Festival International du Film d'Amiens 2016
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LA CAGE DORÉE (La jaùla de oro)

Diego Quemada-Diez - Mexique

Chauk est un indien tzotzil qui vit dans le sud du Mexique. Il ne parle pas espagnol, ni ne dispose de papiers d’identité : c’est un étranger dans son propre pays. Juan vit au Guatemala mais n’a aucune raison de demeurer dans un pays qui le prive de tout ; avec ses amis Sara et Manuel, il decide fuir cette cruelle réalité. Ils vont rencontrer Chauk et voyager comme lui, clandestinement dans un train de marchandises qui doit d’abord traverser le Mexique avant d’aller vers le Nord, aux États-Unis. Leur rêve d’un monde meilleur va se trouver confronté à ces pays aussi peu hopitaliers l’un que l’autre…

R : Diego Quemada-Diez • Sc : Diego Quemada-Diez, Gibran Portela, Lucia Carreras • Ph : Maria Secco • M : Paloma Lopez Carrillo, Felipe Gomez • S : Raúl Locatelli • Mus : Leonardo Heiblum, Jacobo Lieberman • Déc : Carla Cat Garcia, Vanessa Ortega • Cos : Nohemi Gonzalez, Paulo Ostos • P : Animal de Luz, Machete Prods, Kinemascope Films • 102’ • Super 16mm • F • Coul • 2013 • Int : Ramón Medína, Rodolfo Dominguez, Brandon López, Carlos Chajon, Karen Martínez Contact : Kinemascope Films SA de CV

Entretien avec le réalisateur

« Les frontières comme les nations relèvent d’histoires qui nous ont été racontées au long des siècles, ce sont ni plus ni moins que des lignes imaginaires, des concepts destinés à séparer les êtres humains. Mes personnages eux, refusent les visas d’immigration et la criminalisation qui en sont les conséquences. Pour eux immigrer c’est d’abord voyager, c’est tenter de se réaliser. La Cage dorée entend dire les rêves de quelques jeunes du Sud partis au Nord de manière naturelle. Le film est la mise en scène d’une odyssée si cruelle pour “ses héros” et pourtant si contemporaine ! La réalité sociale de l’Amérique latine implique à mon sens un cinéma qui prenne en compte cet état des choses, un cinéma exprimant un vrai point de vue sur le monde. Ce cinéma est réaliste car il est fait de raison et de fantaisie, de souffrances et d’utopies, de joies et de douleurs. À la manière du néoréalisme. Je me sens personnellement engagé dans mon métier et souhaite dénoncer la brutalité et l’obscurantisme en racontant des histoires qui touchent le public et l’aident à se rapprocher de cet Autre si souvent ignoré. Le cinéma pour moi, peut et doit être, un miroir tendu vers notre propre réalité afin de mieux y réfléchir. En ce sens je suis très proche de ce qu’exprime, dans ses films comme dans ses analyses, le cinéaste mexicain Paul Leduc. Est il besoin de préciser que le scénario de la Cage dorée est basé sur des centaines d’entretiens réalisés auprès de migrants ces dernières années. Il va au-devant de leurs témoignages pour donner corps, de manière fictionnelle et dramatique, à leurs existences. Juan, un jeune métis guatémaltèque part pour fuir la misère et la violence qui l’entourent. C’est un débrouillard qui s’adapte à toutes les situations et se rie de l’adversité. Quand il arrive aux États-Unis, il s’invente une prison métaphorique qui lui permet de se replier sur lui-même. Il prend réellement conscience de ce qu’est pour tout migrant, le piège américain. Chak est un jeune Indien du sud du Mexique qui ne parle pas espagnol et n’a pas même de papiers d’identité Mexicains. Il veut aller au Nord pour y voir la neige. Le voyage semble l’entraîner comme le courant d’un fleuve trop rapide. Il est l’innocence et la pureté originelles, il ressent le monde actuel dans toute son absurdité. En arrivant, il va trouver une prison bien réelle. Chak est un poète. Tous deux partagent un même rêve pourtant : celui de se réaliser en tant qu’être humain. Le tournage a été pour tous un acte créatif : pour les protagonistes du film (professionnels et non professionnels) comme pour notre équipe. Il a constitué un temps et un espace de liberté partagée. On pourrait le comparer à une composition de jazz, avec une mélodie centrale écrite et de nombreux tempos ouverts sur l’improvisation. Le film fonctionne, à mon sens, comme un film muet. Ce sont les images qui parlent car elles traduisent l’univers intérieur des personnages. »

Entretien réalisé par Jean-Pierre Garcia

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