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Stephen Frears (19/11/10)

Stephen Frears est un réalisateur britannique de renom. Il est l’un des rares à avoir travaillé en Grande-Bretagne comme aux Etats-Unis à la fois dans la télévision et dans le cinéma.

Quelles sont selon vous les principales différences entre tourner des films aux Etats-Unis et tourner des films en Europe ? Quand je tourne un film en Grande-Bretagne, je sais de quoi je parle. C’est là que je vis, donc je comprends beaucoup de choses concernant ce pays. Quand je fais un film aux Etats-Unis, je ne connais rien au pays, il s’agit davantage pour moi de faire un film sur le cinéma, comme une histoire d’aventure. Je dois faire un film aux Etats-Unis l’année prochaine, donc je ferais peut-être mieux d’apprendre quelques trucs. Mais en ce qui concerne l’Angleterre je sais beaucoup de choses, c’est un peu comme si vous deviez faire un film en France, vous vous y connaissez.

Votre expérience dans le cinéma vous a aidé à améliorer votre travail télévisuel : réciproquement, qu’a apporté la télévision à votre cinéma ? Ce qui est bien avec moi, c’est que je peux faire des films à très bas budget, et j’ai appris à le faire en travaillant pour la télévision. La télé britannique des années 70 était comme une sorte de crèche, c’est l’éducation la plus privilégiée que n’importe qui puisse avoir. Nous enchaînions les réalisations de films, généralement écrits par de très bons scénaristes. La seule chose était que nous devions les réaliser très rapidement, nous ne prenions pas de mauvaises habitudes, nous apprenions à ne pas dépenser beau- coup d’argent, nous apprenions à faire avec ce qu’on a, et il s’avère que c’était une très bonne leçon...

Lorsque l’on regarde votre filmographie, on constate qu’il y a des films très différents, nous nous demandons donc ce qui vous motive dans la réalisation d’un projet, y a-t-il des genres de film que vous avez fait et que vous préférez à d’autres ? Bien sûr il y a eu des travaux que j’ai faits qui ne se sont pas avérés très bons, desquels je n’étais pas content, c’est très frustrant et douloureux, mais pour une raison quelconque j’ai été autorisé à faire les films que je voulais faire. Les gens m’envoyaient des scénarii, je disais « j’aime celui-ci mais pas celui-là, donc je vais faire celui-ci ». J’ai eu beaucoup de chance, ce qui me motivait c’était l’espoir que cela continue, que les gens me proposent des choses qui m’intéressent. A l’avenir, j’espère que cette situation va perdurer. Pourquoi me spécialiser ? Je ne saurais même pas comment faire. Donc, tant que des gens me proposeront des choses intéressantes et que d’autres gens seront prêts à me soutenir, je trouve ça génial. Vous devriez être aussi chanceux que moi. En réalité, je n’y pense pas vraiment, je ne veux que faire le film du mieux que je peux, donner vie à l’écrit qu’on m’a confié.

Comment vous sentez-vous quand des festivals comme celui-ci vous rendent hommage ? Je suis très reconnaissant et un peu surpris. Je veux dire, je n’étais pas parti pour être le genre de personnes à qui on rend hommage, tout ce que qu’on m’a demandé c’est de réaliser des films, et je l’ai fait. C’est surprenant quand l’attention est dirigée vers vous alors que vous avez toujours pensé ne faire que réaliser un script.

Ce festival a rendu hommage à Karel Reisz il y a trois ans, Betsy Blair était venue, pouvez-vous nous dire quelques mots sur eux ? Betsy est morte l’année dernière... Karel était un homme merveilleux. Je travaillais au théâtre lorsque je l’ai rencontré et il m’a invité à venir travailler sur ses tournages. Il fait partie de ceux qui ont changé le cinéma britannique comme Godart et Truffaut ont pu le faire en France. C’était un homme vraiment merveilleux, hautement intelligent, profondément humain, qui a vu des choses terribles... Vous savez : il était Tchèque, sa famille est morte dans les camps et son pays est entré dans le bloc soviétique. Une vie rude mais un homme merveilleux, et Betsy était une femme merveilleuse, je suis vraiment chanceux.

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Stephen Frears (19/11/10)