahélienne. En saison hivernale, le village, malgré son étendue, est enserré dans un immense écrin de hautes herbes vertes, comme une marée montante entourant une île. Les champs sont vastes, les cultures variées. Ce village est autonome ; il est assez riche et n’a pas besoin d’être assisté par les pays européens. La terre est rouge avec des endroits grisâtres. Trempée, elle est poto poto, argileuse. Séchée en surface, la terre est poudreuse. Soulevée par le vent soufflant à ras du sol, elle se dresse comme un voile rosâtre qui enveloppe les horizons. Ce poto poto resté en motte devient solide, dur comme du caillou.
Les toitures des cases en paille, jadis jaunes, sont patinées de gris par le flot cru du soleil. Quelques maisons de formes rectangulaires sont coiffées de toits en zinc, signe d’une réussite matérielle récente, de la génération immigrée.
Convertis à l’Islam, les arrières-arrières-petits-fils des sujets du roi Yérim Dethié Kode Ndiak édifièrent une mosquée surmontée de deux courts minarets, badigeonnée au banc kaolin, à distance de l’arbre du Moolaadé.
Les villageois ne vivent pas en autarcie. Dès la fin des pluies, c’est un va-et-vient de personnes, de visages nouveaux. Le cycle de sécheresse s’étant abattu sur le pays, les adolescents empruntent les chemins de l’exil vers les centres urbains, la capitale. C’est ainsi qu’Ibrahima Doukouré, fils du Dugutigi (chef du village) et fiancé d’Amsatou, la fille de Colle Ardo, émigre plus loin encore, au-delà des mers : au pays des Tulo Blend oreilles rouges.

LFA : Voilà le décor planté. Quels sont les principaux acteurs de ce drame sahélien contemporain ?
S.O. : Colle Ardo Galo Sy a la quarantaine. C’est la deuxième épouse de Cire Bathily, qui en a deux autres (Hadjatou et Alima). Près de vingt années de vie conjugale, une seule de ses enfants est vivante : Amsatou Ardo Bathily. Dès le jour de son baptême (à huit jours), Amsatou a été donnée en mariage au fils du Dugutigi, à la grande joie des deux familles, notables du village.
Aujourd’hui Amsatou Ardo Bathily a quinze ans.
Sept ans auparavant, Colle Ardo s’est opposée à la Salinde. Jamais dans le passé, une femme, de surcroît mère elle-même excisée, n’a refusé de purifier son enfant. Un tremblement de terre dans cet univers ! Aux sempiternelles interrogations de tout le village, de sa famille, de son aînée coépouse, elle répond : « Ma fille ne sera pas coupée. » Au chantage de divorce, de bannissement, Colle Ardo refuse de s’expliquer. Elle tait ses raisons, étouffe les douleurs intimes qui ravagent son corps. Néanmoins, elle ne bat pas le tam tam pour réveiller la révolte des mères contre la Salinde. Hommes et femmes considèrent plutôt Colle Ardo comme une simple d’esprit…

LFA : Il y a aussi un personnage surnommé Mercenaire.
S.O. : Au village, on voit arriver et repartir des commerçants ambulants. Le camelot le plus connu est Cissé, dit « Mercenaire », car c’est un ancien militaire. Il a servi dans les bataillons de l’Onu et a fait partie des « soldats de la paix » au Liban, au Koweït ; il a ensuite intégré les « Forces africaines » au Tchad, au Libéria et en Guinée-Bissau. Indiscipliné, il a été éjecté de l’armée. On peut se demander quelle fut la réalité de son engagement : pourquoi n’a-t-il pas balayé devant sa porte, lui qui prétendait apporter la paix en tant de lieux.
Cissé sillonne la région avec sa bicyclette et une remorque lui servant de boutique. Il courtise les femmes et leurs vend des radios à transistors, des piles, des produits pas chers et de peu de valeur : pacotille en matière plastique, pain rassis débité en morceaux, objets domestiques et nécessaires de toilette.
Le cycle de la Salinde, la grande cérémonie préparée tous les sept ans par la junte féminine, va commencer. Toutes les fillettes de cinq à dix ans doivent être purifiées mais six d’entre elles s’enfuient avant l’opération : deux fillettes se volatilisent dans la nature… quatre autres reviennent au village et demandent Moolaadé à Colle Ardo. Elles mettent à profit le fait que Cire Bathily, son mari, est en voyage.
Les mères des « fuyards », Niassi, Seynabou, Binetou, Saalba (elles-mêmes excisées) ainsi que les salindanas, les exciseuses doctrinaires de la purification, assiègent la maison de Colle Ardo, protégée par l’inviolabilité du Moolaadé. Comme elle l’a fait sept ans plus tôt pour sa fille Amsatou, Colle Ardo refuse de livrer les enfants.

