>- Vittorio De Seta, documentariste -

 


 

La fortune du néoréalisme a quelque peu éclipsé l'importance, dans l'Italie de l'après-guerre, de la production documentaire ­ ces deux courants parallèles, en fait, n'ont cessé de se nourrir mutuellement. Au sein de cette production, deux figures marquantes se détachent : Gian Vittorio Baldi, qui fut avec le Belge Henri Storck l'un des fondateurs de l'Association internationale des documentaristes (AID) et, par ailleurs, producteur de Pasolini et de Jean-Marie Straub ; et, une décennie plus tôt, Vittorio De Seta.
Né à Palerme le 15 octobre 1923, De Seta interrompt des études d'architecture à l'Université de Rome pour devenir l'assistant-réalisateur de Mario Chiari et de Jean-Paul Le Chanois. Il se lance ensuite dans le documentaire et réalise une série de dix courts métrages sur le monde archaïque du Sud de l'Italie qui font date dans l'histoire du genre. Ce thème inspire également son premier long métrage, Banditi a Orgosolo (1961), très remarqué à l'époque pour son analyse lucide des conditions de vie des bergers sardes, acculés par la misère au banditisme. Par la suite, avec Un uomo a metà (1966) et L'Invitata (1970), il s'oriente de manière moins convaincante vers un cinéma d'introspection psychologique, marqué par l'influence d'Antonioni. Après avoir travaillé pour la télévision, il revient aux préoccupations de ses débuts avec In Calabria en 1993.

 

 

Les dix courts métrages que De Seta a tournés entre 1954 et 1959 dans le Sud de l'Italie constituent un ensemble d'une admirable cohérence. Dans le sillage de Robert Flaherty, ils composent film après film une passionnante enquête sur la vie des paysans, des pêcheurs, des bergers et des mineurs de Calabre, de Sicile et de Sardaigne, un monde fait de pauvreté digne et de dur labeur. Auteur complet, tout à la fois réalisateur, chef opérateur, producteur et monteur de ses films, De Seta y tourne le dos aux usages qui avaient cours alors dans le documentaire. Ici, pas de commentaire emphatique ni de musique illustrative ; juste les sons ambiants, les bruits d'un travail ancestral, rythmés par les mélodies des chants populaires.
Mais au-delà de la « modernité » de cette approche, la première surprise, pour le spectateur d'aujourd'hui, est certainement de découvrir en format large et en couleur les images d'une réalité qu'il connaissait ou imaginait en noir et blanc. Les documentaires de De Seta furent en effet tournés en Cinepanoramic ou en CinemaScope et en Ferraniacolor, aux couleurs très belles, plus douces que le Technicolor (on sait que les années cinquante virent se multiplier les formats et les procédés couleur plus ou moins éphémères). Et de fait, s'il ne triche jamais avec la réalité, le regard ethnographique chez De Seta entre en composition avec un souci narratif et plastique, qui tire toutes les ressources de l'écran large et de la couleur. Vérité des gestes et beauté des visages, mais aussi sens de la lumière et du paysage, sensibilité aux puissances de la terre et des éléments : le vent qui couche les herbes hautes de la lande, les soufrières à cinq cents mètres sous terre, la mer tour à tour calme et démontée, le réveil sourd des volcans Il y a du lyrisme chez De Seta, mais c'est un lyrisme discret, exempt de sentimentalisme, et secrètement ombré de mélancolie. Presque tous ses courts métrages commencent à l'aube et s'achèvent au crépuscule, procédé qui tout à la fois leur confère une unité de temps classique et inscrit les travaux et les jours, mais aussi les rites et les fêtes populaires des communautés du Sud dans un temps plus large, cyclique. Et même s'ils racontent la lutte quotidienne des hommes pour arracher à la terre et à la mer une maigre subsistance, c'est un sentiment d'harmonie qui se fait jour ici, un lien d'évidence entre l'homme et le monde. Mais cette harmonie, De Seta sait qu'elle est promise à une disparition prochaine. Et ses films sont beaux parce qu'ils racontent un monde et la fin d'un monde.
Le mot « raconter » pourra faire sursauter, s'agissant d'un documentariste. Il s'impose, pourtant. Car il y a, chez De Seta, un évident souci de dramatiser la réalité qu'il décrit. Ainsi, la pêche à l'espadon de Lu Tempu di li pisci spatai est-elle découpée comme un véritable suspense, avec une science consommée du montage parallèle. Et s'il est impossible de regarder la pêche au thon de Contadini del mare, ou encore les stupéfiantes images de l'éruption du Stromboli (Isole di fuoco), sans penser à Stromboli de Rossellini, le documentariste et l'auteur de fiction, en l'occurrence, ne sont peut-être pas ceux qu'on croit Ce qui est une autre manière de suggérer que, par-delà leur évident intérêt ethnographique, les courts métrages de Vittorio De Seta dispensent aussi un vrai plaisir de cinéma.

Thierry Horguelin


Lu Tempu di li pisci spata

Italie 1955

The catching of swordfish in the strait of Messine as well as off the Aeolian Islands.

