Festival International du Film d'Amiens 2016
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OCTOBRE

Mauritanie -1992

Le monde des Noirs en Russie est une "zone". Tchernobyl s’appelle aussi comme cela. Le Stalker de Tarkovski n’a pas d’autre nom. C’est pour dire que tout, véritablement tout, y est contaminé.
Les Noirs sont en Russie pour y étudier, comme l’est, tout naturellement, Idrissa, à qui l’histoire est dédiée. Il n’y a pas de fille africaine qui ait, en Russie, trouvé ne fût-ce qu’un ami, hors de la zone ; seuls quelques étudiants de longue date, ont pris femme dans l’un de ces combinats militaro- industriels qu’on appelle, là-bas, Universités. Les zones universitaires sont, dans la règle, divisées en deux : celle des autochtones, celle "des étrangers". Elles ne se confondent que durant les cours et séminaires. Il y a un doyen des étrangers, et un doyen des Russes. Les étrangers ont leurs foyers, leurs cantines, leur périmètre "off limits". Leurs amies sont interdites de séjour dans la chambre (même dans la journée !). Le monde des Noirs de Russie n’est pas attirant...
Idrissa vivra une nuit et une journée durant, la vie d’un Russe dans la terreur qui lui est propre. Transi de peur, il écoutera derrière le lit de son amour, caché dans la pénombre, les bruits des voisins curieux, des responsables volontaires du quartier, de la télévision des retraités angoissés, eux aussi. Il passera sa nuit, non pas tant dans des bras, mais dans le délire de sa solitude : il n’échappera que de justesse au sort que les voisins-bureaucrates et les apparitions nocturnes des contrôleurs lui réservent. L’histoire d’Idrissa est, peut-être, la mienne.
Peut-être, aussi, ce film est-il un film mauritanien d’exil. Idrissa et son amie russe ne vivront pas souvent des nuits comme celle-ci.
Dans une sorte d’unité de lieu et de temps j’ai essayé de faire passer le spectateur dans l’espace qui sépare LA ZONE et les amours impossibles. Cette nuit est la nuit d’une vie de chien. Les chiens, multiples compagnons des amants -Idrissa et Géniajoueront, à la frontière de LA ZONE, un rôle qu’aucun Russe -boursier à Nouakchott ou Ouagadougou- ne saurait jamais jouer en Afrique. Mes chiens sont des Africains, et Génia, mon amie, ou celle d’Idrissa aura du mal à les amener à la maison.

R/D : ABDERRAHMANE SISSAKO • Sc : Abderrahmane Sissako • Ph/C : Gheorghi Rerberg • M/Ed : Eraldo Da Roma • P : EJVA, International Business Center, IBC Union Cinema Book Moscou, Atriascop Paris • 37’ • 35 mm • F • N&B/B&W • Int/Cast : Irina Apeksimova, Willy Biyaya

10 nov • 17h30 • PT

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