Festival International du Film d'Amiens 2016
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Les Acteurs vus par les Affichistes

12 au 20 nov. - Hall Matisse (MCA)

LE BON PLAISIR DE BERNARD MARTINAND

Né à Montbrisson le 15 janvier 1939, Bernard Martinand a commencé sa carrière de cinéma au bas de l’échelle. D’abord assistant réalisateur, notamment de Jean Faurez ou Georges Régnier, puis projectionniste, il fonde au début des années soixante le ciné-club Nickel Odéon avec Yves Martin, Pierre Maginot et Bertrand Tavernier, qui se donne pour but la redécouverte du cinéma américain des années quarante et cinquante. A la même époque, il fréquente la Cinémathèque Française rue d’Ulm, et très vite Henri Langlois lui propose du travail. Bernard Martinand prépare les hommages consacrés à Darryl F. Zanuck, puis Roger Corman, Delmer Daves ou Samuel Fuller. Février 1968 : l’affaire Langlois éclate et Martinand démissionne de la Cinémathèque française, avant d’y être de nouveau intégré par Langlois dès son retour en avril. Entre 1973 et 1981, il est programmateur d’un nouveau complexe de cinémas, et publie un livre sur les affiches du cinéma Français (1977). Il devient ensuite directeur de la programmation de la Cinémathèque, et continue de marquer la vie des cinéphiles : cartes blanches à Fred Junk, Pierre Rissient, premier hommage à Clint Eastwood, Ettore Scola et Luigi Comencini. Au début des années 1990, Dominique Païni devient directeur de la Cinémathèque et le nomme directeur des collections films. Pendant ces dernières années et jusqu’à sa retraite le 31 décembre 1999, il permet et lance la restauration de nombreux films inconnus ou perdus. Avant son départ, il impulse la restauration de films de Edgar G. Ulmer considérés perdus ou rares. Ces dernières années, Bernard Martinand a organisé de nombreuses expositions avec sa collection d’affiches, et présenta notamment quelques joyaux de sa collection au festival international du film d’Amiens lors des rétrospective Ida Lupino, La Hammer film, mais aussi Claude Chabrol et L’Actors studio.

POUR LE PLAISIR (DES YEUX)
LES ACTEURS VUS PAR LES AFFICHISTES

Je vous invite à une promenade et à la découverte d’un passé encore tout récent. Pendant près d’un siècle l’affiche de cinéma fut le principal moyen d’attirer les gens dans les salles de cinéma. Aujourd’hui avec l’exploitation de plus en plus courte des films et leur concentration dans les multiplexes, elles ont perdu de leur importance, ce n’est plus qu’une campagne préventive de deux ou trois semaines avant la sortie nationale et une existence uniquement pendant l’exploitation (d’une semaine à quelques mois). Il n’y plus de salles de quartier où il était encore possible de voir les films longtemps après leur sortie, donc l’affiche n’existe plus dans le souvenir des gens, d’où un moindre effort certain de la part des distributeurs à ne plus soigner leur graphisme et leur originalité.

Il y a aussi, et c’est le plus grave, l’uniformité dans le graphisme, il est de plus en plus courant d’avoir un seul modèle par film et pour les productions américaines un modèle unique (ou ses variantes suivant les formats) pour le monde entier et donc plus de créations originales par pays. Mais revenons quelques années en arrière où le dessin était roi.

