>- Gaston Kaboré, le conteur engagé -

 


 

 

« J'ai, en tant que cinéaste, un héritage de conteur. Je prétends faire connaître le monde qui m'entoure et donc, en voyant les autres, me voir moi-même. La conscience d'être fait que nous avons besoin de nous raconter face aux autres. Car communiquer avec autrui, c'est aussi se donner des raisons de vivre. Pour cela, j'ai envie de témoigner, de participer à la construction d'une mémoire. J'ai conscience de la responsabilité que je prends en étant cinéaste. Je connais le sens et l'utilité sociale du métier que j'exerce. Un continent, un pays ne peuvent exister sans se projeter sur l'écran de la conscience. »
Tout
Gaston Kaboré tient dans ses propos, empreints, à l'image de l'homme, d'une calme détermination et d'une grande hauteur de vues. Le cinéma envisagé comme un art du conte, car de tout temps les hommes ont eu besoin de se raconter des histoires pour donner sens à leur passage sur la Terre. Le souci de la mémoire et de la transmission. Le sens de la responsabilité de l'artiste enfin, qui l'a conduit par ailleurs à enseigner le cinéma à l'Institut africain d'éducation cinématographique et à assumer longtemps le secrétariat général de la FEPECI et la direction du Centre national du cinéma du Burkina Faso ­ fonctions qui ont fait de lui un point de repère et d'appui pour tant de jeunes cinéastes confrontés à de grandes difficultés de financement, et un véritable ambassadeur du cinéma africain à travers le monde.
Né en 1951 à Bobo Dioulasso, Gaston Kaboré fait des études d'histoire très poussées, au cours desquelles il s'intéresse à la manière dont l'Afrique est perçue et représentée en Occident. La vision de Xala d'Ousmane Sembene le convainc que le cinéma peut être un moyen d'expression pour la culture africaine. À la fin des années soixante-dix, il réalise quelques courts métrages didactiques ainsi que Regard sur le sixième Fespaco, documentaire sur le festival de Ouagadougou, auquel Propos sur le cinéma apportera en 1986 un contrepoint.
L'année 1982 marque une date dans l'histoire du cinéma africain, avec la réalisation de son premier long métrage, Wend Kuuni. Avec cette histoire d'un jeune garçon frappé de mutisme, abandonné et recueilli par une famille d'adoption, apparaît un thème fondamental de l'oeuvre de Kaboré : la quête d'identité, la recherche d'une mémoire qui permet à l'homme de s'approprier son destin. Mais, plus important peut-être, Wend Kuuni marque le souci de créer une esthétique proprement africaine, qui transpose (et du même coup réinvente) dans une forme cinématographique la tradition orale du conte. La beauté de la photographie, la lenteur calculée du rythme, la sûreté de la direction d'acteurs non-professionnels, l'intérêt de la narration, procédant par juxtapositions pour intégrer plusieurs récits secondaires à la trame principale, sont déjà la marque d'un grand cinéaste.
Six ans plus tard, Zan Boko aborde un thème classique des cinématographies d'Afrique ­ le conflit de la tradition et de la modernité ­ mais que le talent du cinéaste transcende aisément. Autour de la construction d'une piscine, le cinéaste met en scène avec une grande force critique l'expansion urbaine à marche forcée et l'acculturation qui s'ensuit, la corruption et l'arbitraire du pouvoir, le besoin de justice sociale et affirme, en posant la question de la liberté d'expression à la télévision, la nécessité de rester fidèle à ses engagements.
Avec le temps, le monde de Kaboré a conquis son autonomie pour devenir un monde en soi. En témoigne l'idée d'avoir repris treize ans après dans Buud Yam (1995) des personnages ­ en particulier Wend Kuuni ­ interprétés par les comédiens de son premier long métrage et d'en citer quelques scènes ­ fait probablement unique dans le cinéma africain s'il est devenu presque courant dans le cinéma occidental. Le voyage initiatique intemporel (même s'il est situé au XIXe siècle) qu'entreprend le personnage principal de Buud Yam met en évidence le tiraillement entre fatalité et maîtrise de son destin ­ thème récurrent chez Kaboré qui, justement, refuse de croire à la fatalité.
En parfaite harmonie avec le propos et la narration de ses contes, la mise en scène de Kaboré se signale par sa limpidité. Ses films nous offrent de très beaux portraits de personnages, dont les relations sont dépeintes avec finesse. Sa caméra s'attarde souvent avec justesse sur les comédiens et les paysages d'une Afrique qui est, en particulier dans Bud-Yam, plus que jamais photogénique. La parole est prépondérante dans ses films, elle permet de faciliter les relations, de régler les conflits autrement que par la violence.
Avec quatre longs métrages en quinze ans, l'oeuvre de fiction de Gaston Kaboré est peu abondante mais son importance est considérable. Elle prend place aux côtés de celles d'Ousmane Sembène et de Souleymane Cissé parmi les premières du continent. Son retentissement souterrain sur les générations suivantes de cinéastes est pareillement indéniable. Le Festival d'Amiens est heureux de rendre hommage à ce grand du cinéma. Hommage qui n'est pas une manière de figer une oeuvre, bien au contraire. Il est temps que l'on réentende la voix de Gaston Kaboré ­ non pas celle du meneur d'hommes ou du diplomate avisé qu'il a toujours été, mais la voix du conteur engagé.

