Festival International du Film d'Amiens 2016
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LA MARGUERITE AUX 120 PÉTALES

par Fabien Gaffez

Gaumont rime avec cinéma. C’est assez difficile à croire, et même à entendre, mais la rime est riche. Et ce, depuis le cinéma des premiers temps, puisque Léon Gaumont fut subjugué par le cinématographe qu’il découvre à la toute première projection Lumière le 22 mars 1895 à Paris. Il se lance alors dans la fabrication de projecteurs puis de caméras. C’est ainsi que l’histoire d’un empire industriel commence, la Gaumont, malgré des hauts et des bas, demeurant aujourd’hui encore (alliée à Pathé) l’une des plus grandes firmes mondiales de cinéma. Il faut dire que la société s’est très rapidement déployée dans tous les secteurs du milieu : depuis la production jusqu’à la distribution, en passant par la fabrication et l’exploitation. Ses productions sont le plus souvent synonymes de grand cinéma populaire (bien que de nombreux auteurs aient été produits par la firme à la marguerite, de Vigo à Pialat) et ses salles de multiplexes qui donnent parfois, par sa logique hégémonique, des sueurs froides aux petites salles art et essai (on peut également se souvenir, dans ce sens, du temps béni du Gaumont Palace). L’histoire du cinéma français est néanmoins intimement liée à celle de la Gaumont, qui a souvent déterminé les voies et fabriqué les succès. Si l’histoire de ce cinéma s’est avec le temps, et heureusement, diversifiée, il n’en demeure pas moins que le catalogue de la Gaumont, l’un des plus riches, est comme une caverne d’Ali Baba pour cinéphages. Depuis les premiers films de Feuillade, à qui le dernier Festival de La Rochelle a rendu hommage, jusqu’aux hits de Luc Besson et aux Intouchables de tout poil, en passant par les films de Gérard Oury, les véhicules de Louis de Funès, les films de Georges Lautner (et ses cultissimes Tontons flingueurs), ceux de Molinaro, de Malle, de Pialat, les comédies pif paf pouf et les tragédies godardiennes, les solos de Pierre Richard et les grands films-opéras, l’humanité de Jacques Becker et les boums de Sophie Marceau, les grand bleus et les grands blonds, les folies et les grandeurs. Il faut de tout pour faire un monde, et Gaumont s’est fait un monde avec tout.

On pourra bien sûr, et parfois à raison, faire la fine bouche devant telle ou telle stratégie économique, devant une manière plus commerciale qu’artistique de penser le cinéma, devant le marketing à outrance de l’art (la vieille rengaine). Mais, quand un programmateur de festival tient ce catalogue entre ses mains, la tête finit par lui tourner, telle celle de Ash avec le Necronomicon. Il est vrai que, par-dessus le marché, la Gaumont a lancé depuis quelque temps une grande politique de restauration et de numérisation de son catalogue (en Blu-Ray et en DCP), dont les derniers faits de gloire seraient, par exemple, la réédition des films de Feuillade, de De Broca ou de Pialat. C’est tout un pan du patrimoine français qui reprend ainsi vie sous nos yeux gourmands. Patrimoine qui est au cœur du nouveau grand projet de salle Gaumont inaugurée le 6 novembre, Les Fauvettes, à Paris (ex-Les Gobelins), exclusivement dédiée aux films restaurés.

C’est aussi l’idée qui a présidé à cette rétrospective, en association avec Alain Weislo et le Multiplexe Gaumont d’Amiens. Il s’agissait de s’inscrire dans la célébration des 120 ans de cinéma Gaumont. Durant l’année, plusieurs événements ont eu lieu, dont la très belle exposition au Centquatre-Paris (qui avait pour commissaire Dominique Païni, ancien directeur de la Cinémathèque française). Ce que nous avons souhaité, c’est que les invités du festival fêtent cet anniversaire, en piochant dans ce mirifique catalogue, et en présentant ces films au public. C’est pourquoi nous n’avons pas suivi une stricte logique chronologique ou vainement historiciste, mais nous sommes partis à la cueillette, guidés par la mémoire du cœur.

C’est ainsi que l’on pourra redécouvrir Flic ou Voyou à travers les yeux du réalisateur roumain Andrei Cretulescu et le magnifique Antoine & Antoinette à travers ceux de Lam Lê. On pourra comprendre l’influence du Fantômas de Louis Feuillade sur l’imaginaire du cinéaste portugais Carlos Conceição ou apprendre, grâce à Elsa Charbit, en quoi Zéro de conduite est l’un des plus beaux « moyens métrages » du monde. Le critique et programmateur Alex Masson rebootera la révolte du Sucre de Jacques Rouffio tandis que Jérémie Imbert, collaborateur de Pierre Richard, nous parlera des Malheurs d’Alfred, et que Bernard Payen, réalisateur et programmateur à la Cinémathèque française, nous fera partager sa passion pour Jean-Charles Tacchella et son Cousin Cousine.

Il y avait certes au moins 120 bonnes raisons de fêter la Gaumont. Nous en avons trouvé huit. Et c’est déjà pas mal !

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