Au retour des beaux jours, les hommes partent à la pêche à l'espadon dans le détroit de Messine. Pendant ce temps, les femmes lavent le linge au bord de l'eau. Le soir venu, on chante et l'on danse sur la plage.

R/D : Vittorio De Seta · Ph/C : Vittorio De Seta · M/Ed : Vittorio De Seta · P : Vittorio De Seta · 11' · 35 mm · Doc · Coul/Col

Isole di fuoco

Italie 1955

Volcanic Islands in the south of Italy.

Au Nord de la Sicile, le Stromboli et les autres îles éoliennes se dressent sur la mer. Ici, le feu couve encore dans les entrailles de la terre et menace la vie de l'homme. Ce documentaire a été filmé durant les éruptions volcaniques de décembre 1954.

R/D : Vittorio De Seta · Ph/C : Vittorio De Seta · M/Ed : Vittorio De Seta · P : Vittorio De Seta · 11' · 35 mm · Doc · Coul/Col

Surfarara

Italie 1955

The hard and dangerous work of sulphur miners in Sicily.

Les mines de soufre sont disséminées dans la vaste lande de la Sicile centrale. Ce documentaire décrit le travail épuisant et dangereux des mineurs, à cinq cent mètres de profondeur.

R/D : Vittorio De Seta · Ph/C : Vittorio De Seta · M/Ed : Vittorio De Seta · P : Vittorio De Seta · 10' · 35 mm · Doc · Coul/Col

Pasqua in Sicilia

Italie 1955

Easter processions and religious feasts in the areas of Messine, Caltanissetta and Enna.

Les fêtes religieuses de Pâques à San Fratello, Della et Aidone, dans les régions de Messine, Caltanissetta et Enna. Une représentation de la passion du Christ, le vendredi saint, est suivie le dimanche d'une grande procession.

R/D : Vittorio De Seta · Ph/C : Vittorio De Seta · M/Ed : Vittorio De Seta · P : Vittorio De Seta · 11' · 35 mm · Doc · Coul/Col

Contadini del mare

Italie 1955

The catching of tuna fish with the typical system used in Sicily.

À l'aube, les pêcheurs siciliens s'embarquent en mer Méditerranée, ramant au rythme de chants populaires. Une fois au large, ils jettent leurs filets et attendent silencieusement les thons, qu'ils pêchent au moyen d'une technique millénaire.

R/D : Vittorio De Seta · Ph/C : Vittorio De Seta · M/Ed : Vittorio De Seta · P : Vittorio De Seta · 10' · 35 mm · Doc · Coul/Col

Parabolo d'oro

Italie 1955

Harvest in internal Sicily, under an overpowering heat.

La moisson en Sicile intérieure, sous une chaleur écrasante.

R/D : Vittorio De Seta · Ph/C : Vittorio De Seta · M/Ed : Vittorio De Seta · P : Vittorio De Seta · 10' · 35 mm · Doc · Coul/Col

Pescherecci

Italie 1958

One day in the life of the fishermen of Sicily

Une journée de pêche dans la vaste zone maritime qui s'étend de la Sicile à l'Afrique. À la nuit tombée, les pêcheurs jettent l'ancre aux abords de l'île de Lampedusa. Un orage éclate.

R/D : Vittorio De Seta · Ph/C : Vittorio De Seta · M/Ed : Vittorio De Seta · P : Vittorio De Seta · 11' · 35 mm · Doc · Coul/Col

Pastori di Orgosolo

Italie 1958

Shepherds' everyday life in Orgosolo, in Sardinia.

Sur le mont isolé d'Orgosolo, en Sardaigne, autrefois refuge de bandits et de condamnés en fuite, des bergers veillent sur leurs troupeaux de chèvres et de moutons et disputent leur survie à un climat rigoureux. Une séquence détaille la fabrication du fromage.

R/D : Vittorio De Seta · Ph/C : Vittorio De Seta · M/Ed : Vittorio De Seta · P : Vittorio De Seta · 11' · 35 mm · Doc · Coul/Col

Un giorno in Barbagia

Italie 1958

One day in the life of people living in the area of Nuoro, in Sardinia.

Une journée dans un village de Sardaigne. Cette fois, De Seta s'attache au travail des femmes, qui se partage entre les tâches domestiques, la lessive au torrent et la cueillette dans les champs. En contrepoint, les jeux des enfants. Le soir, les hommes rentrent du travail.

R/D : Vittorio De Seta · Ph/C : Vittorio De Seta · M/Ed : Vittorio De Seta · P : Vittorio De Seta · 14' · 35 mm · Doc · Coul/Col

I dimenticani

Italie 1959

Once a year, a remote Calabrian village comes to live again during the summer feast.

En Calabre, à Alessandria del Carreto, la route de montagne s'interrompt brutalement : les travaux ont été abandonnés l'année précédente. Une fois l'an, le village oublié revit à l'occasion de la fête du printemps. Sur la colline, on abat un arbre qui deviendra mât de cocagne.

R/D : Vittorio De Seta · Ph/C : Vittorio De Seta · M/Ed : Vittorio De Seta · P : Vittorio De Seta · 20' · 35 mm · Doc · Coul/Col