Festival International du Film d'Amiens 2016
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KONSTANTINA KOTZAMANI

Konstantina Kotzamani est née en 1983 et son œuvre est déjà très riche. Après le baccalauréat, elle entame des études de pharmacie à l’Université de Thessalonique, avant de bifurquer vers des études de cinéma dans la même université. Cette inclination pour les sciences, par exemple pour la biologie ou la physique, laisse des traces dans sa manière d’aborder le cinéma, et notamment, pour certains de ses films, dans son art du récit, proche de certaines expérimentations d’Alain Resnais. Elle le déclare elle-même : « avant, j’observais la vie, maintenant, j’essaye de la créer [1]. »

En mai 2016, son dernier court métrage, Limbo, sans doute son film le plus ambitieux, était sélectionné à la Semaine de la Critique (Festival de Cannes). Il est une forme d’aboutissement de son œuvre en devenir, avant le passage au long métrage, dont elle travaille actuellement l’écriture. Avant cela, elle a réalisé plusieurs films, dont la plupart ont été remarqués ou primés par des festivals internationaux, tel Washingtonia, sélectionné à Berlin en 2014. Elle a participé à différents ateliers réputés, dont le Berlin Talent Campus et le Sarajevo Talent Campus. Sa filmographie, depuis le début des années 2010, témoigne d’une créativité débordante et d’une grande variété : de l’expérimental Pigs (2011) aux fables « documentaires » tel Yellow Fieber (2015) en passant par la fantaisie Arundel (2012) ou le classicisme relatif de Morning Prayers (2013), on passe d’un univers à l’autre, avec pour point commun une force plastique inouïe.

Quand elle était petite, Konstantina Kotzamina avait un livre de chevet : une encyclopédie du monde animal, qu’elle connaissait par cœur. On constate en effet que les animaux sont très présents dans ses films, qu’ils en inspirent même les sujets, depuis la girafe de Washingtonia jusqu’à la baleine échouée de Limbo. Au-delà de cette présence concrète des animaux, qui transforment ses courts métrages en zoologies esthétiques, en documentaires animaliers revus par Antonioni, il y a une grande « animalité » qui habite la narration. Ces récits-animaux avancent par intuitions successives, mus par une logique sensible, manifestant une présence au monde qui peut déconcerter d’obtus cartésiens. Si l’on estime qu’il y a deux familles de cinéastes, celle composée par les réalisateurs qui pratiquent un cinéma littéraire et ouvertement narratif et celle des réalisateurs qui à la fois nous guident et nous perdent à travers la nuit qu’ils explorent - et bien Konstantina Kotzamani appartiendrait à la seconde. Il y a, dans son cinéma, une tension fertile entre cette animalité sensuelle et un regard distancié plus « scientifique ». De cette tension naissent des images souvent sublimes, avec beaucoup de personnalité, qui générèrent une forme de poésie sauvage à laquelle le spectateur doit s’abandonner.

Selon son expression, le cinéma doit être purement existentiel, et ne jamais se limiter ni être perçu à travers des prismes réducteurs : elle ne se considère pas, par exemple, comme une femme qui fait du cinéma, mais comme une cinéaste tout court. Cette entière disponibilité au monde qui l’entoure, quitte à le reconfigurer dans des fables qui nous le rende aussi mystérieux qu’hospitalier, est l’une des grandes qualités du cinéma de Konstantina Kotzamani. L’économie restreinte du court métrage, qui n’a malheureusement pas le même impact sur le marché, lui permet néanmoins, avec une équipe réduite et de bonnes idées, d’exprimer son style tranchant, inspiré et promis à de beaux lendemains. Gageons que PYGMALION sera une étape utile dans le long chemin qui conduit au long métrage.

Fabien Gaffez

NB. Nous ne présenterons pas tous les films de Konstantina Kotzamani, mais une sélection de quatre films (ses « œuvres complètes » seront néanmoins réunies sur un DVD, troisième volume de la collection Pygmalion, dont la sortie est prévue en novembre 2017.

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