LFA : Selon certains l’excision ne serait qu’une affaire menée par les femmes. Votre film dit clairement le contraire et montre à quel point c’est la domination masculine qui est en jeu.
S.O. : La mort de trois fillettes des suites de la Salinde contribue dans le film à accentuer les réflexions des mères. Les hommes, qui jusqu’alors considéraient la Salinde comme un sujet secondaire, domestique, réservé aux femmes, interviennent. À leur grand étonnement, ils découvrent que Colle Ardo Galo est inébranlable dans ses choix. Craignant les suites néfastes du Moolaadé et le défi à leur autorité innée, ils prennent au sérieux le conflit entre le Moolaadé et la Salinde.
Il s’agit d’une première dans leur histoire. Ils vont s’interroger : comment des mères, des filles, qui ne sont jamais sorties du village, peuvent-elles avoir des idées rebelles au point de réfuter la Salinde ? Et demander la protection au Moolaadé ?
Les vieilles et les salindanas informent les hommes. Certaines mères et filles s’adonnent à l’écoute assidue des émissions radiophoniques, émises depuis la ville. Ces émissions jugées par eux perverses, inoculent, distillent des pensées séditieuses.
Les hommes confisquent toutes les radios appartenant aux femmes et décident de les incinérer en place publique le vendredi, jour de grande prière et d’affluence des fidèles. Les mères sont blessées, outragées, humiliées. Elles décident, pour la première fois depuis des siècles, de faire face aux hommes.

LFA : Comment situez-vous Moolaadé dans votre œuvre ?
S.O. : Moolaadé fait partie d’un triptyque consacré à l’héroïsme au quotidien, en Afrique, aujourd’hui. Il suit Faat Kine et précède la Confrérie des rats dont je viens de terminer le scénario. L’action du troisième volet de ce triptyque se déroulera dans un univers urbain.

LFA : Moolaadé a été tourné entièrement au Burkina Faso. Est-ce un parti pris de tournage ou un impératif de production ?
S.O. : J’ai parcouru la moitié du Sénégal et une bonne partie du Mali avant de me retrouver au Burkina Faso. C’est là, à quatre cents kilomètres de Ouagadougou, que j’ai trouvé, niché au pied d’une chaîne de montagnes, le village dont j’avais besoin. Un village entouré d’un écrin de verdure et symbolique en quelque sorte de l’univers mandingue que je voulais recréer. Ce village se trouve à proximité du Mali et de la Côte d’Ivoire. C’est une zone où cohabitent de nombreuses cultures, une région où vivent les chasseurs traditionnels. L’architecture y est d’expression précoloniale. La mosquée par exemple ne ressemble pas à une mosquée musulmane traditionnelle. Elle n’en a pas l’inspiration et, à bien des égards, ressemble à une termitière. C’est un choix architectural assez caractéristique. D’ailleurs, les habitants du village ne sont pas les descendants des fondateurs de ce lieu. Leurs ancêtres étaient des personnes qui fuyaient les guerres et s’installèrent là. Ils étaient de trois origines différentes et décidèrent de cohabiter.

LFA : Le film s’achève sur un plan montrant une mosquée couronnée d’un minaret portant à son sommet une antenne de télévision. Quel en est le sens ?
S.O. : Traditionnellement, les minarets portent une boule correspondant à un œuf d’autruche. Cet œuf est symbolique de la vie mais aujourd’hui il n’y a plus d’autruches. L’antenne de télévision pose clairement que l’Afrique ne peut plus rester repliée sur elle-même. Elle doit s’ouvrir à l’avenir. Nous devons modifier nos comportements mais nous devons décider par nous-mêmes et pour nous-mêmes.

LFA : Que représente pour vous cette sélection officielle à Cannes ?
Pour moi c’est un honneur car il n’y a pas de manifestation plus grande que Cannes. Je pourrai y avoir de multiples contacts. Il me faudrait beaucoup de temps et d’énergie pour rencontrer autant de professionnels intéressés par la distribution de mon film si j’effectuais le même travail de prospection en Afrique même. Le festival me permettra aussi de poser avec sérieux la question de la diffusion internationale et des ventes de Moolaadé.

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Filmographie d’Ousmane Sembène

  • L’Empire Songhay (1963, 20’)
  • Borom Sarret (le Charretier, 1963, 22’)
  • Niaye (1964, 35’)
  • La Noire de… (1966, 65’)
  • Manda Bi (le Mandat, 1968, 86’)
  • Polygamie (1969, cm)
  • Problème de l’emploi (1969, cm)
  • Taw (1970, 24’)
  • Emitai (Dieu du tonnerre, 1971, 96’)
  • Jeux olympiques de Munich (1971, mm)
  • Xala (l’Impuissance temporaire, 1974, 117’)
  • Ceddo (1976, 111’)
  • Camp de Thiaroye (1988, 147’)
  • Guelwaar (1992, 105’)
  • Faat-Kine (1999, 118’)
  • Moolaadé (2004, 95’)
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