Festival International du Film d'Amiens 2016
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KOLOSARY

par Laza

En malagasy, « cinéma » se dit généralement « sarimihetsika » ce qui signifie littéralement « image qui bouge ». Cette traduction fait encore polémique aujourd’hui, trop réductrice pour certains et pas assez singulière pour d’autres. C’est dire que le cinéma malagasy se définit encore ! Le plus ancien geste cinématographique entièrement réalisé à Madagascar par un Malagasy est un film en noir et blanc de vingt-deux minutes, Rasalama maritiora (La mort de Rasalama), tourné en 1937 par le diacre Philippe Raberojo, à l’occasion du centenaire de la mort de la célèbre martyre protestante malagasy Rasalama. Il était Président de l’Association des Citoyens Français d’Origine Malagasy, où il a pu avoir accès à une caméra 9,5mm et ainsi s’inscrire dans le mouvement du « cinéma chez soi » développé par Charles Pathé à la fin des années vingt. Ce docu-fiction ne figure pas dans ce cycle car la version complète est encore introuvable. Soixante-dix-huit ans après la naissance officielle du cinéma malagasy, on peut dire qu’il y a deux périodes marquantes dans l’histoire du cinéma malagasy, la première qui va jusqu’à la fin des années quatre-vingt, et la deuxième qui débute dans les années 2000 avec la « génération RFC ». Cette rétrospective présente quelques films marquants et témoigne de ces deux périodes.

LA GÉNÉRATION RFC

« Le cinéma enregistre le temps », cette idée est celle qui anime la nouvelle génération de cinéastes malagasy. Nous sommes convaincus qu’il est essentiel que les cinéastes malagasy racontent leurs propres histoires. La mémoire et le cinéma sont une paire évidente et il nous faut prendre notre destin en main. Quand j’ai décidé de rentrer à Madagascar fin 2004 après mes études à Paris, ce qui me manquait le plus était de parler cinéma. Depuis leur fermeture à la fin des années quatre-vingt, toutes les salles de cinéma s’étaient transformées en lieux de culte. Les Rencontres du Film Court sont nées du fait de ce manque. Tous les films de la « nouvelle génération » présents dans cette rétrospective sont ainsi les fruits de la dynamique créée par les Rencontres du Film Court. La plupart des productions malagasy actuelles ne bénéficient pas d’aides publiques et pourtant une soixantaine de court-métrages et un à deux longs métrages sont produits chaque année. Un véritable réseau de professionnels s’est créé et s’entraide pour faire des films. La situation politique de notre pays et de notre cinéma fait que nous sommes un peu livrés à nous-mêmes et un peu contraints à travailler ensemble, donc tout le monde fait un peu le film de tout le monde. Les Rencontres du Film Court s’engagent également pour soutenir la production avec la création de son propre fonds d’aide, le fonds Serasary. Le Petit bonhomme de riz de Ludovic Rianando Randriamanantsoa ainsi que l’animation Iny hono izy ravorona de Sitraka Randriamahaly ont entre autres bénéficié de ce soutien. Il faut d’ailleurs souligner le développement particulier du cinéma d’animation à Madagascar. Le Soleil se lève puis se couche de Jiva Razafindralambo est officiellement le premier film d’animation malagasy, il date de 2006. Ray de Herizo Bashy Ramilijaonina, Afropower de Manohiray Randriamananjo et Iny hono izy ravorona de Sitraka Randriamahaly sont autant d’exemples du talent des animateurs malagasy. Ce qui fait notamment la force du cinéma malagasy c’est sa poésie, fruit d’une culture traditionnelle et îlienne très forte. Mais c’est Madama Esther de Luck Razanajaona qui met à l’honneur cette nouvelle génération avec deux prix prestigieux au Fespaco 2015 et aux Journées Cinématographiques de Carthage 2014 ainsi que de multiples sélections dans d’autres festivals. Luck Razanajaona est l’un des leaders de cette « génération RFC ». En ce qui concerne mon film Odyaina (Fragments de vies), je touche à des sujets universels qui me permettent de raconter les histoires de mon pays et ainsi d’essayer de filmer « l’exceptionnel ». La musique et la folie sont les thèmes principaux de ce film. Sympathiser avec les protagonistes a été le plus difficile. J’ai mis plus de deux ans pour faire aboutir ce projet et il a été très difficile pour moi de m’en détacher mentalement. Après avoir fait ce film, je crois sincèrement que le monde est un hôpital psychiatrique à ciel ouvert, une sorte de gigantesque asile psychiatrique où les patients se confondent souvent avec les médecins. Les cinéastes comme Benoît Ramampy qui a signé le film l’Accident, ou encore Solo Randrasana et Raymond Rajaonarivelo ont beaucoup inspiré la « génération RFC » dans leur façon d’aborder le « cinéma ». Je parle beaucoup de cinéma d’urgence quand je parle du cinéma malagasy contemporain. En effet au bout de dix ans, je ressens plus que jamais cet état d’urgence, cette nécessité et détermination de la nouvelle génération à s’approprier le médium cinéma. Cela se reflète également dans les thématiques traitées par ces cinéastes. Il y a cette idée que chaque film produit est un film utile.



LAZA
PRODUCTEUR, RÉALISATEUR, DIRECTEUR FONDATEUR DU FESTIVAL LES RENCONTRES DU FILM COURT

Réalisateur, producteur et directeur de festival, Laza a fait ses études de cinéma à Paris. Depuis 2006 il est basé à Antananarivo où il s’engage pour le renouveau du cinéma malagasy et la formation des acteurs de l’audiovisuel. Il crée en 2006 les Rencontres du Film Court de Madagascar, avec l’appui de l’Institut français, seul festival de cinéma à Madagascar et tremplin pour les jeunes talents. Il crée en 2011 le Fonds Serasary, une aide à la production qui a permis de réaliser plusieurs courts métrages. Il continue également à tourner et réaliser la plupart de ses films avec la société de production Rozifilms.

Filmographie

Même instant de vie, 2001, 12 min
Prix du meilleur réalisateur au Festival des jeunes talents de Genève en 2001

Tanà 2003, 2003, 90 min

Zanaky dago, 2005, docu-fiction, 40 min
En coproduction avec Focus Paris

Le Marchand de rêves, 2007, 12 min

13 mars 2002, 2008, docu-fiction, 52 min En coproduction avec Essence production Paris

6H58, 2009, 12 min
Présenté dans le « Short Film Corner » du Festival de Cannes 2010 et sélectionné dans de nombreux festivals internationaux.

L’Idiot du village, 2010, fiction, 12 min
Sélection officielle du Fespaco 2010 et dans divers festivals européens.

Même instant de vie #2 2011, fiction, 18 min

Odyaina 2014, documentaire, 75 min, vidéo, couleur

Fasa 2015, fiction, 15 min
Court métrage animation-live action (sélectionné dans 15 festivals internationaux)

La Légende de Zazarano
Animation, 90 min, en développemen

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