Frank Andrien
Jean-Pierre Garcia


Buud Yam

Burkina Faso/France 1997

The film takes place early in the 19th century in the african continent, right on the bend of the Niger river. It tells the story of a young man called Wend Kuuni, who embarks on an unpredictable trip to find a healer to curse his sister, Pugheere, stricken by unknow disease. Like a traditional tale, this film tells about childhood, youth and a certain quest for identity.

Au début du XIXe siècle, dans un village situé au cur de la boucle du Niger, Wend-Kuuni est montré du doigt par toute la communauté. Orphelin de père et de mère, il est accusé de porter malheur. Quand Pughneere, sa sur adoptive, tombe malade, le jeune homme préfère s'enfuir avant d'être chassé du village. Sur les conseils d'un marabout, il part en quête d'un guérisseur qui connaît le secret de la tisane de lion, l'unique remède capable de guérir sa soeur. Mais nul ne sait où se trouve le sage. Wend-Kuuni erre alors à travers la brousse, de village en village.

R/D : Gaston Kaboré · Sc : Gaston Kaboré · Ph/C : Jean-Noël Ferragut · M/Ed : Didier Ranz, Marie-Jeanne Kanyala · S : Daniel Ollivier, Frédéric Attal, Sylvain Lasseur · Mus : Michel Portal · Déc/AD : Joseph Kpobly · P : Cinémacom Production, Caroline Production · 97' · 35 mm · F · Coul/Col · Int/Cast : Serge Yanogo, Amssatou Maiga, Séverine Oueddouda

Rabi

Burkina Faso/Royaume-Uni 1992

This is the strange story of a family. A tortoise erupts into the life of the family and its presence affects each member's imagination.

Une famille paysanne dans un village mossi. Kuilga, le père, est forgeron et la mère, Koudpoko, est potière. Ils ont trois fils : Noaga, Laalé et Rabi. La vie de Rabi va être transformée quand son père lui demande de rendre de petits services à Pugsa, le vieux sage du village à la santé fragile. Pugsa éveille Rabi au respect de la vie et de la nature. Le jour où le père ramène une tortue de la brousse, Rabi ne se préoccupe plus que de l'animal, si bien qu'il en oublie de faire fonctionner le soufflet de la forge. Mécontent, le père rapporte la tortue dans la brousse...

R/D : Gaston Kaboré · Sc : Gaston Kaboré · Ph/C : Jean-Noël Farragut · M/Ed : Marie-Jeanne Kanyala · S : Marc Nouyrigat · Mus : René B. Giurma, Wally Badarou · P : BBC, Cinécom Production · 62' · 35 mm · F · Coul/Col · Int/Cast : Yacouba Kaboré, Tinfissi Yerbanga, Joséphine Kaboré, Joseph Nikiema, Colette Kaboré, Chantal Nikiema · Contact : les Films du Paradoxe

Wend Kuuni - Le Don de Dieu

Burkina Faso 1983

Koubila's husband died and she is convinced that he'll come back so she won't marry anyone else although tradition wants her to. Therefore she has to leave and will die a few years later. Then, her son ends up living with another family...

