Festival International du Film d'Amiens 2016
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Rencontre avec Nouredine Saïl, directeur du CCM

par Jean-Pierre Garcia

Du 21 au 29 Janvier, Tanger accueillait le 12ème festival national du film. Le Maroc a été amené à organiser chaque année le rendez vous avec sa production de long et court métrage, de fiction comme de documentaire. 19 longs métrages étaient proposés à un pu¬blic composé de professionnels du cinéma et d’un public local (fort cinéphile au demeu¬rant). Depuis plusieurs éditions du Festival de Ouagadougou, il était évident que la politique d’aide à la production menée par le Centre cinématographique marocain était en passe de donner à ce pays un rôle majeur dans la production du continent. Nous avons voulu entendre le point de vue du directeur du CCM et également responsable des Laboratoires marocains du cinéma. Il se faisait l’écho des propos tenus lors d’une rencontre avec le Président de la République du Sénégal, M. Abdoulaye Wade.

« Le continent doit revenir vers les fonda¬mentaux. Produire est l’axiome de départ. Tant que la production ne sera pas relancée, le continent poursuivra le même chemin c’est à dire celui de la dégringolade assurée : la fermeture des salles. C’est la production qui relancera le marché du cinéma en Afrique, quand un pays ne produit qu’un film ou deux par an, c’est normal que ferment les rares salles de cinéma qui lui restent.
À une production sinistrée ne peut que cor¬respondre une exploitation catastrophique. Les exploitants se sont jusque là comportés comme des rentiers qui se servaient sur la bête et ne réinvestissaient pas dans les transformations ou la modernisation de leurs salles.
Si comme je le pense dans les années qui suivent les politiques rejoignent les cinéastes et décident de soutenir leurs productions natio¬nales, la machine va redémarer. Quand un pays produira vingt cinq films par an, la demande en lieux d’exposition de ces films va se faire jour de manière évidente. On verra surgir de jeunes investisseurs nationaux qui considéreront que le cinéma est une activité rentable. Grâce au sys¬tème des multiplexe principalement.
Mes propos relèvent d’une attitude pragmatique, ils ne relèvent pas d’une théorie ou d’un a priori idéologique. J’ai vu ce qui s’est passé dans mon pays comme dans de nombreux pays d’Amé¬rique latine où ce sont des investisseurs du pays qui ont pris en main la relance de la distribution et y trouvent leurs comptes.
Disposer de 71 écrans au Maroc alors que sont produits 25 long métrages par an, c’est insuf¬fisant. D’autres salles vont ouvrir qui pourront répondre à la demande intérieure.
A contrario constater que l’Algérie ne dispose que de 11 écrans en état de fonctionner, la Tuni¬sie d’une douzaine tout au plus, c’est drama¬tique. Que dire de l’Afrique Sub-saharienne : 5 écrans au Burkina le pays du FESPACO, aucun à Dakar le pays de Sembène, Djibril Diop et de tant d’autres cinéastes de renom, et la Guinée et le Cameroun…C’est anormal. Et pourtant, on peut le comprendre quand la production est inexis¬tante ou presque.
De fait, c’est la réponse du public qui veut voir « ses » films dans « ses » propres salles. À la différence du modèle américain, ce sera l’existence de notre cinéma qui fera renaître nos salles sur tout le continent africain.
Qui dit production doit entendre par là, diversité de production. La diversité est la garantie de la pérennité. Il nous faut aussi bien des productions « grand public » comme au Maroc Les Bandits qui a touché 500 000 spectateurs et en même temps des films d’auteur qui vont attirer pas plus de 20 000 spectateurs.
C’est pour un centre national du cinéma un choix à opérer, un choix qui repose sur la liberté d’expression, un choix qui garantit la diversité. Car un cinéma national est révélateur de l’état mental d’un pays.
Pour construire durablement un cinéma vrai, un cinéma authentique, il convient de savoir -et faire savoir- que la liberté d’expression est la pratique normale. »

Entretien réalisé à Tanger, le 24 Janvier 2011

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