Pour cette exposition, nous avons éliminé tout usage de photos ou photomontages dans la conception de l’affiche. Un affichiste pouvait toutefois utiliser un graphisme proche de celle-ci. C’est ce que demandaient les exploitants : il fallait que ce soit ressemblant, il existait même des modèles d’affiches pour les régions du Nord et du Sud de la France ! L’affichiste pouvait opter aussi pour la caricature ou même pour une composition très abstraite, c’était bien entendu quand le responsable du lancement du film leur donnait carte blanche pour la création d’une affiche sortant de l’ordinaire, dans certains cas, ils faisaient appel à des affichistes du commercial et de la publicité, La signature de ces artistes étant plus prestigieuses et gage de la qualité du film. Il est à remarquer par ailleurs que, dans la majorité des cas, les réalisateurs n’avaient pas leur mot à dire. Une projection privée, un jeu de photos et un scénario et au boulot… Seuls quelques metteurs en scène travaillaient sur la conception de l’affiche (Melville, Bresson, Cocteau, Pagnol). Aujourd’hui il n’est pas rare de voir des affiches portant la signature de dessinateurs ou caricaturistes de presse, ou d’auteur de bandes dessinées.

Pour démontrer la richesse et la diversité de ces talents, il fallait un fil rouge… rien de mieux que le visage ou la silhouette de l’acteur le plus populaire de France, Fernandel, vu par A. Jorio (Le Schpountz, Regain), A. Toé (Le Schpountz), A. Dubout (Nais, Topaze). Quatre films de Marcel Pagnol : F. François (Les Rois du sport), Lois (François 1er), Hory (Tu m’as sauvé la vie - en compagnie de Sacha Guitry), Jan Mara (Cocagne) ; et une affiche anonyme pour Meurtres. C’est cinq affichettes belges s’inspirent du modèle français, les dessinateurs étant français. Autres acteurs, Michèle Morgan, Michel Simon, Henri Vidal : vus par Bernard Lancy pour Fabiola, l’affiche les représentant dans un vitrail, le film ayant pour sujet la persécution des premiers chrétiens. Alain Delon pour Nouvelle Vague de Godard, affiche presque abstraite mais anonyme, un simple trait de crayon dessine le profil du visage de celui-ci. Bernard Blier pour le Faux Cul de R. Hanin, affiche de R. Ferraci, caricature de celui ci résumant aussi une grande partie de la carrière de B. Blier où il joua souvent ce genre de personnage. Brigitte Bardot pour Vie privée de L. Malle vu par V. Tealdi, une perruque blonde, des yeux noirs émergeant d’un col de fourrure, c’est Brigitte Bardot. Acteurs étrangers. Buster Keaton pour Le Dernier round, magnifique caricature de R. Ferracci. Charlie Chaplin pour Limelight (affiche U.S.), Le Dictateur, Les Temps modernes. La Revue de Charlot d’après L. Kooper (qui fut l’affichiste attitré des rééditions de ces films). Laurel et Hardy pour Bons pour le service, Deux hommes en bateau, deux affichettes belges (anonymes). Woody Allen, caricature anonyme (affiche U.S.) pour un festival Woody Allen. Kay Francis (l’une des plus grandes actrices des années 1930), dont le visage inspira R. Vacher pour Mandalay de M. Curtiz. James Cagney en pied, par le même artiste pour Le Tombeur de R. Del Ruth (film sur les milieux du cinéma). Leslie Caron pour Lili de C. Walters, une mèche brune, un œil, un sourire (affiche belge). Gene Kelly pour son film Invitation à la danse, affichette belge anonyme le représentant en arlequin. Nous avons mentionné plus haut des affiches de presse faites par des dessinateurs de presse comme Roland Topor pour Le Tambour de V. Schlondorf et La Planète sauvage, le dessin animé de E. Laloux. Folon signe une formidable affiche au graphisme très abstrait pour F comme Fairbanks, film de M. Dugowson. Et des auteurs de bandes dessinées comme Druillet pour Les Femmes Vampire et Le Viol du vampire de J. Rollin. Gir (avec la complicité de T. Topin pour une) signe les quatre affiches de Touche pas la femme blanche, le western parisien de M. Ferreri. Il y a encore beaucoup d’affiches que je vous laisse découvrir. Vous pourrez voir qu’elles furent d’une extraordinaire richesse en graphisme, en conception, et en originalité et qu’il est urgent de les revivre. Bonne promenade, et bon plaisir pour vos yeux.

Bernard Martinand

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