Très éprouvée par la disparition de son mari, Koubila est persuadée que ce dernier vit toujours et qu'il reviendra. Aussi refuse-t-elle de se remarier ainsi que le voudrait la tradition. Forcée de fuir son village, elle meurt quelques années plus tard, lasse et désespérée, innocente victime d'un cynique et impitoyable destin. Subitement frappé de mutisme, son fils survit grâce à un caprice du sort. Une famille le recueille et l'élève. Recouvrant la parole à la suite d'un choc émotionnel, il raconte à Pognéré, sa sur adoptive, la malheureuse existence qu'il a connue.

 

R/D : Gaston Kaboré · Sc : Gaston Kaboré · Ph/C : Issaka Thiombiano · M/Ed : Andrée Davanture · S : Boubakar Koné · Mus : René B. Guirma · P : Centre national du cinéma de Ouagadougou · 75' · 35 mm · F · Coul/Col · Int/Cast : Rosine Yaméogo, Serge Yanogo, Joseph Nikiema, Collette Kaboré, Simone Tapsoba

Zan Boko

Burkina Faso 1988

Tinga is a peasant who lives a quiet life with his family in a little village near the city. Life would have gone on in the same way, but the city is growing and luxury villas are being built around his modest house. A rich businessman who has moved into this new quarter wants to buy Tinga's land to build a swimming pool. When the peasant refuses to sell his ancestors' land, the man tries to drive him away by using friends in high places. A TV journalist tries to reveal the scandal

Tinga est un paysan qui vit paisiblement avec sa famille dans un petit village proche de la ville. Tout aurait pu continuer, mais la ville s'agrandit inexorablement. Des géomètres viennent faire des relevés et des villas luxueuses se construisent autour de sa modeste maison. Un riche entrepreneur qui s'installe dans ce nouveau quartier veut acheter la terre de Tinga pour creuser une piscine. Devant le refus du paysan de céder la terre de ses ancêtres, il tente de le chasser en utilisant des relations haut placées. Informé du conflit, un journaliste de la télévision cherche à dénoncer le scandale.

 

R/D : Gaston Kaboré · Sc : Gaston Kaboré · Ph/C : Sékou Ouedraogo, Issaka Thiombiano · M/Ed : Andrée Davanture, Marie-Jeanne Kanyala · S : Issa Traoré · Mus : Henri Guedon · P : Gaston Kaboré · 95' · 35 mm · F · Coul/Col · Int/Cast : Colette Kaboré, Joseph Nikiema, Célestin Zongo, Mady Pafadnam, Jean-François Ouedraogo

Le Loup et la cigogne

Burkina Faso 1995

« Wolves can out eat anyone ;
Indeed at a festivity,
Such gluttony second to none
Almost ended fatally
When a bone choked a wolf as he gulped what he ate ;
But happily since he was inarticulate,
A stork who chanced to hear him groan,
Was besought by frowns to run and peer,
And, ah, had soon relieved the beast of the bone ;
Then, having done him a service, had no fear,
So asked him now to compensate her.
"Compensate ?" he inquired with bared teeth,
"A humorist, I infer !
You should be glad that you draw breath.
Thrust your beak down my throat and you somehow escaped death ?
Be off. You are unappreciative;
Shun my paws if you care to live. »

« Les loups mangent gloutonnement.
Un loup donc étant de frairie,
Se pressa, dit-on, tellement
Qu'il en pensa perdre la vie.
Un os lui demeura bien avant au gosier.
De bonheur pour ce loup, qui ne pouvait crier,
Près de là passe une cigogne.
Il lui fait signe; elle accourt.
Voilà l'opératrice aussitôt en besogne.
Elle retira l'os; puis, pour un si bon tour,
Elle demanda son salaire.
«Votre salaire ? dit le loup:
Vous riez, ma bonne commère!
Quoi! Ce n'est pas encor beaucoup
D'avoir de mon gosier retiré votre cou ?
Allez, vous êtes une ingrate ;
Ne tombez jamais sous ma patte. »

 

R/D : Gaston Kaboré · P : Direct et Différé · 5' · 35 mm · F · Coul/Col